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DANS L’ORDRE DES ÉTOILES

Par | 2018-02-24T06:46:14+00:00 1 novembre 2014|Catégories : Blog|

 

Ô mon Bien ! Ô mon Beau !
                                                    Fanfare atroce où je ne tré­buche point !
                                                                    Rimbaud, "Matinée d’ivresse"

                                                  pour Olinda Gil, la tra­duc­trice por­tu­gaise

 

 

Pour tout voyant, — le jour c’est la nuit, la nuit c’est le jour.
Et, n’allez pas nous racon­ter d’histoire(s). — Ma force est voyance.
 — Je vais au-delà de ce que l’on voit. Regarder n’est rien si l’on ne sait
pré-voir. — Être en avant ! Voilà tout. — Les mots sont tou­jours en avance sur nous-mêmes. Sur notre être ain­si que sur notre deve­nir. — Ne sommes-nous pas dic­tés par les mots ? Oui, nous sommes dans l’ordre des étoiles. — Mes yeux brillent. 

 

— Le voyant vit dans un monde d’inversion. Il remet le monde en marche,
ce monde où la terre est deve­nue le ciel, ce monde qui marche sur la tête,
 — ce monde, il le remet sur ses pieds. Si je parle de la vio­lence
 des incen­dies à venir, — ces incen­dies auront bien lieu. Ce n’est pas moi qui le dis, — mais ma main l’écrit. — Poésie fait de l’homme un outil de la langue.  Point d’évidence dans mon verbe. Contrairement à ce que disait Éluard, il ne s’agit pas que de voir ! Il s’agit d’une trans­créa­tion, de ce que je nomme le trans­vi­sible. — Tenter de tra­duire ce qui se pré-voit en langue.

— Et sans haine, avec amour de la paix. Si la vision est puis­sante et fra­cas­sante, elle est aus­si éphé­mère. Or, toute vision éclai­rante est fra­gile. — Elle n’est qu’éclairs, ful­gu­ra­tions, — épars. Elle a la langue de la foudre, elle est trans­vi­sion. Elle ne blesse pas l’ange, — elle le fait sou­rire. — Elle est pré­caire. Le moindre souffle l’étouffe, le moindre bruit la fait dis­pa­raître.

L’œil est pris par autre chose, il n’écoute plus. Elle a des yeux d’émeraude, de rubis ou de saphir. Un dia­mant, — ou rien ! — Sa trans­pa­rence éblouit. Parfois, l’on croit ser­rer quelque chose dans la main, et à l’ouvrir, — ce n’est que cendre.  Le vrai poète vit dans l’urgence. Son cœur bat très vite, trop vite. S’il est aveugle au jour, il per­çoit le monde au-delà de toute per­cep­tion. Il va au pro­fond du cos­mos, dans la matière noire.  Il est au-delà du vivant, — le trans­vi­vant. Certes, il est de demain matin, d’une autre aurore. — De celles qui n’ont pas encore lui. 

 

(Paris, nuit du 25 jan­vier 2014, 5h du matin)