> En qui n’oublie de Jacques Vandenschrick

En qui n’oublie de Jacques Vandenschrick

Par |2018-08-17T09:52:37+00:00 22 avril 2014|Catégories : Blog|

En qui n'oublie est une longue média­tion à la tona­li­té élé­giaque en trois par­ties com­po­sées de brefs para­graphes de prose. L'unité de l'ensemble est ren­for­cée par le thème oubli/​mémoire qui revient dans la page finale de cha­cune de ces trois par­ties.

    Cela com­mence avec une médi­ta­tion qui s'ouvre à la vue d'un cime­tière de carmes. Tout d'abord, le poète inter­roge ceux qui sont par­tis avant de reve­nir aux vivants qui sont là, avec leurs ques­tions qui demeurent sans réponses. Reste alors "à oublier demain et vivre en habi­tant l'aride" ou "Vivre brû­lés. Vivre d'énigmes, acquit­tés des jar­dins" : cette solu­tion ne va pas sans une cer­taine obs­cu­ri­té car il s'agit pour Jacques Vandenschrick de cap­ter la face obs­cure du monde qui se cache dans le poème.

    Dans la deuxième par­tie (écrite à l'imparfait), Jacques Vandenschrick convoque ses sou­ve­nirs. Une enfance heu­reuse sans doute, mais tra­ver­sée de quelques mal­heurs. Cette évo­ca­tion est l'occasion de  s'interroger sur la fin iné­luc­table qui nous attend tous ; de faire le bilan d'une vie. Le der­nier texte de cette par­tie laisse la porte ouverte à l'espoir : "L'oubli ne pour­ra déro­ber ni la jeune fille du lac aux deux lumières, ni la pro­fon­deur des chambres". Persistance du sou­ve­nir même si son expres­sion reste obs­cure au lec­teur…

    Enfin la troi­sième par­tie (écrite au pré­sent) revient sur cette per­sis­tance du sou­ve­nir : "En qui ne dort ni n'oublie, buis­sonne une nuit touf­fue de feuilles et de regrets…"  Bien sûr, le sou­ve­nir est incom­pré­hen­sible aux gens de main­te­nant, c'est un tré­sor offert en par­tage à quelques rares lec­teurs : "Et l'on ne peut com­prendre ses paroles sans fond, dans le gré­sil qui com­mence" à l'image de ces paroles sans méfiance pro­non­cées par un incon­nu dans la rue… Comme cette inter­ro­ga­tion lan­cée à ces "amants de la nuit" (non iden­ti­fiés)… Pour finir par ce constat : "savoir qu'il n'est rien de ce qui est, qui ne sera rem­pla­cé".  (Version de l'adage popu­laire "y'a rien qui ne passe, qui ne rapasse" ?)

Sagesse désa­bu­sée ? Qu'est alors ce "règne d'un Dieu qui couve comme un feu" ? Un dieu auquel nous sommes étran­gers ? Là réside la proxi­mi­té de cette poé­sie à laquelle nous sommes sen­sibles.

     Jacques Vandenschrick parle d'un temps de citernes et de buan­de­ries. Cela par­le­ra-t-il aux jeunes d'aujourd'hui habi­tués à l'eau au robi­net (qu'on me par­donne, on ne dit plus robi­net, mais miti­geur !), et à la machine à laver le linge ? Pas de nos­tal­gie dans ces poèmes. Mais Jacques Vandenschrick date pré­ci­sé­ment son enfance et ses sou­ve­nirs. Et c'est là peut-être qu'il y a quelque chose à par­ta­ger avec les lec­teurs : j'ai trop vu ma mère s'user à la les­sive dans la buan­de­rie, j'ai trop pui­sé l'eau au puits com­mu­nal ou dans la citerne de la mai­son pour regret­ter ce temps. Mais l'enfance reste une plaie ouverte.

X