> Entailles de Pierre Chappuis

Entailles de Pierre Chappuis

Par | 2018-02-23T15:35:11+00:00 15 mars 2014|Catégories : Blog|

Poète, long­temps ensei­gnant, Pierre Chappuis vit de l’autre côté des Alpes (de notre point de vue). Il est l’auteur, depuis 1969, d’une ving­taine de livres et recueils de poé­sie, la plu­part chez José Corti. Critique de poé­sie, il contri­bue ou a contri­bué à diverses revues, dont la NRF, La Quinzaine Littéraire, Critique, Archipel, La Revue de Belles Lettres… Ses Entailles s’ouvrent sur un « pay­sage brouillé » où le poème appa­raît ain­si que le pin­ceau du peintre ou l’appareil du pho­to­graphe (quand pho­to­gra­phier avait encore du sens). Ce sont du reste « néga­tif » et « épure » qui appa­raissent sous la plume du poète. Viennent ensuite les « entailles », pla­cées sous les cica­trices absentes de Pierre Reverdy, poète que le lec­teur n’est pas sur­pris de trou­ver ou retrou­ver dans l’entourage de Chappuis. Ils ont la lucarne en com­mun. Dans cette poé­sie, prose ou vers, tout pro­cède d’une « ten­sion accrue du regard », phrase qui vaut presque défi­ni­tion de l’état de l’esprit du poète dans le monde. Car Chappuis ne vit pas aux creux des concepts, plu­tôt à mi che­min entre rêves, oiseaux et arbres. La nature est par­tie inté­grante du regard. C’est d’ailleurs le cœur et le sens même, pro­fond, de ce qu’est le rap­port spi­ri­tuel au réel :

 

Montagne encore, scin­dée en deux.
 

Blanc, brume
ban­deau héri­té de la nuit.
 

Telle, cou­pée la parole.
 

 

Et en effet ces poèmes/​entailles appa­raissent au lec­teur, sous son propre regard, comme si ce lec­teur regar­dait lui-même au-devant de lui, par la fenêtre, le long du che­min :

 

Sur le bout de la langue,
aus­si loin que porte la vue.
 

Tant mon­tagnes que nuages.
 

 

La poé­sie de Chappuis, c’est une ren­contre. Le long de la marche.