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Elle s’appelle mélancolie (extraits)

Par | 2018-02-20T12:13:25+00:00 16 mai 2016|Catégories : Blog|

 

Elle ne m'a jamais dit son nom. Ce n'est pas qu'elle me cachât des choses. C'est plu­tôt par la der­nière des pudeurs, comme on entre­tient un mys­tère, comme si tout pou­vait être dila­pi­dé, et ce nom lui-même, rien qu'en le dévoi­lant. Aussi, si les gens ont des noms, c'est pour qu'on les dis­tingue les uns des autres. Et, de cela, elle n'en vou­lait pas. Ni de la dis­tinc­tion, ni de la recon­nais­sance. Elle vou­lait seule­ment rejoindre ces tombes ano­nymes qu'on voit par­fois dans les allées des cime­tières – être oubliée.

Elle s'appelait peut-être men­songe, tyran­nie, ou peste. Elle s'appelait peut-être mélan­co­lie.

 

 

 

 

 

Elle venait avec la nuit. Elle tapait tou­jours trois coups, très rap­pro­chés, secs. Vêtue de vête­ments trop chers, trop beaux, et qui la ren­daient trop belle, comme déta­chée du monde sen­sible. Inattaquable. De sorte que tout ce qu'elle tou­chait deve­nait réel, rejoi­gnait cette magie du réel que l'on célèbre dans cer­taines tri­bus iso­lées du monde, cette magie sans sub­ti­li­tés, livrée brute, intacte, entre mes mains.

Je regar­dais les aréoles bour­sou­flées des seins, après qu'elle ait déli­ca­te­ment ôté son sou­tien-gorge.

Je regar­dais le ventre, les épaules, les bras.

Je la tour­nais entre mes mains.

Je regar­dais le dos, les fesses, sa jupe tom­bait à ses pieds, je lui fai­sais la mort.

 

Faire la mort, c'était tout ce qui m'importait.

J'étais doué pour la haine.

 

 

 

 

 

Un jour, je lui ai deman­dé qui elle était.

Elle m'a répon­du que, bien­tôt, elle ne serait plus per­sonne.

Je lui ai deman­dé si c'était grave.

Elle a dit non, non, que sim­ple­ment tout lui était insou­te­nable.

La mort ? deman­dais-je.

Non. La vie.

 

 

 

 

 

Jusqu'à ce qu'elle revienne, je res­tai ali­té, ter­ré dans mon ter­rier, tenu au lit par une migraine qui me ren­dit inca­pable de rien faire.

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