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Errançités – Errançities

Par |2018-10-15T17:08:43+00:00 25 juin 2017|Catégories : Blog|

tra­duc­tion Chantal Bizzini

 

 

pour Edouard Glissant

 

I.

 

l’esprit erre, ligne de poé­sie qui prend son vol, ser­pente

à la façon dont les oiseaux, ailes déployées, s’élèvent dans l’espace : ils savent les ciels pleins de sur­prises, comme les erran­çi­tés qui affrontent des voyages aus­si inquiets que des solos tran­chants de miles davis ou jimi hen­drix

écoute la chan­son noc­turne des vagues marines s’écrasant écu­meuses : leurs voix

portent des récits liquides rejaillis­sant en écla­bous­sures, là, sur les rivages de rochers ou de sable après avoir voya­gé dans le temps, l’espace & la dis­tance, elle res­semble au lan­gage

âpre d’une musique enten­due à la pointe d’une lame d’acier aigui­sée

qui coupe l’air et chante en sépa­rant net­te­ment la tête du cou

& tu la regardes tom­ber, lourde comme un rocher qui atter­rit & roule

comme une boule de bow­ling ; la tête laisse une trace de sang ser­pen­tine, rap­pe­lant nos pen­sées d’errançités diva­guant chaque jour en nos vies

comme des méta­phores du mou­ve­ment inces­sant apportent un chan­ge­ment sou­dain, une sur­prise dans ta com­pré­hen­sion d’errançités au double sens

pris dans les couches de musique jaillies de sou­ve­nirs secrets, en échos réson­nant par­mi la mer & l’espace bleu : c’est ce que nos oreilles savent

& dont elles se sou­viennent : entendre des voix par­ler en langues, por­ter l’histoire, fleu­rir des cou­leurs iri­des­centes de fleurs aus­si diverses qu’arcs-en-ciel

arqués en tra­vers des ciels mul­ti­lingues comme joie ou cha­grin pro­vo­qués dans nos vies quand les erran­çi­tés poé­tiques savent leur forme propre

 

 

2.

 

 

qu’est-ce que l’histoire sinon des cata­logues sans fin de gens impar­faits pous­sés hors des limites de la mora­li­té, accom­plis­sant guerres, pillage,

escla­vage de l’esprit ; c’est ce que la plu­part des nations font, dans la pose de gou­ver­ne­ments, par­mi les cycles du monde, piller avec ima­gi­na­tion signi­fie pro­fit

par­tout on pra­tique la reli­gion sur la topo­gra­phie comme on uti­lise des armes

comme on ins­crit des outils en typo­gra­phie, afin de per­sua­der les esprits d’assassiner pour de l’or, où des civi­li­sa­tions entières deviennent épaves à la dérive sur les mers de la mémoire,

notre tré­sor héri­té d’arbres qu’on abat pen­dant que les hommes sac­cagent la pla­nète sans remords

les cer­veaux dénués d’empathie, ils ne se rappellent/​ne connaissent plus que la cupi­di­té ces ava­tars nomades de dark vadors au cœur de gésier qui célèbrent

des « doc­trines de choc » tout en gon­flant les béné­fices de la feuille des gains leur seule foi en l’existence sur terre jusqu’à ce que la mort les fauche

 

 

3.

 

mais la poé­sie vit tou­jours quelque part sur les cou­rants aériens qui sus­citent le souffle créa­tif, vit dans la mer sans repos, par­lant un métis­sage de langues musi­cales,

vit dans le miracle sacré de l’essor des oiseaux vers les rêves & le chant,comme les erran­çi­tés des esprits créent en nous une accu­mu­la­tion sacrée d’aurores,

font s’élever chaque jour des voix mira­cu­leuses, col­la­bo­rant sous des ciels noirs et clairs épin­glés d’étoiles & l’œil lai­teux de la pleine lune au-des­sus de la gua­de­loupe

écoute le mélange de langues irré­sis­tible dans les pou­mons de la nature à new york les langues de la ville, lan­cées comme des invi­ta­tions à par­ta­ger des chants éton­nants

dont la nature est un appel à recon­naître en l’improvisation un che­min sur­pre­nant, s’écartant et tra­ver­sant le son du sco­lo­pendre enra­ci­né quelque part ici

éton­né quand les humains font explo­ser des rythmes dans les four­rés de mots/​de jeux de mots célé­brant l’élan vers l’imagination de l’homme, que cherchent les poètes

écoute les cris des oiseaux en par­tance, au-des­sus de la pul­sa­tion

magique des vagues marines qui enroule le lan­gage immense aux sono­ri­tés des vents,

nous don­nant la séré­nade à tra­vers des feuilles pleines de sucre­ries mûres comme de l’eau fraîche sachant que l’amour pour­rait être plus pro­fond que la cupi­di­té & qu’il est lui-même un sou­ve­nir

un miracle tou­jours pour­rait nous faire appro­cher la récon­ci­lia­tion inté­rieure voix se mêlant, métis­sées sans cesse des erran­çi­tés errant par­mi

la magie, le mys­tère de la créa­tion nous pous­sant vers le pro­dige de savoir

que le pos­sible chez l’homme est tou­jours un don mira­cu­leux, est tou­jours une énigme

 

 

du recueil : Errançities, New Poems, Coffee House Press (2011) 

 

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