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Et tu abandonnes ton âme

Par |2018-08-21T06:39:52+00:00 24 novembre 2013|Catégories : Blog|

 

Et tu aban­donnes ton âme en des lieux étran­gers :
un peu de ta peau,
un peu de tes songes dou­lou­reux.

Maintenant,
la parole sera triste,
le silence sera  incon­for­table.

Elle est incan­des­cente
cette part de glace qui s'impose dans la gorge.
Cette part ancienne dont je ne sais s'il faut la croi­ser ou la contem­pler,
comme on contemple les feuilles en automne.

Et la sur­prise main­tient vives les veines.

Maintenant,
il n'y a pas de para­sites qui maraudent dans notre chair.

Maintenant,
nous sommes déli­vrés des rites
qui n'apparaissent plus dans notre esprit.
J'ai lais­sé quelque chose de moi un peu par­tout.
(Je ne souffre pas de cet aban­don).

Nous atten­dons tou­jours
que revienne le sceau des petits secrets.

Plus loin de moi
il y aura une ombre errante,
les envi­rons,
tou­jours les envi­rons
cher­chant un fond.

Avant il n'y avait même pas la trace de nos songes.
Il n'y avait pas des por­traits qui nous dénoncent.
Avant : qu'avions-nous l'habitude dire ?
Et le désir de par­ler nous est étran­ger :
il en résulte comme un tic invo­lon­taire.

Il faut s'échapper ,
être loin des voix qui nous appellent.
(Et nous sommes les voix).

Parfois je fus dif­fé­rente.

Éloignée de quelqu'un qui n'est plus.

Le temps est comme un vête­ment qui nous dénude sans arrêt :

                             des gue­nilles
(Je m'habitue au nom,
pas au lieu).

Je suis étran­gère à ce mor­ceau de craie : je n'écris rien.

Un haut mur
de terre
ouvre un espace étran­ger à ma mémoire.

– : –

Ensemble nous nous net­toyons de la pous­sière.
Ensemble nous léchons l'obscurité,
mar­te­lant le silence
avec des pré­sages quo­ti­diens.

Ensemble,
les formes
de nos pieds
croisent
le délire de l'oubli.

Et je me réfère à la nuit
comme à une rigou­reuse pro­me­nade à tra­vers ton corps,
comme à une carte inex­tri­cable de voix sur­prises,
comme à une bouf­fée de fumée assoif­fée,
comme à une poi­gnée d'heures sans fond.

Remettre en ordre la vie :
est-ce que ce sera comme mettre une nappe sur la table ?

Alors,
peut-être
mou­rir ne sera pas si dif­fi­cile.

 
– : –

Me voi­ci hési­tante,
scin­tillant comme une lampe à kéro­sène.
Me voi­ci dis­per­sée,
proche des braises et du char­bon
qui te peignent en vert.

Ainsi
mes os for­me­ront un petit mon­ti­cule de cendres.

Ainsi,
une voix se repro­dui­ra indé­fi­ni­ment

Me voi­ci trans­pa­rente
grâce à une lumière cen­drée,
me léchant les doigts pour comp­ter les heures.

Ainsi,
je t'attendrai avec une fleur sous le bras,

pour réveiller les anciens jeux
qui per­durent encore au début du tun­nel.

Ainsi,
avec les yeux d'une mouche je regar­de­rai tes yeux.

– : –

Déambuler sys­té­ma­ti­que­ment devant les autres,
devant les yeux des autres.
Obtenir une forme désin­volte et rus­tique.
Et les coups de fouet,
et l'absence en déroute
et les alli­té­ra­tions apprises.

L'unique forme de mes mains
est celle de mes propre mains.

Il faut ouvrir ses yeux devant ce tableau,
mais la mer est une vague gri­sâtre.
Tu embrasses mon auréole bien gar­dée ,
les pro­fon­deurs réduites en miettes
par la sueur.

 

 

Poèmes extraits de : Como mone­das vie­jas sobre la tier­ra ( La Mancha, 2012 )
Traduits de l'espagnol (Bolivie) par Max Alhau.
 

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