Les gestes et les mots
peu­vent avoir une loin­taine portée d’ogive.
L’amour est une arme de con­struc­tion massive.

 

L’ARMOIRE

 

Chaque jour a son par­fum de nébuleuse !
Je cache un peu d’amour sous le linge
empilé par tes soins dans notre armoire
entre les draps brodés de min­utes soyeuses.

En les dépli­ant sur notre lit, sans le savoir
tu sèmes tous mes silences comme du grain
…emplis­sant la cham­bre et ses miroirs
de mon désir aux nœuds de chanvre
de ma ten­dresse au touch­er de lin.

 

***

 

FUMÉES

Mon vis­age d’enfant était encadré par la guerre.
Chaque semaine était cal­i­brée par le pire.
Il fal­lait des tick­ets pour le moin­dre avenir.
Soix­ante grammes d’innocence
… pour les plus jeunes seulement.
Les mégots s’étaient faits plus rares que la mort.
Je les ramas­sais pour mon oncle,
car ici la fumée valait un curieux pesant d’or.
En d’autres lieux, elle était sin­istre et noire.
Elle s’élevait dans le ciel des étoiles jaunes,
en cal­ci­nant vers Dieu les cris de désespoir.

 

***

 

L’ÉVEIL DES EAUX DORMANTES
(extraits)

 

N’ayant que leur dis­tance pour être,
les anci­ennes lueurs flot­tent vers les hommes
sur les eaux dor­mantes de l’espace.
Comme les feuilles mortes ali­mentent sans la repaître
la vie grouil­lante de la vase qui les appelle,
les étoiles défuntes nour­ris­sent de leurs traces
le regard futur mais lumineux des astronomes.
Ceux-ci les con­tem­plent avec l’idée de s’éteindre
comme elles,
à l’autre bout des ondes qu’ils éveillent.

 

*

Le charme du ciel nous porte à l’altitude
où le vide lui-même respire dans les mots allégés.

 

*

L’inspiration dort à poings fermés
sur le seuil des mots fatigués.
Elle suit les rêves que la nuit ne sait pas conduire
et se lève avec ceux que la lumière a secoués.

 

*

Tous les lan­gages ne se livrent pas dans l’écriture.
Nous sommes des hiéroglyphes
tombés des étoiles dans leurs sursauts,
l’éveil d’une eau dormante
qui nous a rêvés comme un poème
sans définir les mots.

 

***

 

MON DOUX LANGAGE

 

Français, mon doux lan­gage au bord des larmes,
tu ne peux mourir sous le poids de la facilité.
Tu es la source même de ce charme
qui fait chanter les mots qu’elle a fait couler.

Une langue se partage pour se bien comprendre.
Elle se fait légère pour le plaisir d’entendre
ce que, plus tard, les autres diront d’elle.
Les lèvres qu’elle séduit devi­en­nent alors des ailes.

 

***

 

LA RÊVERIE ME DISAIT :

 

Pour te trou­ver, je suis entré par les embruns
dans l’improvisation des vagues sur la mer,
dans les images par la pointe des éclairs,
dans l’orbe du vent par la trace des parfums.

Afin de te par­ler, j’ai fait courir ta plume
en la pous­sant vers le meilleur de l’univers,
l’espace tran­quille où vien­nent rêver les nerfs
et se décom­posent les con­flits qu’ils allument.

En gage d’amitié, je te livre un secret
pour faire tomber les peaux mortes du soleil.
Prête aux doigts de l’éveil le bras long du sommeil !
Dis­pose à ton chevet l’horizon des sommets !

 

 

 

 

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