> Épilogue de la tempête de Zbigniew Herbert

Épilogue de la tempête de Zbigniew Herbert

Par |2018-11-18T21:46:39+00:00 30 avril 2014|Catégories : Blog|

  « Tout poète est dans l’opposition car il refuse d’accepter la condi­tion humaine » :
Zbigniew Herbert est un immense poète polo­nais du siècle der­nier, de ceux qui viennent immé­dia­te­ment aux lèvres des habi­tants de Varsovie si vous pro­non­cez le mot poé­sie aux creux d’un bar. Il faut saluer le tra­vail mené par les édi­tions Le bruit du temps afin de mieux faire connaître l’œuvre du poète dans le monde fran­co­phone. Ce que nous ne man­quons d’ailleurs pas de faire dans les pages de Recours au Poème : on lira notre article sur Corde de lumière ici, par exemple.  Et l’on appren­dra beau­coup sur la vie de Herbert en se pro­me­nant sur l’excellent site de son édi­teur fran­çais : ici.

  Epilogue de la Tempête est le troi­sième tome des œuvres poé­tiques com­plètes d’Herbert édi­té par Le bruit du temps, après Corde de lumière et Monsieur Cogito (per­son­nage tel­le­ment célèbre qu’il fait par­tie du quo­ti­dien des polo­nais), un Cogito que l’on retrouve d’ailleurs dans cer­tains poèmes de ce troi­sième volume.
  Epilogue de la tem­pête, com­po­sé de trois recueils, couvre les années allant de 1990 à 1998, et s‘ouvre sur un long et pas­sion­nant entre­tien avec le poète datant de 2008. L’ensemble est d’autant plus extra­or­di­naire que cela donne à lire des textes post­so­vié­tiques, ou en tout cas publiés dans les années où le rideau de fer s’est écrou­lé. Au sujet des années du com­mu­nisme, le poète à des incises ful­gu­rantes : « Je décou­vrais l’absurde total ». Et il est vrai, qu’avec le recul, le regard por­té sur les pays de l’ancien Bloc de l’Est tient pra­ti­que­ment de la lec­ture d’une bande des­si­née futu­riste ou de science-fic­tion popu­laire. Et, évo­quant le pré­sent, Herbert peut écrire :

 

à pré­sent je suis donc assis seul
sur le tronc d’un arbre abat­tu
au centre même
d’une bataille oubliée
 

 

et plus loin :
 

 

Le Nazaréen lui
est res­té seul
sans alter­na­tive
sur un sen­tier
escar­pé
san­glant
 

 

  La condi­tion de l’homo sovie­ti­cus polo­nais ou autre est peut-être « moins » dra­ma­tique que celle du Christ. Il ne faut pas lire ici, cepen­dant, une sorte de « poé­sie chré­tienne » ou je ne sais trop quelle inep­tie, cela serait tra­hir l’atelier d’Herbert, lequel dia­logue en ce volume avec Dieu, lui adres­sant des « bré­viaires » iro­niques et caus­tiques, un peu comme l’on adres­sait autre­fois des récla­ma­tions aux par­tis com­mu­nistes des pays de l’est, au sujet du quo­ti­dien. D’autant plus que le poète est un chré­tien cri­tique, avec un goût pro­non­cé pour la Connaissance ou la gnose. Comme il le dit lui-même au sujet du com­mu­nisme et de la col­la­bo­ra­tion avec les appa­reils d’Etat, laquelle était tout de même un sport natio­nal : « J’ai échap­pé à la séduc­tion ». Ce qui vaut ici, chez Herbert, pour le com­mu­nisme vaut aus­si pour son rap­port au catho­li­cisme. Essayer de vivre, avec les com­pro­mis obli­ga­toires, mais sans être séduit. Ce n’est déjà pas si mal en terres tota­li­taires et/​ou dog­ma­tiques. Tout cela est sans doute secon­daire d’ailleurs quand la poé­sie « est une aven­ture avec l’infini ». Nous serons entiè­re­ment en accord avec les mots du poète. Et aus­si avec ceux-ci : « En tra­vaillant obs­ti­né­ment au beau, nous créons du bien ». Ces mots pour­raient valoir pro­gramme méta-poé­tique pour Recours au Poème.

  Ces trois recueils réunis, venant com­plé­ter l’ensemble de neuf recueils édi­tés par Le bruit du temps en forme d’œuvres poé­tiques com­plètes, sont recueils de poèmes de cet homme/​poète qui a per­du ou lais­ser échap­per les illu­sions que tout être humain se construit pour ten­ter de vivre. Alors, des vers d’Epilogue de la tem­pête, titre qui en lui-même dit beau­coup, parlent ain­si :
 

 

elle sait que j’y vien­drai
que je décou­vri­rai tout seul
sans paroles incan­ta­tions ni pleurs
la sur­face
rêche
et le fond
du verbe
 

 

  Il faut lire la poé­sie d’Herbert, une poé­sie qui dit sur ce que fut le 20e siècle bien sûr, mais qui évoque aus­si bien des tour­ments de notre temps, de ce bruit qui tonne en notre temps.

    Lire des poèmes de Herbert sur Recours au Poème.

   

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