> Elena Jurissevich, “ce qui reste du ciel”

Elena Jurissevich, “ce qui reste du ciel”

Par | 2018-02-21T14:09:27+00:00 24 février 2013|Catégories : Critiques|

Elena Jurissevich est une poète suisse de langue ita­lienne, née en 1976. Elle a étu­dié la théo­lo­gie et les lettres à Genève, et sa poé­sie est empreinte d’une forte pro­fon­deur. Ou d’une pro­fonde force. Les deux. Notons aus­si qu’elle est membre du comi­té de rédac­tion de la revue Hétérographe, revue des homo­lit­té­ra­tures ou pas, une revue que Recours au Poème appré­cie :

http://​hete​ro​graphe​.com/

Nous avons d’ailleurs, au début de notre aven­ture, publié des poèmes du fon­da­teur de la revue, Pierre Lepori :

https://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/pierre-lepori

Poèmes tra­duits de l’italien, excel­lem­ment, par Mathilde Vischer, tout comme le pré­sent recueil d’Elena Jurissevich.

Ce qui reste du ciel est un beau petit livre, d’aucuns diraient une « pla­quette », illus­trée par des œuvres à la fois drôles et graves de Niccolo Iorno. Une par­tie des poèmes a paru dans La Revue des Belles Lettres, ce qui en Suisse n’est pas une mince réfé­rence.

La poé­sie d’Elena Jurissevich dit « Je », et même « Je dérape », tout en appe­lant au témoi­gnage de l’autre, ou encore en par­lant à cet autre. Une poé­sie qui par­vient, cela est fort rare, à être en même temps extrê­me­ment contem­po­raine et tout autant reliée à la Poésie. Et à sa vie, son his­toire. Le Je et l’autre sont ain­si ponc­tués de « poèmes contes ». Légendes et mythes.

 

Un vil­lage avait pour sage un arbre.
Deux branches maî­tresses cou­raient le long du pré.
Les pommes écla­taient d’ocre et de par­fum.
Personne ne se ris­quait à les goû­ter.
L’une des branches : venin et mort.
On avait oublié laquelle.
Un été de touf­feur sui­vit un prin­temps sans eau
et devint sque­lette dans un automne, un hiver des­sé­chés.
Printemps entrou­vert, les champs deve­nus étoupe.
Seul l’arbre sage fleu­rit. Un père, hié­ra­tique
fixant son fils mou­rant, cueillit vécut mor­dit.
Les vil­la­geois déca­pi­tèrent la branche
en dan­sant se par­ta­gèrent les fruits.
Le len­de­main ils étaient par­mi la pous­sière
et l’arbre, tout ronces et bra­sier.

 

Il y a l’Afrique, ici. Mais une Afrique uni­ver­selle, comme le sont ou devraient l’être toutes les civi­li­sa­tions, et sur­tout comme devraient l’être nos per­cep­tions de toutes les civi­li­sa­tions. Et des ful­gu­rances :

 

J’y suis par à-coups.
Hébétée. Famélique.
En deux orteils d’eau dis­soute.

 

Ou encore :

 

Ce qui reste du ciel.
Un rideau de fer (…).

 

Ce livre, beau, a le rythme vivant d’un chant.

Si on ne connaît pas encore les édi­tions Samizdat, on gagne­ra à décou­vrir leur beau cata­logue ici :
http://​www​.edi​tion​sa​miz​dat​.ch/​c​ms/

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