Introduction
La littérature et la peinture sont des domaines de partages et source d’inspiration l’une pour l’autre. Les deux arts mettent au centre de leur observation l’homme, son âme et sa pensée avec des outils différents. L’écrivain se sert de sa plume, le peintre de son pinceau pour rendre l’invisible de l’homme et du monde.
Les écrivains font entrer la vie et les œuvres des peintres dans les fictions littéraires par des personnages créés d’après des modèles réels. Ainsi Émile Zola s’inspire-t-il de la vie de son ami Cézanne pour créer L’Oeuvre, l’histoire d’un peintre maudit, ce qui provoque la rupture de leur amitié. Pablo Picasso devient le héros du roman de Camille Aubray, Dîner avec Picasso, tandis que El Grecoinspire au romancier Vintilă Horia Un tombeau au ciel. Vermeer et sa célèbre peinture La jeune fille à la perle constituent la matière du roman éponyme de Tracy Chevalier. De l’autre côté, les peintres font souvent le portrait des écrivains et s’inspirent de leurs peintures : le portrait de Georg Sand par Delacroix, celui de Zola par Manet, de Balzac par Boulanger, de Flaubert par Eugène Giraud et d’autres.
Cela relève de l’ekphrasis, un concept attaché à l’esthétique plastique. C’est une mise en abîme de l’acte créatif par la description d’une oeuver d’art. Ce concept n’est pas nouveau, il traverse les époques depuis l’antiquité gréco-latine à l’époque contemporaine. Umberto Eco théorise l’ekphrasis et le pratique dans ses romans. Il peut être « ouvert », une description explicite d’une œuvre d’art, ou « occulte », que seul le lecteur cultivé puisse décrypter.
Par ailleurs, un texte littéraire peut constituer la source d’un tableau. Ainsi le roman Atala de Chateaubriand inspire-t-il à Anne-Louis Girodet la toile Les Funérailles d’Atala, une vision romantique face à la peinture néo-classique. La Divine Comédie de Dante est transposée en peinture par Gustave d’Doré, Salvador Dali et d’autres peintres.
Nous nous proposons de voir comment El Greco et ses peintures sont représentés dans le roman Un tombeau au ciel de Vintilă Horia.

El Greco, L’Enterrement du comte d’Orgaz, 1586–1588, Santo Tomé, Tolède, Espagne, https://www.singulart.com
Tolède, espace de l’exil pour Vintilă Horia et El Greco
De tous les espaces de l’exil traversés, l’écrivain Vintilă Horia choisit Tolède pour s’y installer définitivement. Cette ville espagnole devient sa patrie adoptive, qu’il évoque dans son roman Un tombeau au ciel par le destin du peintre grec El Greco de qui il se rapproche spirituellement. C’est un roman ekphrasis par lequel l’écrivain met en lumière le concept de transculturation de Tzvetan Todorov et confirme son affirmation que, l’individu ne vit pas une tragédie en perdant sa culture d’origine, à condition d’en acquérir une autre” (Todorov, 27).
La vie d’El Greco, le peintre grec devenu le plus grand peintre espagnol de son temps, relève de la prédestination, de l’accomplissement du destin dans une autre culture. Son art fait coexister deux cultures et deux identités, orientale et occidentale.
Passionné d’art, l’écrivain roumain découvre des similitudes entre son exil et celui du peintre grec dont la vie, peu connue, permet au romancier de débrider son imagination dans un roman sur l’art et l’amour, deux modalités de connaissance et de découverte de soi. Les deux créateurs, venus de l’Est dans le même espace espagnol, à un écart de 4 siècles, se rapprochent par leur vie en exil, leur formation spirituelle sous l’influence de la philosophie de Platon et du christianisme bizantin. Ils proviennent de la culture orientale, sont à la quête d’un sens plus profond du monde et entrevoient une voie prédestinée qu’ils suivent contre le courant de leur époque. Incompris dans leur effort d’accomplir leur mission, ils restent des modèles humains solitaires qui dépassent par leur vision leur temps et découvrent de nouvelles modalités de représentation de la réalité, El Greco en peinture, le réalisme mystique, Vintilă Horia en littérature, un système de connaissance sur la nature complémentaire des choses, ondulatoire et corpusculaire. Ce sont deux personnalités puissantes, en périodes de crise historique, avec la conscience de la dualité du monde, de la coexistence du sacré et du profane dans la matière, l’essence de leur vision. La théorie de Vintilă Horia sur la nature complémentaire des choses emprunte des éléments de la physique quantique et de la philosophie de Platon perçue à travers la théologie chrétienne.
Les deux créateurs plaident pour la connaissance par l’art. Le destin les emportent vers le même espace culturel, la ville de Tolède, où se croisent arts, architectures, religions, peuples, époques historiques, leur pays spirituel. Vintilă Horia refait en fiction la vie d’El Greco, consacré comme lui en exil. Dans son roman, le peintre est si vivant, proche du lecteur, grâce à son talent narratif. L’écrivain conserve l’itinéraire existentiel connu du peintre grec dont la vie ne cesse de rester un mystère pour les biographes. Il refait la vie à Tolède d’El Greco par un personnage-narrateur qui s’identifie au peintre, dans un dialogue imaginaire de celui-ci avec sa bien-aimée, Jerónima de las Cuevas. Le romancier réanime avec une rare sensibilité les deux „chefs d’oeuvre” de la vie du peintre, artistique et humaine: l’art et l’amour pour Jerónima, qui s’accomplissent l’un par l’autre.

El Greco, https://www.singulart.com
Domênikos Theotokópoulos, le grec devenu en exil le célèbre El Greco, quitte l’île Crète et parcourt les grandes villes de l’Italie, Venise et Rome, à la recherche des grands maîtres spirituels de la Renaissance italienne. Ainsi rencontre-t-il Titian, Veronèse, Tintoretto. Mais il ne reste pas à leur ombre, il cherche autre chose en art, la partie invisible, le sacré caché dans les formes matérielles du monde. Il le découvre tandis qu’il peint des tableaux pour les autels d’église à Tolède, ancienne résidence royale, et le représente sur les visages allongés, spiritualisés, de ses tableaux religieux. Il devient „le plus grand peintre mystique de tous les temps”.
On ne connaît rien de précis sur son début artistique, ni de sa vie à Venise. Les critiques d’art supposent, d’après ses tableaux où l’on ressent l’influence de l’art byzantin, qu’il a appris à peindre dans une école de peinture en Crète, celle de Candia, la ville natale, et dans le monastère Sainte ‑Cathérine (Cossio, 32). On ne sait rien sur la raison de son arrivée à Tolède. Il est possible qu’il y soit amené de Rome sur la recommandation des humanistes espagnols, admirateurs de Titian, comme nous laisse comprendre le romancier.
La représentation du sacré dans l’art d’El Greco
Le roman s’ouvre avec le monologue intérieur du peintre dans la chapelle de l’église Santo Tomé de Tolède, après avoir achevé le tableau L’enterrement du comte d’Orgaz. Il porte un dialogue mental avec Jerónima, sa bien-aimée décédée, dont il ressent la présence comme une forme invisible dans l’air. Il partage avec elle la joie de la réalisation de son chef‑d’oeuvre pendant qu’il médite à sa signification en solitude. L’enterrement
n’est que le prétexte pour transposer sur la toile sa vision du monde par la représentation de l’ascension de l’âme dans l’éternité. Ainsi révèle-t-il le rôle de son art de dévoiler l’essence spirituelle du monde. Dans ce tableau, l’élément clé est l’âme du comte portée par deux saints vers le ciel imaginé comme une immense rose, rosa mistica de Dante, la figuration du Paradis dans la Divine Comédie.
La première hyposthase du personnage-narrateur est l’image d’un vieil homme, épuisé et tourmenté, réfléchissant à son destin, dévoré par un feu intérieur qui le pousse vers une quête perpetuelle, mais conscient d’avoir accompli sa mission. El Greco, de même que le poète latin Ovide, exilé au bord de la Mer Noire, un autre personnage de Vintilă Horia (Dieu est né en exil) est l’archétype de l’artiste qui cherche fébrilement une signification plus profonde du monde, révélée en exil. Ovide découvre le monothéisme chrétien à l’Est de l’Europe et El Greco, un chrétien de l’Est, trouve une nouvelle technique en art, le réalisme mystique pour représenter la spiritualité du monde, opposée à l’humanisme de la Renaissance redevable à l’antiquité greco-romaine.
Vintilă Horia met en lumière la quête spirituelle du peintre, alors qu’il se trouve sous l’influence des peintres humanistes italiens. Il refait les sujets transposés sur la toile par El Greco par l’intertextualité, introduit dans le roman des commentaires et des réflexions sur la représentation du sacré dans son art et les attribue au peintre, comme si celui-ci réfléchit rétrospectivement à ses peintures. Le romancier semble s’identifier à El Greco dont il comprend l’art par sa vision chrétienne du mode.
El Greco commence son évolution artistique sur le fondement d’une formation spirituelle byzantine chrétienne, sa matrice d’identité que le paganisme ne peut détruire à travers la Renaissance italienne de son temps. Sa quête le conduit vers la connaissance chrétienne authentique, loin de sa déformation par les faux disciples de la croyance, vers la découverte du réalisme mystique. Cela explique la sobriété de ses peintures religieuses, le manque d’humour espagnol rencontré dans les portraits de Velasquez et de Murillo. El Greco le remplace par une profonde contemplation et l’air exthatique de ses personnages (Ibidem, 221).
La dimension spirituelle et terrestre coexistent dans sa peinture. L’accès de l’âme à l’éternité après la mort est rendu par la couleur dont l’importance est immense dans son art. El Greco affirme son crédo artistique et plaide pour la couleur, tout en refusant la limitation imposée par le dessin, car la couleur libère des restrictions de la forme et tend vers le divin: „Aimer la couleur plus que le dessin, comme dans les vieilles icônes et chez Giotto et Cimabue, signifie rester fixé dans l’ordre céleste du mystère chrétien dont les humanistes, esclaves des limitations, s’étaient détachés, en peinture comme en poésie et en architecture” (Horia, 54).
À Venise, le jeune peintre comprend que son art est différent de l’art italien humaniste, Titien l’avait d’ailleurs remarqué. El Greco rejette le mimesis antique grec, repris par les peintres italiens de la Renaissance. Il cherche l’image de l’âme, voit au-delà de la matière, perçue par Platon comme une prison de l’esprit. En plein siècle humaniste, libéré de sous l’autorité religieuse du Moyen Age, le peintre grec porte dans sa structure psychique la spiritualité orientale chrétienne, comme Vintilă Horia, et cherche inconsciemment une manière de l’exprimer. C’est le prophète d’un art nouveau, conscient de sa prédestination.Quand il comprend sa mission, il se libère de la tentation de la gloire et suit sa propre voie au risque de décevoir le roi Philippe II de l’Espagne et de perdre la chance de devenir le peintre de la cour royale.
L’intertextualité plastique devient pour l’écrivain la modalité d’introduire dans le roman les tableaux d’El Greco, la voix du peintre qui rappelle son parcours artistique. Le lecteur a l’impression d’assister à ses recherches et à la matérialisation de ses sujets sur la toile. Le tableau Saint Maurice, commandé par le roi pour l’Escorial, n’a pas de succès à cause de la nouveauté de sa représentation technique et cromatique.
Au centre du tableau ne se trouve pas le martyre du saint (Maurice d’Agaune, le commandant d’une légion de Thébaïde, en Egypte), mais le martyre des soldats chrétiens, le sacrifice héroïque de la légion thébenne, massacrée pour avoir refusé de tuer les chrétiens sur l’ordre de Maximien (pendant le règne de Dioclétien,3‑e siècle) et de participer au culte des dieux romains. Cet événement a instauré le culte de Saint Maurice (un saint noir). Le tableau est discrédité à la cour royale espagnole à cause de la vision du martyre opposée aux représentations classiques.
Ce tableau imposait dans la peinture espagnole la vision réaliste-mystique dans l’interprétation des thèmes religieux. Ses personnages empruntent les caractéristiques spécifiques au tempérament espagnol, surtout la fébrilité et la nervosité. „Peintre des âmes”, il transpose sur la toile le feu intérieur, choisit des sujets religieux, sa vision s’oppose aux peintres de la Renaissance par la composition, la sobriété et les couleurs mystiques des tableaux.
El Greco perçoit la double nature des choses, les plans de ses compositions reposent sur le mariage entre le profane et le sacré. Il rend sur la toile les visages des personnages observés dans tous les milieux sociaux: nobles, prêtres, moines, chevaliers, gens simples, hommes douteux, rencontrés dans les tavernes de la ville. C’est le triomphe de l’inspiration locale dans l’art du peintre. Les éléments de paysage ont une valeur symbolique. Le peintre est fasciné par les contrastes lumière/crépuscule, vie/mort, profane/sacré dans l’être humain et dans la nature, exprimés par mouvement, lumière cruelle, sobriété, expressivité des visages. Son art se nourrit de l’histoire et des légendes locales, des modèles réels, se détachant de l’art de ses maîtres italiens Titien et Veronèse.
L’enterrement du comte d’Orgaz représente le chef‑d’oeuvre de sa peinture où l’âme du peintre et celle de sa bien-aimée fusionnent. La vision d’El Greco sur Tolède est filtrée par son amour pour une aristocrate espagnole, Jerónima de las Cuevas, qui le comprend et lui ouvre la voie vers la découverte de l’âme espagnole et de soi. En réfléchissant au tableau, il se rend compte que son sujet existait en lui et n’attendait que le moment d’être mis sur la toile. Il explique lui–même sa composition, les trois plans y représentés: le sacré éclésiastique, le profane chevaleresque et l’éternité vers laquelle s’élève l’âme du jeune soldat dans une aura de sainteté. L’enterrement n’est pas seulement la transposition sur toile des funérailles d’un noble chrétien, mais l’enterrement du rêve espagnol de fonder un empire chrétien universel.
Deux amours guident la vie du peintre: la peinture et Jerónima, le correspondent de Béatrice de Dante, l’image vivante de sa nouvelle naissance, imprimée dans ses peintures. L’amour est pour lui le moyen d’accéder au Paradis, comme pour Dante. La femme aimée, évoquée dès les premières pages du roman, le leitmotiv de l’amour, a la signification d’un double accomplissement, affectif et spirituel. C’est par elle que son destin créateur s’accomplit. Tout comme chez Dante, la femme est un moyen de connaissance sur des paliers différents de la réalité: physique, psychique, spirituelle. L’amour se manifeste en double hyposthase, profane/spirituelle, corps/âme, amour/passion par Jerónima/Violeta. Ce sont des formes d’initiation, car l’amour ouvre l’âme et l’esprit du peintre vers sa propre intériorité et vers l’éternel. La passion enchaîne par les sens, l’amour authentique élève l’âme. Jerónima se retrouve dans tous les visages purs de pucelles ou dans celle de Jorge Manuel, le fils d’El Greco.
L’enterrement du comte d’Orgaz est un tableau inspiré d’une légende de Tolède sur les funérailles d’un noble pieux, descendent d’une fameuse famille aux origines impériales. La légende, racontée par Michel de Cossio, parle de la mort du comte comme de celle d’un saint. Celui-ci est enterré dans l’église Santo Tomé de Tolède, en présence des nobles de la ville et du clergé qui assistent éblouis à un spectacle surprenant après la messe d’enterrement: les esprits des saints Etienne et Augustin descendent du ciel, emportent le corps du comte et le mettent au tombeau, puis disparaissent pendant que l’église se remplit d’une odeur céleste.
Ce tableau, une illustration de la légende, dévoile le sacré caché dans le profane, mais le peintre l’investit d’une double signification par la profonde tristesse des chevaliers réunis aux funérailles d’un aristocrate pieux. Il veut suggérer la chute d’un empire, l’enterrement du rêve des Espagnols de fonder un empire chrétien au XVI‑e siècle, brisé avec la défaite de la flotte espagnole l’Invincible Armada. La peinture „surprend par cette union d’intimité mystique, idéalisme exalté, ambiance locale, accent dramatique et sobriété des tonalités froides” (Cossio, 208). Elle représente „l’heureuse trouvaille d’une parfaite forme d’expression, recherchée avant sans succès, pour exprimer le réalisme familier et intime, l’ambiance physique et morale de la race et de la société espagnole, l’accent nerveux et les tonalités froides, caractéristiques a l’artiste (Ibidem, 209).

Vintila Horia
Vintilă Horia: rhétorique et narrativité
Vintilă Horia choisit la narration homodiégétique avec un narrateur qui s’identifie au personnage actant, qui raconte à la première personne. Cette option pour un personnage impliqué dans la diégèse, les temps verbaux du récit oral, l’alternance présent/passé composé augmentent l’effet d’autenticité. Le présent historique transfère l’action dans l’actualité. Le lecteur a l’impression que le temps du personnage entre dans son temps, qu’il vit simultanément en époques différentes. Le récit des faits a lieu sur l’axe d’un présent continu, ce qui rend l’effet d’abolition du temps.
La narration homodiégétique, le palier méditatif, l’option pour des archétypes humains, l’intertextualité littéraire, historique, philosophique, religieuse se retrouvent aussi dans Dieu est ne en exil. Mais la nostalgie du pays natal n’est pas si forte, comme chez Ovide, elle se dilue presque totalement dans l’art. Seule la signature sur ses peintures, Domênikos Theotokópoulos le Crétois, affirme incontestablement son origine, son identité première, qui ne s’efface pas. Son art révèle son appartenance à deux cultures. Par sa conception artistique il reste fidèle à la spiritualité grecque, par les thèmes des tableaux il s’intègre à la spiritualité espagnole. Par la nouveauté de son art El Greco dépasse le mimesis antique dans l’art et l’esprit italien de la Renaissance, affirme son indépendance et les tendances novatrices et impose le réalisme mystique dans la peinture espagnole.
La transtextualité du roman, „tout ce qui met un texte en relation, évidente ou secrète, avec un autre texte”(Genette, 7) est spécifique à la prose moderne et postmoderne. Des références directes ou indirectes aux textes littéraires, philosophiques, aux commentaires et aux idées d’art nourrisent pleinement le roman. Le romancier intègre dans le palimpseste du texte des épisodes connus de la vie d’El Greco, des commentaires d’art, des descriptions de tableaux, des idées philosophiques du Banquetde Platon, l’épisode de la mort du peintre vénitien Giorgione, racontée par Titien etc.
Il fait des références à l’antiquité gréco-latine, à la philosophie de Platon et d’Aristote, à la Renaissance italienne, l’histoire de Castille et de l’Espagne au XVI‑e siècle, au Moyen Age chrétien, à la Divine Comédie de Dante. Malgré la diversité des éléments, la narration discontinue, construite par la remémorisation, acquiert consistence et unité par la figure d’El Greco, sa formation spirituelle et sa conception artistique. La narration sinueuse, mais palpitante, avec des aventures picaresques, réunit la diversité des éléments thématiques dans un tout pour illustrer la vie du peintre grec et la conception de l’écrivain que la littérature est un moyen de connaissance.
Le romancier refait avec talent non seulement la vie du peintre, mais la couleur locale de la ville Tolède, par l’atmosphère et les ingrédients linguistiques. La ville est évoquée en diverses hyposthases, de véritales tableaux, surtout au crépuscule, mettant en relief son architecture. C’est un hommage rendu à la ville qui l’a adopté. Vintilă Horia intègre dans son identité la culture et la spiritualité espagnoles de même que le peintre grec. Les deux artistes ont la conscience de leur prédestination et font de leur art une modalité de connaissance de l’universel.
Bibliographie:
Aubray, 2020, Dîner avec Picasso. București: Rao.
Cossio 1985, El Greco. Bucureşti: Editura Meridiane.
Chevalier, 2000, La jeune fille à la perle. Paris: Quai Voltaire-La table ronde.
Dante, 2020, Paradis (La Divine Comédie). Traduction de l’italien par Danièle Robert. Édition bilingue. Arles : Actes Sud.
Genette 1982, Palimpsestes : La littérature au second degré. Paris : Seuil.
Horia 1990, Dumnezeu s‑a născut în exil (Dieu est né en exil). Craiova: Editura Europa.
Horia 1994, Un mormânt în cer (Un tombeau au ciel) Bucureşti: Editura Eminescu.
Todorov 1999, Omul dezrădăcinat (l’Homme déraciné). Iaşi: Editura Institutul European.
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