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Douceur du cerf

Par | 2018-02-22T02:20:26+00:00 30 juin 2013|Catégories : Critiques|

Marie Huot, bien que remar­quée par le Prix Jean Follain et le Prix Max Jacob,  pour­suit son œuvre dans la dis­cré­tion. Comme Jean Giono avait écrit Naissance de l’Odyssée,  c’est, d’une cer­taine manière un « retour à Ithaque », à la ren­contre d’un grand-père marin mythi­fié qu’elle nous invite, mais le pro­pos est double,  puisqu’en fait, de  poème en poème, c’est sur l’océan de l’imaginaire de Jean Giono qu’elle nous entraine.

En trente-deux escales,  c’est tout l’univers poé­tique de Jean Giono qui appa­raît dans la brume, puisque on y croise Antonio et Clara du Chant du monde ( Si une tem­pête arrache quelques pages/​ Antonio et Clara/​ un ins­tant boi­ront la tasse…  , Bobi de Que ma joie demeure ( La nuit on lui voit une foudre entre les épaules..) des cava­liers qui sont for­cé­ment ceux de l’orage et quelques autres per­son­nages de Giono dont je laisse au lec­teur le plai­sir de les ren­con­trer, comme celui-ci :

 

J’ai oublié le nom du joueur de cartes
Il l’a fait glis­ser par-des­sus bord
Il a une façon si magique
d’agiter ses mains
on croit que ses doigts plantent des graines dans le ciel .

 

Si ma mémoire est bonne, il arpen­tait Les grands che­mins à la pour­suite d’un hori­zon sans pla­fond…

Cet exer­cice de style,  car c’en est un, aurait pu être fait de redon­dances ou pire de com­men­taires, de manière beso­gneuse. C’est tout l’inverse. C’est plus à une œuvre de dis­til­la­tion que s’est atta­chée Marie Huot. Se ser­vant de l’univers de Giono comme matière pre­mière, elle l’a fait pas­ser aux trois étapes du grand œuvre alchi­mique,  le rame­nant aux cendres de l’œuvre au noir pour le faire pas­ser à l’incandescence de  l’œuvre au rouge.

Quant au cerf  dont Marie Huot fait l’éloge de sa dou­ceur, c’est, bien sûr, celui qui court libre­ment sur les pla­teaux de Que ma joie demeure et dont la seule pré­sence char­nelle au monde signe la joie d’être :

 

être est fra­gile
être tremble sous la peau des biches
être s’amenuise
mais sur être on peut construire une joie.

 

A moins que ce ne soit,  plus incons­ciem­ment peut-être, celui de ce long poème de Jean Giono, Le cœur-cerf.

J’avais déjà eu l’occasion de dire le carac­tère enchan­teur de l’écriture de Marie Huot, à l’occasion de la sor­tie de son pré­cé­dent recueil Une his­toire de bouche chez le même édi­teur, Alain Gorius, dont il faut sou­li­gner l’exigence tant sur le fond que sur la forme de ses publi­ca­tions. Ce carac­tère enchan­teur est ren­for­cé par le tra­vail de Diane de Bournazel qui a, comme on le fait au hen­né dans la main des femmes de l’autre côté de la Méditerranée, tatoué dans les lignes de vie de Marie Huot l’imaginaire de Giono.

Je ne sais, si, comme l’écrit Marie Huot son grand-père a empor­té avec lui un peu de sa joie d’être, mais, avec la com­pli­ci­té de Diane de Bournazel et d’Alain Gorius, elle nous a ren­du quelques graines de joie ; comme Jean Giono le fait dire au pro­fes­seur d’espérance qu’est Bobi, «  ma joie ne demeu­re­ra que si elle est la joie de tous », aus­si, per­met­tez-moi de par­ta­ger avec vous la joie que m’a pro­cu­rée cette lec­ture . 

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