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Errances tréviroises

Par | 2018-02-25T14:33:01+00:00 29 juin 2014|Catégories : Blog|

 

Trier Hauptbahnhof. Hommes de fumée et de bière. Die Sprache sou­dain retrou­vée. Bus – Stau – et ses visages figés. Puis ce ser­pent d’écailles dans l’ombre éti­ré. Stries de véhi­cules délais­sés. Kneipen, dedans de vie. Tarforst, gale­rie, déjà un abri. Enfin l’escalier, poids des livres, heurt des marches. La clef et la porte qui s’ouvre. Une lumière jaune sou­dain m’envahit. L’ai-je omise quand je suis par­tie ?

Non, c’est l’incendie des nuages. Embrasement des nuées sous la menace d’un dieu sombre qui len­te­ment s’avance. Une troupe qui se déploie dans l’innocence d’un rouge pré­sent. Combien de regards s’offrent à cette clar­té, à l’incendie de son œil ful­gu­rant dans l’orange, la pourpre et la lie ? Combien sont-ils d’Allemagne et d’ailleurs dans l’étreinte d’un pré­sent si près de dis­pa­raître ? Instant plus grand que ma soli­tude. Instant de mains liées dans la Trèves céleste. Absence des mots et nul peintre à l’œuvre de l’innommable. Déjà se retire le cœur à l’horizon. Instant don­né, ins­tant per­du. Ah ! Pouvoir habi­ter l’éternel. Ewigkeit der Präsenz, la langue qui n’appartient à per­sonne.

 

Trèves vue le 13 décembre 2007

 

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Ostallee. Porte de verre, sta­tue de chair, doigt de fer. Un ogre métal­lique absorbe mes billets et me vomit sa fer­raille. Tiens, il me tend un texte ! Mais est-ce bien de l’écriture ?  Qu’importe. Personne à saluer ni à remer­cier. Unmenschlich.

Je marche dans les rues désertes, étran­gère. La ville est-elle encore habi­tée ? Sankt Paulin-Kirche. Une lourde porte de bois mas­sif sépare la gri­saille de la ville d’un ciel bleu qu’aucune ombre ne peut alté­rer. Des den­telles d’or tissent un voile de lumière inon­dant le chœur. Une femme essuie dis­trai­te­ment un banc de bois. À mon salut, il me faut admettre qu’elle aus­si est de bois. La musique numé­rique a rem­pla­cé l’organiste et Schubert n’émeut plus aucun ange de ce sanc­tuaire baroque.

Dehors, au car­re­four, un homme bran­dit sa canne sur le bou­ton du feu tri­co­lore. Sans le voir les voi­tures défilent dans un uni­vers pri­vé de lan­gage. Gleichgültigkeit der Stadt. Indifférence grise.

 

 

 

Trèves per­çue le 8 jan­vier 2008

 

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Dom, un mot grave pour voix de basse, écho au bel can­to du duo­mo. Ici on accède au sacré par une porte tour­nante comme dans les hôtels chics de Paris. Mais le visi­teur bour­geois a tout à redou­ter du lieu. Une vani­té sculp­tée le menace. Qu’il retourne sur ses pas ou bien il affron­te­ra la mort. Rien de cares­sant ni de doux ici : der Tod est de marbre gla­cé qui vous attend l’index gauche poin­té, sinistre. Il ou elle, qui peut savoir ? Son corps n’est plus qu’un sque­lette dra­pé d’un long man­teau de femme ou de moine. La faux dans sa dextre, il vous attend. De son regard vide, que voit ce spectre sans sexe ? Un dieu qui vous appelle, un néant qui vous guette ? Un chant gré­go­rien vous invite à la der­nière prière. Vous qui êtes entré inno­cent sor­ti­rez cou­pable et mour­rez à vous-même avant d’avoir atteint le seuil. Nul livre, fût-ce la sainte Bible, ne vous sau­ve­ra du tré­pas. Der Tod chante de sa voix de basse ou de contral­to le requiem que vous n’entendrez pas, que déjà vous n’entendez plus. Il est trop tard, tou­jours trop tard. Das Ende cir­cule dans vos veines au sang noir et la mort déjà séduit votre esprit. Homme ou femme qu’importe, son ombre vous pénètre, son corps de pierre vous étreint et vous laisse médu­sé. Qui êtes-vous, tou­riste naïf qui avez fran­chi cette porte sans savoir qu’elle ne s’ouvrirait plus ? Der Tod vous enlace et seul désor­mais, pos­sé­dé par son amour infi­ni, vous entrez dans l’éternel. Ici on ne joue pas, ici on ne rêve pas. On est de rien et d’ombre, on marche vers les pro­fon­deurs. On ne se retourne pas. Wir gehenwir gehen et chaque jour son bras nous serre un peu plus fort. La mort, der Tod, notre ange gar­dien.

 

 

Trèves vue le 8 jan­vier et le 14 février 2008[1]



[1] Les dates ne sont pas celles de l’écriture des textes.