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Depuis le couloir

Par |2018-08-19T17:50:14+00:00 13 septembre 2014|Catégories : Blog|

 

                                                                                                 Et monte dans sa chambre à bord, par la cou­pée

                                                                                                       le pen­sion­naire, fla­con de grap­pa dans la poche,

                                                                                         l’anonyme abso­lu, l’homme en imper­méable

                                                                                                       et qui a tout per­du : patrie, mémoire, fils.

                                                                                                                 J. Brodsky, Lagune in Poèmes 1961-1987

 

 

Depuis le cou­loir, Adagio pour cordes de S. Barber où je me fonds, comme quelqu’un, dehors, grimpe les marches et que, dans la ser­rure, une clef entame un quart de tour dans la chambre joux­tant la mienne, des mots s’attroupent aux abords chau­lés des volets main­te­nant tan­dis que des mains les referment dans la minu­tie des gestes et qu’une lampe s’allume res­sus­ci­tant la vie qui l’héberge de nou­veau puis s’éteint, pas­tille halo­gène… J’entame une tranche de pain aux céréales, le thé dans le bol ébré­ché, sur la ter­rasse où, de but en blanc, la pluie, fine, s’annonce, éparse, gla­çant la pente subi­te­ment parée des toits, piquant l’épiderme, à peine brise tave­lée de riens pour­tant dans le matin qui s’éveille s’incrustant dedans les ongles… Au loin, un réver­bère sil­houet­tant au canal mise en scène de bâtisses et gui­pures de feuillages, d’algues vertes invi­sibles à l’œil presque aux pieds des ducs-d’Albe où s’ébauche un sou­ve­nir, etc. – une vision encore brus­que­ment du som­meil, ou non ? –, trem­blantes par inter­valles, inven­tant des détails… J’imagine : à l’égal d’Hélios, quelqu’un en moi s’encadre à la fenêtre attrayant le regard à l’immeuble d’en face et me regarde, près de lui sa ciga­rette qui se consume dans un cen­drier Campari, à (deux ?) rues d’ici sillon­nant son ombre en salo­pette brune tan­dis qu’une per­ceuse se met en marche dans l’apostrophe éraillée d’un ven­deur proche le Ponte d. Scalzi.

 

   Extrait de Venise, illus­tré par David Hébert, Les Vanneaux, 2012 

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