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Élégies étranglées

Par | 2018-05-26T08:29:04+00:00 5 avril 2013|Catégories : Critiques|

Olivier Barbarant publie ici un nou­vel ensemble de poé­sie. Il m’est sou­vent arri­vé de lire l’essayiste, celui qui a diri­gé la publi­ca­tion de la poé­sie d’Aragon dans la pléiade et est l’auteur d’un essai de réfé­rence pas­sion­nant sur le même poète consul­table ici :

http://​books​.google​.fr/​b​o​o​k​s​?​i​d​=​P​e​V​S​o​U​j​S​Q​A​Q​C​&​p​r​i​n​t​s​e​c​=​f​r​o​n​t​c​o​v​e​r​&​d​q​=​O​l​i​v​i​e​r​+​B​a​r​b​a​r​a​n​t​&​r​e​d​i​r​_​e​s​c​=​y​#​v​=​o​n​e​p​a​g​e​&​q​=​&​f​=​f​a​lse

Et contri­bue régu­liè­re­ment à diverses revues de réfé­rence par des textes remar­quables. Ainsi qu'au jour­nal L'Humanité. Je découvre ici le poète et cette décou­verte m’enchante. Si le poète ne m’était pas encore connu, ce n’est pas que Barbarant est un poète incon­nu, bien au contraire. Il a obte­nu les prix Tzara et Mallarmé pour deux autres recueils, et ces « récom­penses » sont loin d’être ano­dines dans le monde poé­tique contem­po­rain. On le com­pren­dra aisé­ment en lisant ces Élégies étran­glées.

Sous les yeux, une ruine. La cou­ver­ture du livre est expli­cite. Pas n’importe quelle ruine, celle d‘une civi­li­sa­tion que l’on devine avoir été brillante. Et c’est l’une des forces de ce livre, celle de mettre en contre­point les dérives de l’homme poète, celle de ses proches aus­si, avec les dérives dans les­quelles nous sommes main­te­nant plon­gés. D’ailleurs, le recueil s’ouvre sur ces mots :

 

Pièces vides
Fauteuils où dorment des fan­tômes
Où ne s’asseyent plus que des sou­ve­nirs.

 

S’agit-il de nos­tal­gie ? Pas tel­le­ment. Le moment semble venu, plu­tôt, de se retour­ner et de regar­der ce qui a déjà été vécu. Au centre, la souf­france. D’un monde qui s’écroule. Le nôtre, peut-être. Celui de l’enfant que fut Olivier Barbarant sur­tout. Il y a de la tris­tesse aus­si dans ce regard por­té sur Paris :

 

À croire que seule demeure
De notre déchi­rure une géo­gra­phie deve­nue insen­sée.

 

Barbarant est le poète de mondes qui se sont écrou­lés, mondes per­son­nels, géo­gra­phiques et poli­tiques.

Planent les sil­houettes de la mère et du père, par­tis tous les deux. Et la poé­sie se fait alors inti­miste, le poète dévoi­lant peu à peu les souf­frances, celle de la perte du père, de la rela­tion dif­fi­cile à l’enfance. Les mondes que découvre pro­gres­si­ve­ment l’enfant qui cesse d’être enfant sont par­fois des­truc­tion pro­gres­sive du temple. Il en faut alors de la force pour recons­truire quelque chose sur les décombres de ce que l’on croyait être et qui – réel­le­ment – n’était pas. Ou pas exac­te­ment. Du moins pas tel qu’on le voyait et le pen­sait. Mais il n’y a pas que cette forme de tris­tesse dans la poé­sie de Barbarant, il y a aus­si des pages épous­tou­flantes sur son rap­port au père, et par­ti­cu­liè­re­ment aux der­niers moments vécus par le père. Pages d’une beau­té et sur­tout d’une véri­té humaine excep­tion­nelles. Cette poé­sie dévoile la vie de l’homme poète Barbarant mais aus­si, et ce livre en cela est une vraie réus­site, elle dévoile beau­coup de la vie. Simplement.

 

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