> De rue d’Enfer à rue Monte au Ciel

De rue d’Enfer à rue Monte au Ciel

Par |2018-11-17T23:11:31+00:00 19 octobre 2012|Catégories : Blog|

 

Le bougre est des­cen­du à Saint-Pierre,
Martinique, Martinique des cendres,
en février 1902,
a dri­vaillé en plein Mouillage,
n’y a pas trou­vé de dau­bannes ni nulle dame-jeanne
mais des oeillades de dames Jeanne ad libi­tum,
s’est fait toi­ser par la dame
qui a la tête dans les nuages,
le ventre en feu,
le mont de Vénus pelé.
Au pied de la Montagne Pelée,
de rue d’Enfer en bor­dée
jusqu’à la rue Monte au Ciel
dri­va de biguine en bor­del.
En bord d’eau au fond du Mouillage
et des abys­saux mouillages
goû­ta des che­ve­lures océanes,
dégus­ta des rhums et des femmes de toutes cou­leurs,
visi­ta des ventres de feu,
croi­sa deux-trois gais zom­bies
en folle par­tance
pour de créoles Saturnales,
de fan­tas­tiques et volup­tueuses che­vau­chées,
des nuits d’orgie à Saint-Pierre.

A cho­co­la­té
bon enfant,
tout exci­té,
un lot de dia­blo­tins
pier­ro­tins
et de mata­dors mame­lues,
cha­touillé des cha­bines fes­sues,
une cala­za­za bis­cor­nue,
pro­di­gué suçons et caresses à une capresse à demi nue
au cal­li­pyge bon­da maté
sans démâ­ter de son côté
jusqu’à ce que sa queue se dévisse,
hono­ré masques et ber­ga­masques,
masques-la-mort en émoi,
che­val trois-pattes en grand rut,
Marianne la peau-figue alan­guie,
vieux-corps vifs à cali­four­chon
en par­tance pour un Carnaval
de mori­tu­ri bons vivants,
l’ultime,
le sublime
qui jamais
ne renaî­trait de ses cendres
en telle splen­deur bac­cha­nale.

En ce petit temps
court et lourd,
en ce laps d’antan,
en un rien de temps,
à peine à peine
eût-il exo­né­ré ses graines,
son­geant à sa légi­time
qui l’espérait à Fort-de-France
 — poteau mitan
au beau mitan
de l’austérité conju­gale —
reti­ra ses pieds juste à temps
pour évi­ter la Catastrophe.
                                                  

 

© Suzanne Dracius 2012
extrait d’Exquise déré­lic­tion métisse (Prix Fetkann Poésie), éd. Desnel

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