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Enchevêtrement

Par | 2018-06-20T09:35:17+00:00 7 janvier 2014|Catégories : Blog|

 

J’ai tres­sé une enfi­lade inex­tri­cable de mots et aucun n’a été écrit le jour. Une nuit de lettres, de mots, de textes, de poèmes.

Un poème anti diurne n’ouvre jamais ses pau­pières.

Ténèbres sur ténèbres. Une cou­leur brû­lante. Je suis ébloui de noir­ceur. Etoiles ruti­lantes. Elles tâtonnent, me cherchent de doigt, caressent l’humidité de ma fenêtre. Pourquoi tu es par­tie ? Ensemble on par­ta­geait le tis­su brillant de la nuit. La nuit, la nôtre, la vraie, avait un revers.  

 

La nuit meurt-elle de soli­tude ?

 

Est-ce par amour ou par peur que j’oblige mon encre d’aller au-delà du cré­pus­cule, alors que mon cœur s’obstine à m’enfoncer dans le gouffre lumi­neux du jour ?
Je grif­fonne des mots nus sur la vir­gi­ni­té encore intacte de ta nuit. Mes mots on ne peut plus sau­vages et veni­meux, à sai­sir l’inaccessible, l’écho de ta voix. Une voix noc­turne, encore reten­tis­sante.
Je la rends immi­nente. Ta voix me prouve à chaque rap­pel mon amour, mon impuis­sance.
« Mon âme éter­nelle observe ton vœu ». C’est ce qui par­fait mon corps ; une écorce qui meut et per­turbe mon repos.
Ta voix.
Ta voix te res­semble.
Elle est sal­va­trice, comme une main à un noyé com­ba­tif. Elle me délivre de cette « nuit seule » et ter­ri­ble­ment taci­turne.
J’imite ta nuit. Je tiens tête à la soli­tude. Dans ce moment de dis­tance, je me res­sai­sis. J’imite ta voix oni­rique qui fait du corps et de l’esprit une har­mo­nie. Accord se récla­mant désor­mais du rêve. De la nuit.

Vois-tu ? Ta voix te dépasse. Ta voix part plus loin encore. Elle est seule. Elle exerce l’amour et la rup­ture, le voyage et les rémi­nis­cences. Et moi, je suc­combe à son attrait, à sa ten­ta­tion. Pas de refuge. Je m’ouvre à elle. Nonchalamment.
Tu me reviens comme un refrain, mais sans voix, dégui­sée en silence. Comme dans une pre­mière ren­contre, timide et dépour­vue de mots.
Une ren­contre diurne n’est jamais trans­pa­rente. La nuit nous offre tou­jours parole et véri­té. Comme dans une ren­contre nup­tiale. La trace du sang ne laisse plus de doutes. Le sang noc­turne est juste vrai.
Je suis enva­hi par cet écou­le­ment seul de la nuit. La nuit sait par­ler.
Ta voix sur­git dou­ce­ment comme une lueur filante dans la nuit. De la nuit.

La nuit.
Ta peau est un véri­table escla­vage. Je suis sou­mis. Je suis libre. Libre d’esclave.
Dédale et exploit accom­plis.
Une peau écla­tante sorite ombi­li­cale du ventre de la nuit embel­lie de caresses pro­fé­rées à même le silence.

Avènement noc­turne. Noir sur noir.

Nuit coupe le souffle de Nuit
Nuit auréo­lée de Nuit
Nuit naît de Nuit
Voue Jour à l’oubli
Scission du faux et de l’ennui
Dégagement du vrai poème
Au seuil de la parole.

La nuit tombe sans pré­ve­nir. Elle bal­bu­tie ses pre­mières étoiles. M’inspire mes pre­mières ratures de mon texte dis­pa­rate et vis­queux.

 

Fleur

 

Une rose, rouge et jaune, pointe dans l'horizon. Elle gran­dit en tour­noyant, lance ses cou­leurs scin­tillantes en fais­ceaux lumi­neux et exhale, par bouf­fées vivi­fiantes ses sen­teurs édé­niques. Des nuages coton­neux, voguant dans le ciel azu­ré, blancs et onc­tueux, opu­lents et imma­cu­lés frôlent l'air pur et s'envolent, valsent avec le vent. Au champ mus­qué, des oiseaux tenant dans leurs menus pieds de petites grappes de rai­sins jade se fau­filent dans la mous­se­line céleste. l'écume de la mer indo­lente s'élève déli­ca­te­ment vers le ciel, en sour­dine, et dans sa mon­tée dans les airs brille puis éclate en gout­te­lettes sus­pen­dues, petits soleils ren­voyant, dis­til­lant la lumière mère ; lumière sur lumière ; lumière dans la lumière ; et toute cette magni­fi­cence, en ondu­la­tion de cyprès, se reflète dans l'eau pure de mon verre cris­tal­line, que je bois des lèvres ver­meils de mon amour, cette joie, c'est de mon nau­frage dans l'océan de ses yeux, cette folie c'est de m'être aven­tu­ré, l'espace d'un moment, dans son royaume inter­dit.

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