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ENFANCES

Par | 2018-06-20T09:30:12+00:00 29 mars 2015|Catégories : Blog|

 

À Pierre Dhainaut

 

Aux pieds des pas de l’arbre,
L’enfant appre­nait à mar­cher
Comme un grand –
Corps enra­ci­né jusqu’au soleil
Avec les oiseaux – ses chants
Allés au ciel si bleu –
Cri ailé – lumière où tremblent
Ses branches – mains fines et blanches
Dans la paume des­quelles
L’enfant retrou­vait son souffle
Avec les feuilles – envo­lées.

 

 

***

Lorsque l’enfant était enfant,
Il habi­tait les arbres –
Entendait leur voix pro­fonde
Dans l’intérieur de l’arche,
Les sou­pirs humides
De l’écorce bles­sée –
Quand il gra­vait son nom
Au cou­teau confiait
Sa nudi­té –
Rien, disait-il au bois vivant,
N’est plus doux que d’entendre
Les anges –       
Déjà se consu­maient
Ces mots du ciel – comme une lame
Le soleil noir reve­nait
Éclairer les racines
Enfin – l’enfant
Priait – la terre,
Avec deux mains ouvertes.

 

***

 

 

Lorsque l’enfant était enfant,
Lorsqu’il pleu­rait encore
Toutes les larmes de son corps,
Ses chants for­maient une auréole
Bleu ciel sur le drap déplié –
Un par­fum de neige
Rappelait le geste tendre
D’une mère ima­gi­née –
Comme si des mots
Émanait la pré­sence ravie
Du som­meil à la veille
L’éclair du songe,
Son sou­rire argen­té.

 

 

***

 

 

L’enfant qui, jadis,
Retrouvait les plumes per­dues
Des oiseaux voya­geurs
Écrivait de nou­veaux che­mins
Empruntait des pas­sages secrets
Se sou­vient-il du vent qui les a empor­tées ?
On dirait que ses mains, en écou­tant le ciel
Soudain – ont gran­di, comme si
Inquiètes, elles avaient sen­ti l’ombre
Dans la lumière.

 

 

***

 

L’enfance a ses par­fums
Comme les simples
Ils gué­rissent –
Herbes folles, orties,
On les igno­re­rait presque
Si l’air ne venait nous rap­pe­ler
Leur pro­messe –
Une fraî­cheur dans le fond,
Quelque chose d’inachevé
Délivre –
Donne une liber­té
Aux choses qui sur­vivent.

 

 

***

                                
Jadis, j’ai tra­ver­sé
Une mai­son avec un grand jar­din –
Abeilles et fan­tômes dor­maient dans les confins
C’était l’hiver – la che­mi­née res­pi­rait
Un petit gar­çon m’ouvrit
Le temps avec ses mains,
Y dépo­sa un peu de terre –
(L’espace d’une paren­thèse
Comme un foyer j’ai cru
L’instant d’éternité)

Mais
De l’autre côté,
La pierre tom­bale –

Tu me disais :
« Il faut brû­ler les herbes mortes –
Souffler sur le feu
Pour qu’il prenne »

(Mets ta main dans la mienne)

Nos vies, je crois,
Se sont croi­sées sur cette terre
Que jadis la guerre
Avait bles­sée –

De pro­fondes tran­chées
Sillonnent encore nos cœurs
Nous fai­sant frères
De com­bats et de peines
Avec la même cica­trice sur le côté –
Comme celle qu’on voit sur les arbres
Après le gel –

Nos sou­ve­nirs coulent
Pareils à de la sève
Dans nos veines

Et de ces noirs sillons une source
Jaillit –

À ces eaux nous buvons
Une vie nou­velle.

 

 

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