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Délicatesse et gravité

Par | 2018-02-21T18:19:47+00:00 11 janvier 2013|Catégories : Critiques|

Nicole Drano-Stamberg donne à lire un recueil aty­pique ; le titre, « Délicatesse et gra­vi­té » se trouve pré­ci­sé par le genre : « Ballades ». Sans entrer dans les détails des trai­tés de ver­si­fi­ca­tion fran­çaise, on se  conten­te­ra de la défi­ni­tion que donne le Petit Littré : la bal­lade est une « pièce de vers cou­pée en stances égales et sui­vie d'un envoi d'un nombre de vers ordi­nai­re­ment moindre. Toutes les stances et l'envoi lui-même sont ter­mi­nés par le même vers, qui sert de refrain. » Un bref coup d'oeil sur le recueil laisse appa­raître les grandes liber­tés que prend Nicole Drano-Stamberg avec le genre…

Étranges bal­lades que ces poèmes : le vers est libre, la rime est absente, les strophes sont de diverses lon­gueurs et le refrain se confond avec une expres­sion, une sen­tence qui, par­fois, se modi­fie d'une strophe à l'autre quand il n'est pas tout sim­ple­ment absent du poème. Mais ce refrain donne, sur le plan for­mel, le label bal­lade au poème… Le vers revêt dif­fé­rents aspects, comme dans les fables de La Fontaine aux­quelles je ne peux m'empêcher de pen­ser. Et par­fois la langue se fait par­lée, les syl­labes sont man­gées, les tour­nures sont fami­lières : on assiste à un retour au pas­sé, à l'enfance. Comme si Nicole Drano-Stamberg avait pour pro­jet d'explorer sa vie en remon­tant le plus loin  pos­sible en arrière, d'où cette appa­rente régres­sion qui n'est que fan­tai­sie lan­ga­gière. Car « Délicatesse et gra­vi­té » consti­tue une sorte de jour­nal intime où les choses les plus graves sont dites avec légè­re­té, voire avec la fan­tai­sie la plus débri­dée (ain­si dans la Ballade d'Albert le ton­ne­lier où les échos de la guerre se mêlent à la vie des humbles avec ce refrain obsé­dant qui vaut leçon « nous sommes au monde pour aimer«). On a une langue qui semble désar­ti­cu­lée, qui ne chante pas natu­rel­le­ment. Mais à bien l'écouter, on entend une musique sub­tile qui émerge du chaos de la phrase qui court d'un vers à l'autre : peut-être est-ce la bal­lade qui s'impose au-delà du non-res­pect lit­té­ral de la forme ? Sans doute n'est-il pas besoin de pas­ser par la bio­gra­phie de l'auteur pour com­prendre ces poèmes… Le lec­teur atten­tif relè­ve­ra cer­tai­ne­ment une foule d'indices qui font sens : la Bretagne, les voyages, la célèbre voi­ture des Rougerie (les connais­seurs de l'éditeur appré­cie­ront), Frontignan et sa région, un avion qui revient avec l'être aimé…

Et enfin il y a ce poème, Ballade sur le par­king de Carrefour, qui explique à sa façon le titre du recueil, poème dans lequel s'imbriquent le quo­ti­dien le plus banal et l'Histoire qui broie nos sem­blables : sans effu­sions inutiles, sans  gran­di­lo­quence se dit alors quelque chose qui res­semble à la soli­da­ri­té.

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