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En un geste

Par | 2018-05-22T06:29:39+00:00 23 novembre 2016|Catégories : Blog|

 

 

1

 

 

 

Tu as tant atten­du
un geste dans tes che­veux
qui ne serait pas celui du vent
qu’à pré­sent
blan­chis
tu les sens s’agiter
branches dans l’air
brin­dilles même
clair­se­més
fins et fra­giles
cas­sants comme du bois sec
au feu que fut ta vie
vieil enfant par­cou­ru
de tous les temps en toi
de tous les temps du monde
en réso­nance en toi
tu te laisses prendre à pré­sent
par la caresse de la lumière
jouant alors sa par­ti­tion d’éclats
et d’ombres sur ta peau
tu t’abandonnes à elle
à ses des­sins d’auréoles
qui font comme des rosaces
sur ton front clair.

 

 

 

***

 

 

 

2

 

 

 

Il ne vien­dra plus désor­mais
– tu l’as sans doute trop figé dans l’attente –
ce geste de vent
et de pas­sage
cet éphé­mère écho d’avant
et ce serait un autre
que tu ne sai­si­rais pas tout de suite
il t’en aura fal­lu du temps
pour l’accueillir en toi
ce geste que nulle couche en toi n’attend plus
presque nul à force d’être
inaper­çu
ce geste de peu ou de rien
don­nant vie aux ombres en toi
dans le jar­din où tu marches à pas lents désor­mais
il t’en aura fal­lu du temps
pour y venir

au bout de la route
où l’on n’attend que toi.

 

 

 

***

 

 

 

3

 

 

 

Et tu pren­drais ce geste
comme une trace en toi
der­rière les ronces de ta mémoire
des sou­ve­nirs entas­sés là
en fouillis de peaux et de voix
au fond du puits noir que tu creuses
depuis ces temps de nuit en toi
tu le pren­drais
comme on creuse
ce qui sépare et qui relie
route bor­dée de tes mains au ravin
comme on tisse
d’un fil la toile du monde en soi
au pas­sage des fils de trame
la toile de tes sou­ve­nirs recou­sus
– à pré­sent
tu prends et tu reprends
en un geste
la trans­pa­rence de l’air
et les motifs du soir.

 

 

 

***

 

 

 

4

 

 

 

C’est à toi de don­ner à pré­sent
au vent de ce qui fut
son geste dans tes che­veux
à la lumière de ce qui demeure
ses des­sins sur ta peau
de redon­ner à la terre
tes tré­sors d’enfant
tes pierres et tes noix et les os de ta main
qui a tant sai­si ça et là
en mon­ti­cules
devant l’horizon froid
que tu atten­dais vert
et pour­tant
c’est à toi que revient le par­tage
ce que tu laisses aux autres
tes bouts de verre bleu­tés
petits émaux cas­sés de ta vie
épar­pillés et tra­ver­sés de brillance
ce qu’il reste de toi aux autres
tes mer­veilles déter­rées
ta boue et tes brin­dilles
remuées par le vent
et le brin d’herbe trem­blée
qui chante encore ta voix.

 

 

 

***

 

 

 

5

 

 

 

Et tu passes et tu repasses
le fil trans­pa­rent de la trame
à tra­vers
les cou­leurs presque effa­cées
des fils de chaîne sur le bois
qui forme comme une ramure
le soir
aux ombres por­tées de ta main
fine et pâle qui n’en finit pas de tis­ser
entre les branches et les mèches
ce qui te relie au monde
tes che­veux aux arbres qu’ils nouent
clair­se­més dans le vent
et cela bouge len­te­ment
au gré des mou­vances de la lumière
tes pieds aux racines qu’ils enserrent
dans la terre et la peau rugueuse
qui les unit
et cela prend patiem­ment
il t’en aura fal­lu du temps
pour per­ce­voir les fils
de tout ce qui te lie au monde
et com­prendre le geste à faire
et à refaire
ici et là
de la bon­té sans faille
de ta main.

 

 

 

 

 

avril 2016

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