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Douze poèmes

Par |2018-08-19T01:55:02+00:00 3 novembre 2015|Catégories : Blog|

 

 

Notre ali­ment
C’est la colère sous le plus cru du ciel
Son alliance avec la lumière lais­sée à l’eau trouble des flaques
Son vœu d’arbres éteints de jar­dins dépouillés
Il en vient à chaque mon­tée du sang
Avec la rage des rivières
L’attente

 

 

***

 

Balbutiant qu’annonce
Un trem­ble­ment des feuilles les plus fines
Vert gris vert encore immo­bile sou­dain
Comme un lièvre ces­sant de boire humant
Et jouant du cuivre de l’air
Le vent fête le soleil nais­sant

 

 

***

Avec la part belle du rêve, cette soif noc­turne que la rosée étanche ce n’est pas l’écorce des bou­leaux qui l’éclaire, mais ce que l’obscur emprunte à l’été, un amas de feuilles mille ans expo­sées à la lumière. C’est dor­mir où pleurent des rivières, par­mi les che­veux déla­cés du vent et les pierres concas­sées qui chantent.

 

 

***

Vivante fon­taine
Ton éche­veau de voix ta durable clar­té
Au vent d’hier lave l’eau
Tourne sur la pierre un refrain de bulles vierges
De soif       de len­teur dans l’air ébloui
D’oubli de boire

 

 

***

 

Avant d’éteindre les pla­tanes où le vent bouge
La nuit s’enfonce dans l’œil des che­vaux
L’effroi mène les enfants de porte en porte
Délie leur langue sitôt pas­sé le seuil
Elle choi­sit ses fruits avant qu’ils ne tombent
Ceux qui viennent avant terme l’attendent

 

 

***

Qu’une eau menue nour­risse
À l’heure où penche la mois­son
L’écorce là-haut la neige vive
Le poi­gnard tiré des blés
Nous allons     − diva­gante aimée oublie ton labeur !
L’obscur qui s’accroît délie l’herbe mûre

 

 

***

 

La mer je l’entends ton­ner après la dune
Ses éclats de sel sous le soleil à pic
Sa voix de cuivre couvre mon souffle
Mes jambes faseyent la terre s’esquive je ne sais
Quel alcool maraude à mes pieds
Me garde de pas­ser les salines
Le sable où je marche pèse mes tempes
Fêtent quel feu quel rire
Quelle foi­son de graines jetées au vent ?

 

***

 

Elle, se reti­rant laisse au sable le sel pié­gé par le soleil, en cette fabrique du diable qu’enferme une dune − lui brû­lant, oubliant sucre éclats échos de fêtes étend son empire dans le silence, ciel qu’aucune pluie ne ravi­taille, décré­tant la soif cet assè­che­ment qui laisse éprou­vé comme limaille l’œil et la gorge à vif.

 

 

***

J’attelle ma faim à ton délice
À son par­terre de fleurs écloses
Nos mains relaient notre patience
Le ciel nous congé­die sur le drap incen­dié
Un feu dans la forge éclaire et croît

 

***

 

Dans la vacance du siphon
L’eau de vais­selle fait un bruit d’orage
Un ton­nerre sans menace rôde puis s’éloigne
J’entends la pluie zélée
Les bor­bo­rygmes du déluge
Les mar­ron­niers dégouttent les cani­veaux s’emplissent
Chacun aux eaux en émoi prête un ins­tant de silence
L’excès du ciel nous révèle notre soif

 

 

***

La face pen­chée des fleurs a ces­sé d’embraser notre table. L’hiver venu par la berge des fleuves apporte des relents d’avant-monde, parle d’un ciel dont on ne s’éloignait que pour dor­mir. Dans la main nue qui a repous­sé la friche, le grain attend. Semer n’est que le ver­sant moins pur du désordre. La plaine dans la clar­té sans voix pal­pite − elle som­bre­ra dans un autre silence, celui qui pré­cède puis accom­pagne la res­pi­ra­tion de la nuit. Nous sommes sans res­sources dans le jour qui s’agenouille : nus, sa cadence est la nôtre où l’air nous convie.

 

 

***

 

Où cesse la neige, fran­chis­sant la ligne éblouie on perd pied dans une eau bruyante dont le froid irri­gant la peau donne vie sou­dain aux hêtres au-des­sus, au mou­ve­ment du vent dans leurs branches. Déserts ou habi­tés l’aval ni l’amont n’importent − le ciel est un drap gla­cial où aucun dor­meur ne s’invite.
 

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