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églantiers dans les dunes

Par | 2018-02-25T10:40:45+00:00 25 janvier 2017|Catégories : Blog|

 

 

erškė­tuogės kopose /​ églan­tiers dans les dunes

 

 

tra­duit par Mantas Jonaitis
 
 
 
 

p.14

 

 

le cime­tière des Bernardins

 

 

 

Le por­tail du cime­tière ne grince pas.

Mais qu’y peut le fram­boi­sier sau­vage,

entre­la­cé dans les gonds ?

Photographie d’un double néant.

Sur une tombe aban­don­née, affais­sée,

repose un papillon jaune et sec.

La pluie d’avril bat le toit.

Un scin­tille­ment du soleil

dort au creux d’une cha­pelle.

Les capu­chons des Bernardins.

La neige, la pluie, le vent.

Je marche le long de la Vilnelė en me rap­pe­lant mon frère.

Que dirais-tu de la pre­mière neige ?

Sur une bosse blanche

som­nole un vaga­bond.

Le mur est poreux, froid.

Dans le colum­ba­rium l’heure d’été n’existe pas,

même en été.

Herbes noir­cies sur une tombe.

Deux arai­gnées essayent de se tri­co­ter une vie com­mune

A la lisière du cime­tière des Bernardins.

 

 

 

 

p.21

 

 

 

Ukmergė

 

 

 

Du linge éten­du.

Les étoiles d’août se fau­filent

entre les che­mises enfan­tines.

Un oreiller au sol.

J’ai sur­ement rêvé encore des gro­seilliers char­gés de fruits

dans le jar­din à Ukmergė.

Une poire dans ta main

qui ne sait rien de l’étang

dont l’eau l’a arro­sée.

La balan­çoire de mon enfance dans le jar­din,

les bli­nis aux pommes, les siestes :

dans quelle pièce repose tout cela ?

J’ouvre la porte.

Nuit noire dans le jar­din.

La sau­te­relle est res­tée avec l’enfant, en été.

Une bible ouverte.

La patte du chat caresse le gilet

de Mémé Genutė.

Le pro­jec­teur de la lune

pour­suit une sou­ris éga­rée dans le pota­ger.

Octobre déjà.

Noël est déjà proche,

et moi j’en suis encore

à l’œuf de Pâques de mon enfance.

Les affaires de Papy ont des noms.

Fallait-il

les connaître tous ?

A peine éveillé, je par­cours encore

le laby­rinthe de la nuit

en com­pa­gnie d’un renard vaga­bond.

 

 

 

 

p.28

 

 

 

à pro­pos des fleurs

 

 

 

Je pense sans cesse aux free­sias,

qui fleu­ri­ront dans si long­temps.

Les trot­toirs de jan­vier sont encore ennei­gés.

Une jeune fille nue s’épanouit à côté de la fenêtre ;

les yeux fer­més j’ose à peine bou­ger,

de peur que le rêve ne se ter­mine.

 

 

 

 

P.23

 

 

 

sur la neige

 

 

 

La pre­mière neige, hié­ro­glyphes de pigeons…

C’est peut-être une lettre pour celle

dont le cœur blan­che­ment bat, même en hiver.

Tellement dif­fé­rente des lys !

Douce pour­tant, quand elle te touche,

encore blanche et fraîche.

Une telle joie quand il neige !

De minus­cules papillons blancs

fêtent leur anni­ver­saire.

Le plus beau quand il neige ?

Les feuilles des fraises des bois

qui cachent de petits fruits timides.

A la radio – un conte.

En fei­gnant de ne rien entendre,

la neige tombe der­rière la fenêtre.

Dans la cabane au fond du jar­din,

sous la neige, trois chats dis­cutent

de l’hiver qui arrive.

 

 

 

 

p.34

 

 

 

ce n’est qu’un enfant, qu’un enfant

 

 

 

1.

 

s’asseoir dans le lit, se balan­cer en sui­vant

l’aiguille de la pen­dule, dans le demi-jour du jar­din d’enfant,

tant que la lune n’est pas là, tant que nou­nou ombre n’est pas là

 

 

2.

une bobine qui gré­sille, 16 mil­li­mètres,

ama­teur, mais d’un autre côté ce qui est à l’écran

n’a pas l’air ama­teur, même si c’est un peu vieux

 

 

3.

on ne voit rien ? pour­quoi ?

réglons un peu – qui parle ? sou­rit ? fait un signe ?

ça cra­chote, ça gré­sille, ça bruisse

 

 

4.

il neige, un enfant et sa luge, la mon­tagne,

un bon­net en four­rure, les lacets défaits,

les branches ennei­gées : la tris­tesse, fugace, est rare

 

 

5.

ce n’est pas un docu­men­taire, ce n’est qu’un enfant, j’ai dit,

un enfant et sa luge sur la mon­tagne, qui tient dans sa main

le der­nier rayon de soleil, le der­nier frag­ment d’enfance

 

 

6.

épi­sode hiver­nal : les branches s’approchent, s’éloignent, doublent des ombres,

mais qui s’endort avec ses bottes ?

je serai sage, pro­mis nou­nou, la pro­chaine fois je serai sage

 

 

7.

qui ne mange pas sa bouillie, qui n’obéit pas ? – se laver les mains

avant le repas, après le repas, avant la nos­tal­gie et après elle,

après le pre­mier contact du visage contre le car­reau ennei­gé

 

 

8.

et cette lune au-des­sus des rails ?

elle veille sur moi, ou sur eux ?

– les ortho­doxes morts avant le cou­cher du soleil

 

 

9.

lève-toi plus tôt, lève-toi plus tôt –

je vou­drais voir comme le soleil

touche la peau des poires qui mûrissent

 

 

10.

des aiguilles de pluie… dans quel jar­din d’enfant ?

inter­rompent quel jeu ?

les pre­mières gouttes sur la nuque – quelles sen­sa­tions ?

 

 

11.

je veux tou­cher le bleu du mur – écaillé, creu­sé,

avec ses cloques blanches et moches –

sinon je ne pour­rai pas m’endormir

 

 

12.

ce mur, der­rière lequel il y a un autre monde –

d’autres jouets, d’autres petites voi­tures, d’autres balan­çoires – tout est dif­fé­rent,

il n’y a que papa et maman qui sont les mêmes

 

 

13.

et si maman ne vient pas me cher­cher,

et s’il ne reste que la lune

et nou­nou ombre ?

 

 

14.

les filles qui rigolent –

quand j’aurai dix ans,

je ne par­le­rai plus à aucune d’entre elles

 

 

15.

qui a cas­sé la pou­pée ?

je vou­lais seule­ment essayer de voir

ce qu’elle pense à l’intérieur

 

 

16.

un film… quelle dif­fé­rence entre la vraie pluie

et celle des­si­née

sur la feuille blanche accro­chée là ?

 

 

17.

quand j’ai envie de pleu­rer

est-ce qu’il faut vrai­ment

le dire à nou­nou ?

 

 

18.

la bobine de film…

comme si elle trans­met­tait quelque chose,

qui tombe du ciel encore et encore

 

 

19.

et ce rêve –

je reste nu et seul

comme la lune désha­billée par nou­nou