> Deux poèmes traduits par Elizabeth Brunazzi

Deux poèmes traduits par Elizabeth Brunazzi

Par |2018-10-22T09:53:30+00:00 23 septembre 2014|Catégories : Blog|

 

The Pig
 

I che­cked his shoes –
Rough and wild

And the nails –
Long and dir­ty

And the mouth –
big and grub­by

I che­cked his eyes –
Warped, wide awake though asleep

That’s how I notice a boar
Even in par­lia­ment

Too vora­cious
He even kills the piglets.

 

Le Cochon
 

J’ai contrô­lé ses chaus­sures-
Rugueuses et sau­vages

Et ses ongles-
Longs et sales

Et sa bouche-
Large et cras­seuse

J’ai contrô­lé ses yeux-
Tordus, grands ouverts mais endor­mis

C’est comme cela que je recon­nais un cochon
Même au par­le­ment

Si vorace
Qu’il tue même les por­ce­lets.

 

Sacred Passage

For my sis­ter Jeannette Khensani Bila

Before the stoep of our house
Where the under­ground pipes lie
Khenyeza the dag­ga-smo­king buil­der dis­co­ve­red your clothes
When he was dig­ging the foun­da­tion
I lay invi­sible flo­wers
And water them to bloom and blos­som
In all sea­sons

I take off my shoes
walk on this pas­sage gent­ly
Hold your hand, my sis­ter
As we sip cof­fee toge­ther on the stoep
With our aged mother Fokisa N’wa-Mahatlani Maxele

Even when the tor­ren­tial rains wash away your clothes
And the remains buried beneath the ground
I shall always remem­ber that I walk on graves –
On fra­gile bodies of my belo­ved people
Whose spi­rits make wicked people sneeze and wobble

And whe­ne­ver I dis­co­ver some­thing anew
I shall lis­ten to your voice pri­ck­ling my conscience
For eve­ry ground is cove­red with blood
Its pillars are human bones

As you smile Khensani, and our eyes hold each other
Know that you’ll never be a khum­bi that only remains behind the hut
Or buried in the wet­lands of the rivers
In time, you’ve grown to com­fort my heart
You are the holy angel
That guards and saun­ters in your mother’s glit­te­ring house.

When my steps triple
And move­ments go astray
Carry the torch
And show me the way in dark­ness

What I have belongs to you
It belongs to our mother Mbati-ya-ku-fuma
Who’ll soon take a warm bath of salts
And for­get the pain of losing you, her last-born child
And Klaas, her first-born
And Richard, her first hus­band
And Risimati, her second hus­band 

When I final­ly go –
I will hold your hand, again
As I join your father
and the entire Bila ances­try 
emaxu­bi­ni.

 

Passage Sacré
 

Pour ma soeur Jeannette Khensani Bila
 

Devant le stoep de notre mai­son
Où reposent les tuyaux sou­ter­rains
Khenyeza le fumeur de Dagga a décou­vert tes habits
Quand il creu­sait la fon­da­tion
J’y ai mis les fleurs invi­sibles
Et je les arrose pour pro­lon­ger leur éclo­sion
res­plen­dis­sante en toute sai­son

J’enlève mes chaus­sures
pour mar­cher dou­ce­ment sur ce pas­sage
Je te prends la main, ma soeur
Pendant que nous buvons notre café à petites gor­gées
Sur le stoep avec notre mère âgée Fokisa N’wa-Mahatlani Maxele

Quand bien même les déluges emportent tes habits
Et tes restes enfouis sous la terre
Je me sou­vien­drai tou­jours que je marche sur les défunts-
Sur les corps fra­giles de notre peuple bien-aimé
Aux esprits qui piquent les méchants du nez et les rendent trem­blants

Et quand jamais je redé­couvre du nou­veau
J’écouterai ta voix me piquant la conscience
Car toute la terre est cou­verte de sang
Ses piliers sont bâtis d’ossements humains

Je te vois sou­rire, Khensani, et en nous regar­dant les yeux dans les yeux
Saches que tu ne seras jamais un khum­bi qui ne trouve de place que der­rière la hutte
Ou enter­rée dans les ter­rains maré­ca­geux près des rivières
Au fil du temps, tu arrives à me conso­ler le coeur
Tu es l’ange gar­dien
qui se pro­mène dans la mai­son res­plen­dis­sante de ta mère.

Quand je com­mence à tré­bu­cher
Et que mes mou­ve­ments deviennent incer­tains
Lève la torche
Et montre-moi le che­min dans le noir

Ce que je pos­sède t’appartient
Mon heri­tage appar­tient à ta mère Mbati-ya-ku-fuma
Qui bien­tôt pren­dra un bain dans l’eau salée
Où elle oublie­ra la dou­leur de t’avoir per­due, son der­nier né
Et Klaas, son pre­mier né
Et Richard, son pre­mier mari
Et Rismati, son deuxième mari

Quand enfin je pas­se­rai de cette vie-
Je te tien­drai la main, encore une fois
Au moment des retrou­vailles avec ton père
et tous les ancêtres des Bila
exmaxu­bi­ni.
 

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