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Exil Exit de Pierre Cendors

Par | 2018-05-21T13:18:54+00:00 10 mai 2014|Catégories : Blog|

       A lire Exil Exit du poète et roman­cier fran­co-irlan­dais Pierre Cendors, on ne peut pas s’empêcher de pen­ser au titre du fameux livre de Milan Kundera, La vie est ailleurs. Mais c’est sous les aus­pices de deux poètes que s’ouvre et se clôt ce petit livre aux allures de road movie urbain (*). Cendors cite en exergue Kenneth White : « Reste où tu es, c’est le meilleur moyen d’arriver quelque part ». Et conclut son recueil par ces mots de Paul Eluard : « Il y a un autre monde mais il est dans celui-ci ».

         Cet autre monde, Pierre Cendors en quête les signes dans une errance urbaine pla­cée sous le signe d’injonctions adres­sées aux pié­tons comme aux auto­mo­bi­listes : « Allumez vos feux », « Affichage inter­dit », « Halte péage », « Accès aux voies », « Zone bleue »… Autant de titres de cha­pitres décli­nés dans son livre pour évo­quer cette jungle urbaine où l’auteur cherche sa voie, ou plu­tôt son visage. Qui est-il ? Que veut-il ? Que cherche-t-il, lui, ano­nyme dans les rues ? Lui, mais aus­si nous, ses com­pa­gnons d’errance. C’est en effet un autre lui-même qui s’exprime, ici, de bout en bout. « Tu ne veux plus mar­cher. Tu marches. Tu avances sans res­sen­tir ni faim ni soif, d’ailleurs tu n’avances pas, tu dérives ; des pas­sants foulent ton ombre, des visages emportent ton regard ».

         Par bouf­fées, le pas­sé revient à la sur­face. « A l’école, les pro­fes­seurs te jugeaient dis­traits, tes amis te croyaient amou­reux, seuls tes parents te lais­saient en paix ». De ces parents il nous ren­voie d’abord l’image d’une mère au pro­fil de mater dolo­ro­sa : « Tu la vois reve­nir, chaque soir, en larmes de la ville. Tu revois son visage en exil ».  Le poète se sou­vient aus­si de ses huit ans. « Tu revois le ter­ri­toire élé­men­taire du jar­din dans la pous­sière et le soleil. Accroupi au-des­sus de la terre nue, tu fre­donnes une musique d’action, absor­bé dans un monde minus­cule, visible de toi seul ».

     Seul aujourd’hui dans la ville, frô­lant les pas­sants, tra­ver­sant les musées au pas de charge ou res­tant en arrêt devant l’écran de son mobile, Pierre Cendors nous dit beau­coup, mine de rien, de la vie d’aujourd’hui. Son regard acé­ré aborde les lieux com­muns de nos propres errances urbaines. « Ici un homme fait tour­ner l’hostie géante d’une pâte à piz­za ; là une ven­deuse enfile des bas sur les jambes d’un man­ne­quin sans torse ». C’est peut-être de cette vie sans queue ni tête, désar­ti­cu­lée, dont veut nous par­ler aujourd’hui le poète sous « l’emprise d’une inson­dable nos­tal­gie ».

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