> De la poésie en sa profondeur

De la poésie en sa profondeur

Par |2018-08-16T10:48:28+00:00 20 mai 2012|Catégories : Critiques|

Ce recueil réunit plu­sieurs dizaines de poètes fran­çais contem­po­rains, vivants pour la plu­part. Tous ont la par­ti­cu­la­ri­té d’avoir croi­sé, d’une façon ou d’une autre, de façon éphé­mère ou fidèle, la route de la belle revue Les Cahiers du Sens et /​ ou des édi­tions Le Nouvel Athanor, diri­gées par Jean-Luc Maxence et Danny-Marc. Et la pre­mière impres­sion qui res­sort de ce beau volume, tant sur le plan for­mel que sur celui du fond ou du pro­fond, est jus­te­ment d’avoir affaire à une « famille », avec ses points com­muns nour­ris de dif­fé­rences, comme toutes les familles. Mais en poé­sie, la chose n’est pas ano­dine. La ques­tion de la ren­contre est ques­tion essen­tielle, entre poètes. La ren­contre et le che­min construit ensemble, en che­mi­nant ensemble, ain­si que le vou­lait Jean de La Croix. On plonge alors dans vingt ans d’histoire récente de la poé­sie fran­çaise, sur ce ver­sant là, celui des poètes de l’Athanor, expres­sion qui à mon avis est appe­lée à faire sens dans les futures « his­toires de la poé­sie ». Car c’est bien d’un cou­rant ou d’un ensemble de cou­rants unis dont il s’agit ici, une façon de vivre la poé­sie, manière à laquelle la revue et les édi­tions ont pu don­ner vie. Une seconde impres­sion s’impose au moment de refer­mer le volume : ce n’est pas seule­ment un « bilan », mais bien un atha­nor, quelque chose qui pro­duit ce qui vient du plus pro­fond, avec l’assentiment, l’aide et l’engagement volon­taire des poètes, pour aller vers un ailleurs dont la beau­té réside jus­te­ment en son incer­ti­tude. Les poètes réunis ici sont à l’image de pierres, comme réunis en un édi­fice en cours de réa­li­sa­tion. On sent le souffle d’œuvres qui marchent, les yeux rivés vers l’Étoile. On sent les poètes au tra­vail sous la char­pente.

Le volume s’ouvre sur une forte pré­face dont les der­niers mots disent clai­re­ment ce que veulent ses deux archi­tectes : « Hormis la mort, rien ne pour­ra désor­mais nous faire recu­ler. Nous ne sommes ni des avo­cats ni des pro­cu­reurs, plu­tôt des bardes, des nomades, des bate­leurs pré­sen­tant des poètes d’espérance sur la place publique. Et nous n’attendons per­sonne au pro­chain tour­nant de la vie, sauf les fidèles amou­reux du Verbe. Et nous ne crai­gnons, au fond, que le seul tri­bu­nal du temps ».

Quiconque a eu le bon­heur, une fois, de croi­ser le poète Jean-Luc Maxence, auteur de ces lignes, sen­ti­ra com­bien ces mots ne sont pas de vains mots. C’est un des mondes de la poé­sie qui vit ici.

Bien sûr, citer le nom de tous les poètes pré­sents en cet atha­nor n’est pas pos­sible, on me par­don­ne­ra donc de citer ceux-ci : Al Hamdani, Allix, Bancquart, Boulanger, Boulic, Breton, Caroutch, Cazenave, Cerbelaud, Chatard, Crosnier, Daguet, Danny-Marc, Dauphin, Delbourg, Engelbach, Benoît d’Entrevaux, Garnier-Duguy, Giovannoni, Grasset, Héroult, Lesieur, Maigre, Mambrino, Yves Mrtin, Maxence, Pelon, Pfister, Reuzeau, Rosnay, Sanda, Selos, Sigaux, Siméon, Simonomis, Sorrente, Sueid, Tannery, Tarpinian, Taurand… Et bien d’autres. Ceux qui connaissent un peu la poé­sie fran­çaise contem­po­raine auront sen­ti l’importance de la paru­tion d’un tel volume : c’est, pour reprendre l'expression de Paul Vermeulen,  de poé­sie des pro­fon­deurs dont il s’agit ici. 

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