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Désert du Barbare

Par |2018-10-20T17:09:13+00:00 19 janvier 2013|Catégories : Critiques|

Par la dou­ceur et la séche­resse de la « taille » (cou­pure des lignes, abrupt des élé­ments syn­taxiques et lexi­caux)  Christiane Tricoit crée dans le lan­gage  divers types de césures et de dis­jonc­tions qui à la fois lient et délient le monde et touchent à sa déhis­cence. Dans « Desert du Barbare », elle  mul­ti­plie des aveux mais sous la plus par­faite dis­cré­tion  et donc très loin de toute effu­sion nar­cis­sique.

Surgissent dans l’évocation de son pas­sé afri­cain la chute infi­nie du corps, sa remon­tée et – par­fois – sa rechute. Pris dans les lignes et les liga­ments sur­git un pays anté­rieur à la conscience : celui de l’émotion, de la pul­sion. Il prend la forme ici d’un canyon cata­clys­mique dans lequel l’innocence est bafouée.

Christiane Tricoit n’est pas de celles qui geignent. De frag­ments en frag­ments, ce qu’elle laisse échap­per de sa vie est de l’ordre à la fois d’un ves­tige que sou­lignent les ver­tiges noirs et lumi­neux de Claire Nicole. Ses encres rap­prochent des lisières brouillées de la pen­sée, bref à la fron­tière où il est urgent de voir et de par­ler puisque tout devient incer­tain et non éta­lon­né.

Résumons : dans ce livre la parole exi­geante reste – suprême élé­gance – en retrait, en attente. La gra­vure de Claire Nicole aus­si puisqu’elle naît d’un vide de matière. Le lec­teur s’abandonne aux mots et aux images pudiques afin de tou­cher le voile trou­blant d’un lais­ser être au monde là où la tris­tesse insé­pa­rable de la vie.

Une fois encore se retrouve en lisant Christiane Tricoit  une force pour se battre face à la chien­ne­rie de la vie et à la dure­té des jours. On glisse dans l’enfer du Barbare en vou­lant croire à une fée­rie de l’existence. Bien sûr c’est une folie. Une folie du sage. Mais une folie tout de même.

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