> Eliane VERNAY, En noir et blanc

Eliane VERNAY, En noir et blanc

Par | 2018-05-21T16:32:42+00:00 17 février 2017|Catégories : Critiques|

 

 

Eliane Vernay nous parle d'un deuil, quand la peau devient marbre avec un visage au regard infi­ni.

Pourtant le flam­beau de la parole est encore vivace, les mots dansent tou­jours, même si c'est sans musique, les ailes peuplent le ciel. Mais le vide est là, plus puis­sant que le silence, absence qui bat jusqu'à l'os.

Des larmes de pierre, plus lourdes que toutes les mon­tagnes, tombent et creusent le pré­sent dans un puits sans fond.

La rive n'est plus, plus de repère, plus d'amer, plus de rêves, alors on cherche l'écho des ombres, le fra­cas du silence dans un monde sans haut ni bas.

Heureusement il y a le sou­ve­nir de quelques images à tra­vers des hom­mages à de grands peintres, Le Caravage, Vermeer, Delacroix, Goya, Rembrandt entre autres, où la pein­ture est à fleur de peau, où la lumière et les cendres ont enga­gé une bataille sans vain­queur.

On a pu croire un moment que la mer « lave­rait » la dou­leur, quand les pois­sons d'or viennent à la sur­face, se reflé­tant dans le ciel, quand le jour qui point prend son juste poids.

Alors n'y-a-t-il plus d'espoir de vivre à nou­veau ? Si, car fina­le­ment l'air allège, avec « au bord des pau­pières un élan », où brille encore « la flamme du silence ».

 

 

« les notes accrochent aux branches
un train de voyelles
comme autant de guir­landes du ciel à la terre
et les ombres

noir­cies
au feu des jours

 …

 

niée alors,
ou dépas­sée et comme absoute,
l'image d'un ciel trop bas

 

cet éclair fur­tif qui scalpe, incise, sec­tionne
puis ouvre, tranche, fouille
écarte mor­taise, caresse
puis casse
brise fra­casse

 

Englouti, le néant de ta nuit
qui ne tenait qu'à un fil.
Le tien.
Sectionné.

 

Et moi, accro­chée à ce fil m'agrippant
toute la nuit
mor­dant
gar­ro­tant
étran­glant
le fil –

 

Etrangléel
la nuit.

 

La tienne. »

 

*

 

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