> Etranges estrans, d’Olivier Cousin

Etranges estrans, d’Olivier Cousin

Par |2018-11-21T09:27:48+00:00 22 juin 2013|Catégories : Critiques|

  Les estrans dont il est ques­tion ici sont ceux du Pays Pagan, sur la côte nord du Finistère.

  Immenses plages de sable fin, chaos de rochers, et la mer qui va si loin par grande marée, libé­rant de vastes ter­ri­toires pour la pêche à pied. Un pays fabu­leux. Ce ter­ri­toire a fait fan­tas­mer bien des écri­vains (Michelet y a vu une côte de nau­fra­geurs) et il n’en finit pas d’inspirer auteurs et artistes. Jean-François Delapré (libraire-écri­vain à Lesneven) et le pho­to­graphe Marc Letissier ont témoi­gné, dans leur album La trace des géants, de l’amplitude des pay­sages qui s’offrent ici (*).

  C’est au tour du poète les­ne­vien Olivier Cousin d’apporter son grain de sel (à forte teneur iodée) dans un ori­gi­nal album-cof­fret, accom­pa­gné par les des­sins à l’encre de Jean-Yves André. L’auteur a jeté pour cela son dévo­lu sur quatre ter­roirs du pays : Rudoloc, Crémiou, Ménéham, Pontusval, du côté de Kerlouan et de Brignogan.

  Lui qui est l’auteur d’un Sous un ciel sans pau­pière (la Part com­mune, 2010)  nous parle ici de cieux plus encom­brés. « Les nuées len­te­ment s’effilent /​ avec grand dédain pour les flots ». Le vent impose par­tout sa loi. « Les oyats fouettent la dune /​ les vagues battent le sable /​ fla­gel­la­tion d’iode et de chlo­ro­phylle /​ hiver sain ».

  Il y a l’hiver avec sa « mer comme du jus d’huître ». Il y a aus­si ces plages où l’on peut, par­fois, s’étendre. « Dans l’intermittence de leurs jeux /​ les petits se font du mou­ron /​ pour les grands /​ col­lés en crêpes /​ sur des tor­chons ». Plus loin, note-t-il, nar­quois, « des esti­vantes baignent dans l’huile ».

  On recon­naît bien là le style déca­lé d’un auteur qui emprunte ici, avec fer­veur, un ter­ri­toire fami­lier. « Fidélité à la Manche », écrit-il. Un ter­ri­toire où rien n’est nor­mal, où tout est déme­su­ré. Les rochers y sont « cra­paud » et « pachy­derme ».

  C’est ce balan­ce­ment entre l’amplitude du décor et la sen­si­bi­li­té au détail (à l’image se cette fleur se frayant un pas­sage dans le gra­nit) qui fait aus­si le charme de ce recueil écrit en pays de connais­sance.

  Olivier Cousin publie par ailleurs Dans nos vies à bas­cule, un recueil de nou­velles, aux édi­tions Chemin fai­sant.                                                                                   

 

* En 2006, j’ai per­son­nel­le­ment publié Sous un ciel de char­don bleu (édi­tions La Part com­mune), recueil consa­cré éga­le­ment au Pays Pagan où, jeune Lesnevien, je pas­sais mes vacances du côté de Brignogan-plages.

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