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Des sandales dans la tête

Par |2018-10-22T19:06:56+00:00 5 décembre 2014|Catégories : Blog|

 

 

Il y a l’amour comme point de soleil
Sans bords
Il y a les routes comme des terres
De maré­cages
Il y a le soir, la ville, l’homme sans pieds
Il y a des gra­nules dal­lant les yeux
La mer dans les caves
Suffit de sen­tir la venue du vent
Ou peut-être la gran­deur bes­tiale
Des feuilles blanches
Pour alors donc ain­si
Tu n’aimeras point, avoue la nuit

Les départs comme les arri­vées
Nouent les files de tes veines
Au fond de ta bouche
Qui ne crie jamais
Les sil­houettes des vers de terre
Qui rongent ta vie ton amour ton écri­ture

La vie est un quart de papier
Chair macu­lée
Dans le bar du milieu
Dans l’aspect rouge de la flamme
Délicieuse comme la langue
Des four­reaux dociles
Chair macu­lée
Sur la nappe sous la table
Entre les débris du vin per­fo­ré

Mes yeux der­rière la tête
Regardant mon âme
Visqueuse dégou­li­nante
Collante aux arbres muets
Du bou­le­vard

La  soli­tude assas­sine
Mes vers d’amour

 

Il n’y pas de phrases
Il y a une ligne qui mur­mure
Ligne sur l’air sus­pen­du
Aux canines de la chienne
Des fenêtres qui aboient
Tout près de toi
Homme qui pue l’alcool
A Tanger sur le bou­le­vard
Ne viens pas me dire l’aveu
De la puis­sance de la non-puis­sance
Comme à Casablanca les trot­toirs sans nom
Collent aux semelles nues
Ou c’est peut-être Montevideo
Santiago et Paris
Ou c’est Londres quand la divine Katherine
Remuait ses textes et son cœur malade

Quand je t’aime je passe le temps
                             Je pense le temps
                             Je panse le temps
                                       Et mon sexe
Que de syno­nymes avoir pour t’écrire
Le poème des décharges
Des eaux amères
Toi tou­jours une fille à jamais
Derrière le rose d’un lit
Sans tem­pête
Arrête les jus de l’émotion

Perdu dans les yeux de la nuit
Dans la brillance du bou­le­vard
Tous les bou­le­vards
Ils se bous­culent
Sur mes épaules dégar­nies
Sans lieux dire
Sans temps révé­lés
Mais toi trans­si­bé­rien
Pourras-tu com­prendre
Le désar­roi des mains
Les four­mis intes­tines
Qui four­millent
Au fond des la ruelle du cœur ?

Je ne m’arrête pas
Je fais des escales justes
L’univers des  hommes nus
Est un cime­tière
Le long des comp­toirs infi­nis
Dans le sud des villes meur­tries
Crevasses et cel­liers
Vignes et prières dociles
Baisers des sans joues
Saluts éthé­rés
Vents soli­taires
Ah ! être vent et ne pas cares­ser
Les mers miel­leuses

Il y a ma nuit des pieds
Et je marche puis je bois puis je gueule sans crier
J’annonce la perte de la soli­tude
Moi, fau­ché de mes papiers
                     De mes amours
                     De mes vies rêvées

Avalez la langue de la com­pas­sion
Rangez vos poches pleines de semonces dégueu­lasses
La table-ci recueille mes émois
Comme un livre écrit
Par le bar­bu Hemingway
Le safa­ri-ci est mien.

Ce n’est pas le regard
Retourné dans la pulpe des choses
Avancé comme manière
De dire
Ce regard n’est pas mien
Il est juste inutile lien
Quand le corps est une boule
De vapeurs
Et fou­tez-vous l’âme dans le feu
Inquisiteurs sans croix
Sans his­toire sans lois
Vautours des temps inaper­çus
Au-delà des plans sans mots

Les bou­teilles s’accumulent
             Se vident
             S’entassent
Meurent dans les vieux car­rés
Ils détruisent tout
Ils ont l’habit
L’œil
Ils n’ont rien
Amis poètes notre verre est cas­sé
Depuis le pre­mier jour de l’Olympe
Dans la gueule de bois de Bacchus
 

Le monde échoue dans ma vitre
Comme les montres molles
Daliennes
Il y a l’effritement doux
Et les ombres pal­pi­tantes
Quand le soir me couvre
De folie
Car tout près dans le grès col­lé à ma peau
Frissonnante
Les sou­rires des jolies filles
En jeans col­lants en bodys mou­lants
Aux ports altiers
Déesses des temps modernes
La ving­taine à peine
Des sou­ris blanches sur les dents de nacre
Elles brûlent l’acte amou­reux
Sur les trot­toirs sans com­pa­gnon.

Je m’en vais
Elles s’en vont
L’œil de l’ogre moral
Dresse des piquets dans les chairs
Dans nos veines à coups de scal­pel
J’écrase les mous­tiques
Je vide les verres der­rière la cra­vate
Le sais-tu
Eternel per­dant sur les che­mins
Des déserts des cités enfouies
Sous l’enfer des prê­cheurs
En mal de libi­do ailé

Entre l’infini mai­gri­neux du bou­le­vard 
Le réduit sou­la­geant du café
Dans l’un dans l’autre
Je marche dans ma chaise
La tête pleine de contrées de dési­rs
De la fin
Ça résonne
Ça tape
Ça sonne

Le bruit demeure muet
Le son est de chêne
Des mots et des mots
Des pas et des pas
Comme des sauts des­si­nés
Sur l’écran gris des sou­cis
Moi le chantre du grand silence

Et l’envie est une cou­leur noyée
Dans l’océan des souf­frances douillettes
Et mon vin peine à cra­cher la véri­té
A la face des dic­ta­teurs de la conscience

Tu écris
Tu te crois dans l’autre monde
Titan de papier ensan­glan­té
Mais les chauves-sou­ris te trouent les yeux  

Tu n’as pas le droit d’être seul
Même en buvant
Ton verre mal­heu­reux
La chaise vide
N’est pas tienne
Elle est sans siège
Gare au faux

Alors j’aime
J’écris
Je me dés­in­tègre dans les yeux
Des filles du moment
Un petit éros sans flèches ni ave­nir

 

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