Murièle Camac : Con­stan­tin Cavàfis
Xavier Bor­des : Yan­nis Ritsos

 

Constantin CAVÀFIS, Tous les poèmes 

par Murièle Camac

 

 

 

 

Cavafis, poète grec d’Alexandrie ayant vécu au tour­nant des XIXe et XXe siè­cles, a peu pub­lié de son vivant – a d’ailleurs peu écrit. Il a pour­tant mar­qué durable­ment la poésie de langue grecque, qu’il a fait entr­er dans la modernité.

En France, de nom­breuses tra­duc­tions de ses poèmes ont paru, dont celle de Mar­guerite Yource­nar chez Gal­li­mard en 1958. Récem­ment, Michel Volkovitch avait déjà traduit cer­tains poèmes de l’auteur alexan­drin[1]. Dans ce nou­veau recueil, c’est l’ensemble des poèmes qu’il pro­pose en tra­duc­tion aux édi­tions Le Miel des anges, mai­son spé­cial­isée dans la lit­téra­ture grecque. La table des matières en début de vol­ume donne les titres des poèmes dans l’ordre chronologique, et un index à la fin du vol­ume les donne dans l’ordre alphabétique.

Le pro­jet édi­to­r­i­al est expliqué très claire­ment en qua­trième de cou­ver­ture : « Les édi­tions français­es de Cavà­fis, con­for­mé­ment à l’usage grec dom­i­nant, pla­cent les Poèmes pub­liés en tête, éventuelle­ment suiv­is d’une par­tie de l’œuvre non offi­cielle. Nous avons choisi une présen­ta­tion dif­férente, chronologique – en pré­cisant bien à chaque caté­gorie appar­tient chaque poème ». Ces dif­férentes caté­gories sont les suiv­antes : les poèmes jamais pub­liés, « cachés » ; les poèmes pub­liés dans la jeunesse puis reniés ; les poèmes inclus dans l’édition de l’ensemble de l’œuvre, pré­parée par Cavafis lui-même mais sor­tie après sa mort. Une post­face du tra­duc­teur (inti­t­ulée « Où Cavà­fis devient lui-même ») développe et explique les choix de présen­ta­tion et de traduction.

C’est donc plus qu’une nou­velle ver­sion de l’œuvre inté­grale (offi­cielle) que nous avons ici : une véri­ta­ble rétro­spec­tive, comme on peut en avoir pour les pein­tres ou les pho­tographes. Cela con­vient idéale­ment à l’artiste que fut en effet Cavafis. Une telle approche per­met de suiv­re le chem­ine­ment poé­tique de toute une vie, depuis les essais de jeunesse pas tou­jours bien maîtrisés jusqu’aux remar­quables poèmes de la matu­rité et de la vieil­lesse. On peut sim­ple­ment regret­ter que les textes orig­in­aux ne soient pas don­nés aus­si afin que la vision d’ensemble soit réelle­ment com­plète. On aurait aimé pou­voir se référ­er à la ver­sion orig­i­nale. D’une manière générale, il me sem­ble qu’il faudrait tou­jours don­ner, pour toute édi­tion de poésie traduite, la ver­sion orig­i­nale. Pour qui con­naît un tant soit peu la langue d’origine, c’est indis­pens­able ; et même si l’on ne con­naît pas la langue, on reçoit au moins une image, une impres­sion du texte tel qu’il a été écrit.

Il est très intéres­sant de lire les poèmes de Cavafis tels qu’ils sont présen­tés, dans l’ordre, chronologique­ment. D’une part parce que cela per­met de saisir la pro­gres­sion du poète dans l’écriture des textes et d’assister à l’émergence d’une émo­tion forte au fil de l’œuvre : si, par­mi les pre­miers textes, cer­tains peu­vent sans doute être qual­i­fiés de franche­ment mau­vais, cela ne rend que plus remar­quable, dans les deux tiers restants, l’enchaînement presque sans faute des réus­sites poé­tiques. Il est d’ailleurs tou­jours intéres­sant de lire des poèmes ratés : on appré­cie mieux par com­para­i­son ceux qui ne le sont pas.

Mais d’autre part, cette lec­ture des poèmes page après page per­met d’entrer pro­gres­sive­ment dans un univers poé­tique d’une éton­nante cohérence. Le charme n’en opère que plus inten­sé­ment. J’aurais sans doute du mal à isol­er tel ou tel poème se dis­tin­guant par­ti­c­ulière­ment, à désign­er des « per­les » qui m’auraient mar­quée plus que d’autres. Ce qui mar­que, c’est l’indéniable puis­sance et le charme per­sis­tant de l’ensemble : le retour des thèmes et des motifs, finale­ment peu nom­breux et inlass­able­ment repris, réin­ter­prétés, réen­chan­tés. Les poèmes de Cavafis sont des vari­a­tions musi­cales sur quelques thèmes choi­sis. Si la musi­cal­ité de sa langue, soulignée par le tra­duc­teur Michel Volkovitch, nous reste mal­heureuse­ment étrangère, la musi­cal­ité de son univers, la qual­ité musi­cale de sa pen­sée poé­tique, cela en revanche est claire­ment sai­siss­able par une lec­ture en con­tinu de son œuvre.

C’est entre autre l’alternance très régulière, du début jusqu’à la fin du recueil, entre poèmes à sujets his­toriques et poèmes amoureux qui crée cet effet sin­guli­er. Enlever à l’œuvre cette alter­nance, comme le font cer­taines édi­tions qui choi­sis­sent de ne pub­li­er que les poèmes de l’intimité, ou que les poèmes his­toriques, est lui enlever ce qui fait sa force et son orig­i­nal­ité. Il s’agit fon­da­men­tale­ment d’une poésie de fan­tasmes : fan­tasmes de la Grèce et fan­tasmes sex­uels. Tou­jours asso­ciés à un passé irrévo­ca­ble­ment révolu, les uns et les autres sem­blent ne pas pou­voir fonc­tion­ner séparé­ment. C’est qu’ils n’appartiennent pas à la réal­ité ordi­naire, à la pen­sée con­sen­suelle, à l’attendu : la Grèce n’est pas celle que l’on imag­ine, le désir est homo­sex­uel, interdit.

Les poèmes his­toriques, comme le note Michel Volkovitch, font « revivre des épo­ques mal con­nues de nous, péri­ode hel­lénis­tique ou Byzance médié­vale ». Heureuse­ment, le tra­duc­teur pro­pose en fin de vol­ume des notes très utiles et éclairantes pour combler nos lacunes. Encore plus heureux, au fil de la lec­ture la plu­part de ces notes devi­en­nent inutiles : ce sont en effet les mêmes per­son­nages ou références his­toriques qui revi­en­nent d’un poème à l’autre (Julien l’Apostat, Anti­o­chos Epiphane, Démétrios Sôter, Jean Can­tacuzène, Apol­lo­nios de Tyane…), et l’on finit par se famil­iaris­er avec ces univers loin­tains, si pro­fondé­ment con­sti­tu­tifs de l’univers cavafien.

Pour qui aime la Grèce, c’est un enchante­ment : la recréa­tion d’une Grèce anci­enne à la fois proche de l’imaginaire occi­den­tal et totale­ment orig­i­nale. Grec d’Alexandrie, Cavafis cherche la Grèce hors de Grèce — en par­courant ses dias­po­ras et l’histoire d’après l’âge d’or clas­sique. En par­al­lèle, ou plutôt en une par­faite con­tem­po­ranéité, les poèmes amoureux retran­scrivent une Grèce mod­erne qui n’a rien non plus du pit­toresque que les Occi­den­taux lui prê­tent sou­vent. Alexan­drie, la ville natale de Cavafis, est présente non comme un décor, non comme une ville, mais plutôt parce qu’elle con­note la périphérie, la mar­gin­al­ité, le mélange. C’est une Grèce du plaisir et de la sen­su­al­ité, mais homo­sex­uelle donc illégitime. De même qu’il cherche la Grèce hors de Grèce, Cavafis cherche l’amour hors de l’amour (per­mis), en par­courant les corps défendus, la beauté mas­cu­line qui lui est interdite.

Incon­testable­ment, ce sont les poèmes auto­bi­ographiques, ceux des amours mas­cu­lines illicites, qui ori­en­tent l’ensemble de la lec­ture. Vivre des amours homo­sex­uelles cachées, c’est à la fois, pour Cavafis, être hon­teux et jubi­lant, c’est être grec. C’est vivre exclu de la société et appartenir à sa plus grande noblesse, celle de l’art et de la poésie :

 

Je suis allé dans les cham­bres cachées qu’on juge hon­teux de seule­ment nom­mer. Mais il n’y a pas de honte pour moi – sinon quel poète, quel artiste serais-je[2] ?

 

Désir homo­sex­uel, plaisir char­nel, poésie et gréc­ité par­ticipent d’un même principe – la recherche de la beauté :

 

Dans cette vie dis­solue de ma jeunesse,
se for­maient les principes de ma poésie, s’ébauchaient les con­tours de mon art[3].

 

Cette beauté appa­raît comme l’héritière directe des fleurs du mal baude­lairi­ennes[4], dont l’emblème orig­inel con­sis­tait dans les fig­ures des « Femmes damnées » et des amours saphiques. Un même lien unis­sait déjà, chez Baude­laire, l’amour inter­dit, la damna­tion et la poésie — et même la Grèce, avec la référence fon­da­trice à Sap­pho. Mais là où Baude­laire cen­trait son univers poé­tique sur des fig­ures féminines, celles-ci sont presque absentes de l’univers de Cavafis, qui procède essen­tielle­ment par des vari­a­tions autour de fig­ures mas­cu­lines (avec une préférence peu sur­prenante pour les éphèbes). Le Baude­laire poète est en quelque sorte une femme les­bi­enne, bien plus qu’un homme hétéro­sex­uel : c’est par ce déplace­ment, sub­ver­sif s’il en est, qu’il retran­scrit son expéri­ence de la damna­tion créa­trice. Cavafis, poète de la marge sex­uelle mais aus­si bien géo­graphique et his­torique, est d’emblée déplacé, d’emblée damné : en don­nant corps et vie textuelle à ses désirs amoureux, on peut dire qu’il réin­vente à sa manière, toute grecque, l’expérience baude­lairi­enne de la damna­tion créa­trice. D’infinies décli­naisons de cette expéri­ence sont vécues par les nom­breux dou­bles pos­si­bles du poète, antiques ou con­tem­po­rains ; par exem­ple « Démétrios Sôter (162–150 av. JC) », roi séleu­cide tué au combat :

 

Et main­tenant ?
 Main­tenant, dés­espoir et chagrin.
Ils avaient rai­son, les amis à Rome.
Elles ne peu­vent pas se main­tenir, les dynas­ties qu’instaura la Con­quête des Macédoniens.
Peu importe : il s’est don­né du mal, il s’est bat­tu tant qu’il a pu.
Et dans sa noire désil­lu­sion,
il ne pense qu’à une chose,
qui le rend fier : dans son échec, il mon­tre au monde sa bravoure indompt­able, inchangée[5].

 

Poète non pub­lié de son vivant, indi­vidu périphérique, Cavafis crée un univers décalé, insai­siss­able, secret, et pour­tant étrange­ment proche. Sa langue, très sim­ple en apparence, donne une impres­sion de trans­parence. Ses textes con­stituent autant de petites his­toires facile­ment abor­d­ables a pri­ori. Mais para­doxale­ment, aucun mes­sage clair ne nous parvient ; une opac­ité demeure. Quelque chose se cache.

Dans sa recherche du temps per­du[6] que sont, fon­da­men­tale­ment, la recherche de la Grèce passée et celle des amours enfuies, il ne faut pas lire en effet une nos­tal­gie sim­pliste, encore moins une volon­té de retour à une orig­ine réduc­trice. Aucun goût pour l’explicatif et l’univoque chez Cavafis. Au con­traire, il ne cesse de saisir des moments de tran­si­tion, des visions d’entre-deux.

Ain­si, les deux derniers tiers du recueil déploient pleine­ment un univers du mélange, des fron­tières poreuses, du va-et-vient entre des iden­tités mul­ti­ples et qui, cepen­dant, sont toutes grec­ques : mélange des reli­gions avec le va-et-vient entre pagan­isme et chris­tian­isme ; trans­for­ma­tion des empires ou des dom­i­na­tions poli­tiques avec le pas­sage des Grecs aux Romains, d’Antoine à Octave, des Byzan­tins aux Turcs ; fran­chisse­ments inces­sants des fron­tières géo­graphiques et tem­porelles (d’un port méditer­ranéen à l’autre, de la ville à la cam­pagne) ; pas­sage d’un nom à un autre (« On n’a pas besoin d’écrire un nou­veau texte. / On n’a qu’à chang­er le nom[7] »). Tout cela, bien sûr, sur fond de cette sex­u­al­ité mélangée, périphérique, « impure » qu’est l’homosexualité. Car­ac­térisée chez Cavafis par une fusion et un échange con­stant des corps, des chairs, des désirs, des jouis­sances, l’homosexualité est en effet l’autre nom du mélange, du fran­chisse­ment des fron­tières, d’une fécon­dité non pas physique mais intel­lectuelle, artis­tique et spir­ituelle : L’accomplissement du plaisir inter­dit 
a eu lieu. S’étant relevés,
ils se rha­bil­lent en hâte sans dire un mot. Ils sor­tent furtive­ment, séparément (…).

 

Mais comme elle y a gag­né, la vie de l’artiste ! Demain, ou des années plus tard, seront écrits les vers puis­sants dont c’est là l’origine[8].

 

« C’est là l’origine » : non pas dans une genèse biblique ou dans une épopée cos­mogo­nique, non pas dans un réc­it unique de la sépa­ra­tion des élé­ments et des corps, mais au con­traire dans le réc­it très bref et triv­ial d’une fusion furtive entre des corps non nom­més. Ou, plus exacte­ment, dans la répéti­tion, poème après poème, de ces ren­con­tres illicites des corps et des êtres, de ces mélanges « con­tre nature » d’où naît la plus haute forme de cul­ture, l’art.

« L’origine » de notre civil­i­sa­tion, sem­ble dire Cavafis, notre passé, il faut le chercher dans la répéti­tion tou­jours recom­mencée des mélanges et des échanges. — En ce sens, la lec­ture de ces poèmes paraît par­ti­c­ulière­ment per­ti­nente en ces temps de crise iden­ti­taire de l’Occident : on y trou­ve des échos poli­tiques inat­ten­dus. Au fan­tasme nation­al­iste, qui se répand de plus en plus aujourd’hui en Occi­dent, d’une iden­tité unique et exclu­ante que jus­ti­fierait un passé mythi­fié, Cavafis per­met d’opposer d’autres fan­tasmes, nour­ris par une lec­ture his­torique du passé plutôt que par le recours au mythe : fan­tasmes d’unions mul­ti­ples, réc­its d’identités en cir­cu­la­tion, poèmes des tran­si­tions fécon­des et créa­tri­ces. S’il est un pays, pour Cavafis, c’est la langue. La langue grecque est ce qui per­dure et uni­fie au-delà des épo­ques et des ter­ri­toires, ce qui donne la noblesse et la fierté, ce qui per­met la créa­tion : la « langue grecque, por­teuse de mémoire[9] ». Mais même la langue, pour­tant, doit s’hybrider pour devenir créa­trice. La langue grecque elle-même doit se faire lieu d’échanges et de mélanges si elle veut rester lieu de vie :

 

Ton grec est tou­jours beau et musi­cal.
Mais nous avons besoin ici de tout ton art.
Notre amour, notre peine passent dans l’autre langue. Dans la langue étrangère, mets ton cœur égyptien.
Rafaïl, ces vers-là doivent, tu l’as com­pris, être un reflet de notre vie à nous,
et chaque phrase laiss­er voir qu’ils sont écrits sur un Alexan­drin par un Alexan­drin[10].

 

Cavafis l’Alexandrin « devient lui-même », pour repren­dre le titre de la post­face de Michel Volkovitch, en écrivant des vers grecs avec un « cœur égyp­tien ». Il devient le pre­mier poète de la moder­nité grecque, et l’un des plus grands, en ouvrant son cœur, son corps et sa langue à tout ce qui, n’étant pas grec, per­met à la Grèce d’exister.



[1] Con­stan­tin Cavafis, Choix de poèmes, traduits par Michel Volkovitch, Athènes, Aio­ra press, 2015.

[2] « M’allonger sur leurs lits », p. 193.

[3] « Juge­ment », p. 223. 

[4] L’influence de Baude­laire sur Cavafis est inscrite dans le recueil même : l’un de ses poèmes de jeunesse, « Cor­re­spon­dances d’après Baude­laire », con­tient la tra­duc­tion inté­grale en grec, par Cavafis, du « Cor­re­spon­dances » de Baudelaire. 

[5] « Démétrios Sôter (162–150 av. JC) », p. 239. 

[6] Cavafis est le con­tem­po­rain de Proust…

[7] « Dans une ville d’Asie Mineure », p. 286. 

[8] « L’origine », p. 258. 

[9] « Dans une ville d’Asie Mineure », p. 286. 

[10] « Pour Ammon, mort en 610 à 29 ans », p. 211.

 

 

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Yannis RITSOS, Balcon
par Xavier Bordes

 

 

 

Ce n’est pas s’avancer beau­coup, que de dire, d’emblée, qu’après les livres majeurs traduits bril­lam­ment par le poète Dominique Grand­mont, il reste une quan­tité de recueils de Rit­sos à éditer, et par suite éventuelle­ment à traduire. En effet, ce poète grec aura été par­ti­c­ulière­ment pro­lifique, vivant et res­pi­rant par la poésie quo­ti­di­en­nement. Il s’ensuit naturelle­ment une foule de suites de poèmes, avouons-le, certes de force iné­gale, qu’on aurait tort cepen­dant de class­er par­mi les fonds de tiroirs posthumes. Si Rit­sos est un poète renom­mé, fort appré­cié de bien des Grecs, c’est pour des raisons où la poli­tique, l’idéologie, la qual­ité lit­téraire, la spon­tanéité et la sim­plic­ité sont enchevêtrées de manière indis­sol­u­ble. Il en résulte que rien de ce qu’il a pu con­sign­er n’est indif­férent. Bal­con, le présent livre, illus­tre tout à fait cette sit­u­a­tion : c’est comme si l’on accom­pa­g­nait une péri­ode de la con­science poé­tique grecque, pour ain­si dire au jour le jour, avec le recense­ment matériel de son univers selon les instants que le poète a élus comme sig­ni­fi­cat­ifs de telle ou telle heure de sa vie. Par­fois, cer­tains jours, trois ou qua­tre écrits sont apparus, d’autres fois un seul, tous com­pris dans le mois de mars 1985… et tous chargés inten­sé­ment d’une vie partagée avec ceux qui sont là, amis proches, per­son­nes de ren­con­tre, dont la présence est tou­jours sour­de­ment implicite dans chaque poème. En ce sens, Rit­sos est un poète glob­ale­ment « métonymique ». Chaque élé­ment minus­cule qu’il choisit d’évoquer, d’élire, dans son envi­ron­nement et son époque, sem­ble branché sur le cos­mos entier, nous par­ler (avec des « riens ») du vaste monde en lequel l’homme-poète évolue, ques­tionne et se ques­tionne. Il en découle une mosaïque d’instants qui façonne la phy­s­ionomie d’une péri­ode, à la fois de la Grèce, et du siè­cle, laque­lle à quelques égards n’est pas telle­ment éloignée de celle de la Grèce de 2017. Cette édi­tion a de plus la ver­tu d’être bilingue, ce qui est une qual­ité pri­mor­diale, et d’être élégam­ment traduite en français, avec sim­plic­ité et net­teté, ce qui ne gâte rien. Un livre de poèmes brefs et justes, que les amis de Yan­nis Rit­sos, mais aus­si ceux qui ne le con­nais­saient pas, pour­ront lire et relire avec intérêt autant qu’avec plaisir…