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Extraits de L’anthologie 1972-2012

Par |2018-10-16T10:55:42+00:00 19 octobre 2014|Catégories : Blog|

 

Les gestes et les mots
peuvent avoir une loin­taine por­tée d’ogive.
L’amour est une arme de construc­tion mas­sive.

 

L'ARMOIRE

 

Chaque jour a son par­fum de nébu­leuse !
Je cache un peu d'amour sous le linge
empi­lé par tes soins dans notre armoire
entre les draps bro­dés de minutes soyeuses.

En les dépliant sur notre lit, sans le savoir
tu sèmes tous mes silences comme du grain
…emplis­sant la chambre et ses miroirs
de mon désir aux nœuds de chanvre
de ma ten­dresse au tou­cher de lin.

 

***

 

FUMÉES

Mon visage d’enfant était enca­dré par la guerre.
Chaque semaine était cali­brée par le pire.
Il fal­lait des tickets pour le moindre ave­nir.
Soixante grammes d’innocence
… pour les plus jeunes seule­ment.
Les mégots s’étaient faits plus rares que la mort.
Je les ramas­sais pour mon oncle,
car ici la fumée valait un curieux pesant d’or.
En d’autres lieux, elle était sinistre et noire.
Elle s’élevait dans le ciel des étoiles jaunes,
en cal­ci­nant vers Dieu les cris de déses­poir.

 

***

 

L’ÉVEIL DES EAUX DORMANTES
(extraits)

 

N’ayant que leur dis­tance pour être,
les anciennes lueurs flottent vers les hommes
sur les eaux dor­mantes de l’espace.
Comme les feuilles mortes ali­mentent sans la repaître
la vie grouillante de la vase qui les appelle,
les étoiles défuntes nour­rissent de leurs traces
le regard futur mais lumi­neux des astro­nomes.
Ceux-ci les contemplent avec l’idée de s’éteindre
comme elles,
à l’autre bout des ondes qu’ils éveillent.

 

*

Le charme du ciel nous porte à l’altitude
où le vide lui-même res­pire dans les mots allé­gés.

 

*

L’inspiration dort à poings fer­més
sur le seuil des mots fati­gués.
Elle suit les rêves que la nuit ne sait pas conduire
et se lève avec ceux que la lumière a secoués.

 

*

Tous les lan­gages ne se livrent pas dans l’écriture.
Nous sommes des hié­ro­glyphes
tom­bés des étoiles dans leurs sur­sauts,
l’éveil d’une eau dor­mante
qui nous a rêvés comme un poème
sans défi­nir les mots.

 

***

 

MON DOUX LANGAGE

 

Français, mon doux lan­gage au bord des larmes,
tu ne peux mou­rir sous le poids de la faci­li­té.
Tu es la source même de ce charme
qui fait chan­ter les mots qu’elle a fait cou­ler.

Une langue se par­tage pour se bien com­prendre.
Elle se fait légère pour le plai­sir d’entendre
ce que, plus tard, les autres diront d’elle.
Les lèvres qu’elle séduit deviennent alors des ailes.

 

***

 

LA RÊVERIE ME DISAIT :

 

Pour te trou­ver, je suis entré par les embruns
dans l’improvisation des vagues sur la mer,
dans les images par la pointe des éclairs,
dans l’orbe du vent par la trace des par­fums.

Afin de te par­ler, j’ai fait cou­rir ta plume
en la pous­sant vers le meilleur de l’univers,
l’espace tran­quille où viennent rêver les nerfs
et se décom­posent les conflits qu’ils allument.

En gage d’amitié, je te livre un secret
pour faire tom­ber les peaux mortes du soleil.
Prête aux doigts de l’éveil le bras long du som­meil !
Dispose à ton che­vet l’horizon des som­mets !

 

 

 

 

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