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Dominique Sorrente, Pays sous les continents

Par |2018-08-17T19:39:21+00:00 19 juillet 2012|Catégories : Critiques|

 

Un homme parle,
Une science incon­nue sur ses lèvres

                                                 Dominique Sorrente

 

 

Beauté du geste, regrou­per les poèmes de Dominique Sorrente en volumes chro­no­lo­giques. Beauté du livre et de son papier, de la cou­ver­ture. Beauté des mots et des vers réunis ici. Au sein de Recours au Poème, nous aimons la poé­sie de Dominique Sorrente, pour­quoi le nier ? Et c’est un vrai bon­heur de pou­voir retrou­ver (mais aus­si décou­vrir) les poèmes écrits entre 1978 et 2008. Le volume regroupe une quin­zaine d’ensembles parus sous dif­fé­rentes formes, en recueils, pla­quettes ou revues. Et Sorrente rend d’ailleurs, à juste titre, hom­mage au tra­vail des revues de poé­sie, lui qui a publié une par­tie de ces poèmes dans Autre Sud, Le Journal des Poètes, Europe, Lieux d’Être, La Traductière… Entre autres.

Sorrente est un poète qui trace son sillon tran­quille­ment, à la fois par­tie pre­nante du monde de la poé­sie fran­çaise et maillon auto­nome de la chaîne, libre. Comme le sont ou devraient l’être les poètes. Cela évite de ne connaître que les copains des réseaux de copi­nage, une pra­tique fré­quente qui est une forme de sclé­rose. Son pré­fa­cier parle de O.V.L Milosz, Saint-John-Perse, La Tour du Pin ou Pierre Emmanuel. Ce genre de réfé­rences peut être lourd à por­ter par­fois, ce n’est en réa­li­té jamais le cas pour qui est poète. Réellement. Et l’on ne pei­ne­ra pas en effet à ins­crire Sorrente dans la tra­di­tion des poé­sies évo­quées par Jean-Marie Berthier, ou plus sim­ple­ment dans la lignée des poètes. Il s’agit d’une lignée condui­sant à la Beauté par le prisme de la force et de la Sagesse. Tout est son et Parole. La poé­sie. Ainsi La lampe allu­mée sur Patmos assigne à la poé­sie un rôle de recours et de lien entre les hommes et les élé­ments, ce qui ne sera pas pour nous déplaire. Un lien pré­sent par­tout dans la poé­sie de Sorrente, que l’on retrouve dans ce poème :

 

Heureux les enfants de neige qui se sont faits bon­hommes.

 

À l’angle mort des lumières, ils sifflent de l’un à l’autre
pour une branche où se des­sine un bras,
deux gros cailloux pour voir de leurs seuls yeux,
une écorce qui se fera cha­peau.

À l’éclaircie de quelques mots,
vous les met­tez à décou­vert, enfants pro­digues
qui ne veulent plus repar­tir,
tant que le jour n’aura pas fon­du tout entier
sur leurs mains.

Alors, et sans attendre, connais­sant déjà tout
du temps inculte ou dis­lo­qué,
ils signent le moment fan­tasque
qui les a mis au monde.

[poème extrait de Le dit de la neige, 2000]

 

Et la poé­sie reliée ne peut qu’être poé­sie huma­niste :

 

Chanson pour l’étranger

 

Il a tou­jours une fron­tière à don­ner,
un oiseau pour s’enfuir au réveil,
un mal d’étoiles
qui se nour­rit de fées.

Il voyage. La mul­ti­tude
le rem­plit,
le papillon mou­rant l’appelle.

Il voyage
dans la sym­pa­thie des ailes.

Il sait espé­rer d’un ruis­seau
sous l’automne aux feuilles noires.

Tout à la fin,
il te don­ne­ra en filon
son corps qui est cocagne.

 

Être en plé­ni­tude en dedans de soi sans être à l’écart du réel du monde, être ain­si en étant au contraire accor­dé aux sons de l’univers et de la vie. Voilà la poé­sie de Dominique Sorrente. Ceux qui ont des oreilles l’entendront.

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