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FEMME

Par |2018-10-19T01:09:47+00:00 27 octobre 2013|Catégories : Blog|

 

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Par le mur de l’hôpital, les pié­tons montent au ciel comme des cerfs-volants que le vent entraîne.

Les feuilles les observent, puis se retournent en espé­rant la venue de la pluie. En vraies filles d’Orphée, elles se méfient de l’imagination.

 

Les bras encom­brés de sacs, une femme se mur­mure des paroles qui la défont et l’amenuisent. A quand la pre­mière vic­toire morale ?

Depuis long­temps, elle n’entend plus la musique urbaine qui sou­tient son pas. Comment répandre sur elle la myrrhe et l’encens de la conso­la­tion spi­ri­tuelle ?

 

87-

Une femme enceinte passe au pied de la Shanghai Financial Tower. Elle couvre de son ombre l’ombre de cris­tal,

Ses narines fré­missent au tou­cher du prin­temps ; elle parle en mar­chant ; sa res­pi­ra­tion tremble au pied de la paroi, la longe et se perd dans le flot de lumière.

 

La nature et la ville se res­semblent si peu, ou comme l’infiniment grand et l’infiniment petit – que je n’ai jamais vu pour ma part.

Alors, le loriot reprend son chant. Il se pose sur la femme seule. Les grandes ave­nues de Shanghai couvrent leurs immeubles de cou­leurs et nous, nous qui pas­sons, nous vou­lons croire à leur langue.

 

68-

Les voi­tures sont à l’arrêt. Les feuilles, hier encore absentes, ont repris leur longue dis­cus­sion,

Les mêmes ici que sur les champs ou au pied des tombes. Une sirène passe dans la rue et les per­cute.

 

La femme prend peur. Ses mains s’agitent, son visage se trouble et se rai­sonne. « Bon d’accord, dit-elle. Passons à table, la tombe peut attendre. »

Des hari­cots vert vif et de l’estragon. La source amou­reuse se love à nou­veau en rigole au pied du jar­din. Elle vient d’accueillir un mort.

 

 

Inédit, extrait de "Par-des­sus l'épaule de Blaise Pascal"
Titre pro­vi­soire

 

 

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