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Fario, numéro 13 : qu’avons-nous fait de la beauté ?

Par |2018-08-20T14:36:40+00:00 15 mars 2014|Catégories : Blog|

 

Fario, 13 : qu’avons-nous fait de la beauté ?

 

C’est une très belle revue, avec déjà une his­toire ins­crite dans l’histoire géné­rale des lettres et de la pen­sée de ce début de siècle. Car ain­si que le disait Matthieu Baumier au sujet du numé­ro pré­cé­dent de Fario, ici il y a une âme. C’est en effet ce qui frappe d’emblée avec ce nou­veau numé­ro, cette fois consa­cré à la beau­té, ou plu­tôt à ce « thème » : Qu’avons-nous fait de la Beauté ?

Beauté, avec une majus­cule.

Le Beau.

C’est-à-dire l’indissociable du Bien.

Et Fario pour­suit donc sa route le long de vraies ques­tions, essen­tielles : le Beau, le Bien. Questionnement qui dit l’angoisse sourde de tous ceux qui observent avec inquié­tude les évé­ne­ments, non pas les conjonc­tures, les petites choses poli­ti­ciennes et/​ou éco­no­miques, non, les évé­ne­ments qui informent pro­fon­dé­ment l’homme : que se passe-t-il au cœur de l’humain et donc de la vie (et donc de la poé­sie) quand Beau et Bien semblent se dis­so­cier du réel (mot ici employé au sens de concret/​quotidien) ? Il y a peu, cette inter­ro­ga­tion aurait sans doute été taxée de « réac ». Ce ne peut plus être le cas. Tout esprit atten­tif aura main­te­nant remar­qué com­bien l’enfouissement pro­gres­sif du Beau et de son coro­laire le Bien indique une sorte de « mala­die » en voie de géné­ra­li­sa­tion, laquelle peut sans doute être consi­dé­rée comme dé-civi­li­sa­tion­nelle. Cela même que nous appe­lons ici, dans Recours au Poème, l’action directe de l’anti poé­sie. C’est pour­quoi l’urgence est à l’action poé­tique – et c’est pour­quoi Recours au Poème s’est dés-occul­té depuis peu.

Le Beau et le Bien sont comme reliés au Poème par un fil à plomb ver­ti­cal.

Et une telle ques­tion, dans une revue à ce point pré­oc­cu­pée du « Mal », évo­quant sou­vent les périodes de la shoah et du sta­li­nisme, cela dit beau­coup. Tout se passe comme si Fario fai­sait adve­nir à la lumière les fon­de­ments du mal-être dif­fus qui semble s’installer par­tout, en nous et autour de nous. Que cela se fasse dans une revue lit­té­raire n’est pas pour nous éton­ner. Nous savons que tout se joue en dedans de la langue/​Parole.

Alors, la revue s’ouvre sur le limi­naire de Vincent Pélissier, lui-même enga­gé par une cita­tion de Péguy et cela, ici, n’est pas affaire d’anniversaire : « Un san­glot rôde et court par-delà l’horizon ». Péguy. Il convient que les poètes s’insurgent, au sens propre de ce mot, qu’ils se mettent debout. Cela même, cette néces­si­té, qu’Antonin Artaud vivait en chaque pore de son corps, et lisait, angois­sé, dans les textes de Guénon. Vincent Pélissier dit exac­te­ment ce bât qui blesse :

« Ce qui nous fait de l’étonnement et de l’inquiétude c’est l’indifférence très répan­due, l’anesthésie géné­rale, l’évitement sys­té­ma­ti­sé du sen­ti­ment de la beau­té ».

Oui, Vincent Pélissier, nous souf­frons sur le même pré­ci­pice que vous, et cela nous fait vio­lence.

Nous en appe­lons donc vive­ment à nos lec­teurs. Allez au devant des pages de cette revue, de ce ques­tion­ne­ment et des textes de Gilles Ortlieb, Jacques Dumade, Milan Simecka, Denis Rigal, Jean Frémon, Antoine Emaz, Jacques Fredet, Salah Stétié, Dolorès Marat, Charles-Albert Cingria, Pierre Chappuis, Christian David, Christian Mouze, Lionel Bourg, François Bordes. Et même le très beau poème de Pascal Riou (nous sommes igno­rants en matière de ran­cune). Les autres pages de la revue sont tout autant à décou­vrir, comme d’habitude fina­le­ment du côté de Fario, par exemple les inédits de Cingria ou les poèmes de Boris Sloutski tra­duits du russe par Christian Mouze.

Ici, on est vivants et on ne craint pas d’affronter, dans la langue, les vio­lences faites à la Beauté. C’est-à-dire, au fond, les vio­lences faites à la pro­fon­deur de nos âmes.

Messieurs, nous vous saluons dans l’Amitié du Poème.    

Fario, 13.
Direction : Vincent Pélissier
Comité de rédac­tion : Serge Airoldi, François Bordes, Richard Brunner, Max de Carvalho, Jacques Damade, Allan Diet
26 rue Daubigny. 75017 Paris.
(deux numé­ros par an).
26 rue Daubigny – 75017 Paris.
revue.​fario@​gmail.​com

Site : http://​www​.edi​tions​fa​rio​.fr/
Abonnement : 50 euros.
Le numé­ro : 28 euros. Chaque numé­ro, autour de 400 pages.

 

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