> De loin suivi de Nébo, de Rachel

De loin suivi de Nébo, de Rachel

Par | 2018-05-25T18:52:09+00:00 29 septembre 2013|Catégories : Blog|

Découvrir un grand, voire un immense poète, que l’on ne connaît pas, dont on n’avait que peu ou pas enten­du par­ler, est tou­jours une expé­rience à la fois forte et émou­vante. Gageons que ceux qui, comme moi, auront la chance de décou­vrir la poé­sie de Rachel grâce à l’édition de ces deux recueils en un volume par les édi­tions Arfuyen, et sous la hou­lette de Bernard Grasset, ici pré­sen­ta­teur de la poète et tra­duc­teur de l’hébreu, trou­ve­ront ample­ment leur pitance poé­tique en ces pages. Les pages de pré­sen­ta­tion sont très éclai­rantes, si bien que le modeste lec­teur que je suis décide ici et main­te­nant de s’appuyer sur l’expertise de Bernard Grasset. Notre émi­nent col­lègue ne nous en vou­dra pas, cela est cer­tain, lui qui est à l’évidence en forte proxi­mi­té de Recours au Poème, repre­nant d’ailleurs cer­tains des concepts déve­lop­pés dans nos pages pour qua­li­fier la poé­sie de Rachel : « Dans ce recueil résonne une poé­sie des pro­fon­deurs » (…) « Cette poé­sie des pro­fon­deurs est en même temps une poé­sie de feu ». Nous sommes ici en terres de proxi­mi­té, ter­ri­toires connus même. Diantre ! Bernard Grasset nous fait l’amitié de glis­ser le concept même qui légi­time et fonde l’existence de Recours au Poème – la défense et mise en lumière d’une poé­sie des pro­fon­deurs contem­po­raine, par­ti­cu­liè­re­ment en France – nous ne pou­vons que nous pen­cher sur l’atelier de Rachel. Cet appel du pied est une joie, un tan­ti­net égo­tique avouons-le. Du reste, ceux qui vou­dront satis­faire leur (début de) curio­si­té (car le work est in pro­gress) au sujet de ce concept de « poé­sie des pro­fon­deurs » pour­ront agréa­ble­ment prendre appui ici, en atten­dant le volume qui s’annonce (dou­ce­ment).

Outre lire Rachel, nous appre­nons bien des choses grâce au tra­vail de Bernard Grasset, en par­ti­cu­lier sur la bio­gra­phie et les fon­de­ments de la poé­sie de la poète née au bord de la Volga, puis ins­tal­lée en Palestine au début du 20e siècle. Poète, elle fait aus­si par­tie de ces aven­tu­riers de la Terre Sainte, ceux qui ont tra­vaillé la terre et vécu dans un Kibboutz. Puis, tou­chée par la tuber­cu­lose, elle passe ses der­niers ins­tants à Tel-Aviv où elle meurt en 1931. Entre-temps, Rachel a publié trois recueils de poèmes, tous tra­duits et édi­tés par Gérard Pfister chez Arfuyen, De loin sui­vi de Nébo for­mant la seconde livrai­son de cet ensemble, en atten­dant l’édition de textes et poèmes dis­per­sés. On remer­cie­ra les édi­tions Arfuyen de nous don­ner à lire « l’une des grandes pion­nières de la lit­té­ra­ture hébraïque moderne ». Une poète dont l’œuvre est ancrée dans la Bible, mais pas seule­ment. La figure de Job, for­te­ment pré­sente de page en page, quoique sou­vent de façon dis­crète, nous porte au-delà de la simple Bible, ten­dant à l’expérience humaine fon­da­men­tale de la souf­france, de la dou­leur, mêlées d’espérance et d’amour. C’est pré­ci­sé­ment au creux de cette contra­dic­tion appa­rente, cepen­dant et humai­ne­ment com­plé­men­taire, que s’écrit et peut se lire la poé­sie de Rachel. Elle « peint la condi­tion humaine » en par­lant d’elle, et parle d’elle comme de cha­cun de nous en pei­gnant la condi­tion humaine. Une poé­sie qui parle de notre tra­gé­die d’être, de la mort, de notre rap­port à l’Etre, de prière, d’amitié, de joug, de peine, d’amour, de lumière, de la nature. De la terre. Rachel est ancrée, et sa poé­sie l’est tout autant, dans la terre sur laquelle elle a tra­cé des sillons, comme autant de poèmes. Alors oui, on plon­ge­ra dans les pages de cette poète des pro­fon­deurs et l’on remer­cie­ra Bernard Grasset d’avoir tra­duit ces textes et de nous avoir, en pré­am­bule, don­né une sorte de « note sur la poé­sie des pro­fon­deurs » de Rachel.

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