> Feu ce phalène mien (Chant triste)

Feu ce phalène mien (Chant triste)

Par |2018-08-17T07:14:52+00:00 25 octobre 2013|Catégories : Blog|

 

-Just like you I was such a rebel
            So dance your own dance and never for­get-

                                               Joe Cocker

 

Ce soir la lampe consent
à cal­ci­ner les pha­lènes
Un cré­pi­te­ment long
une âcre­té ancienne
signalent l’agonie sage
d’un qui a vécu
La lumière écla­bousse
Le long thrène mes­sa­ger
Qui son encre déroule
et len­te­ment ses san­glots
L’ivrogne cré­pus­cu­laire
rivé à un proche pilot
braie braie à la can­ton­nade
son absurde bré­viaire
L’homme s’égosille en vain :
non les gratte-ciels hau­tains
n’en auront jamais cure
de ces pha­lènes dorés
au sort sou­dain

Feu ce pha­lène mien
On a mis une coupe
et un plat sous sa couche
On a mis quelques nuits
au bout de quelques jours
et puis son corps à l’aise
dans l’ampleur d’un coton
qui de jaune de noir
et de mauve est tis­sé
Ses belles ailes brunes
soi­gneu­se­ment repliées
attendent l’heure du regain
de l’envol du retour
de sept de ses qua­li­tés

Au fond d’un puits tom­bés
ses yeux qui s’accoutument
voient les pro­fils trem­blés
des pour-naître et des aînés
au son creux du silence
dan­ser
Dans sa nacelle en par­tance
on a fait embar­quer
une détresse et des pagnes
la récade qu’il aimait
un poème des caresses
un peu de gomme et d’encens
Si c’était à refaire
figu­rez-vous ma mère
j’ajouterai un chiffre
pour la com­pli­ci­té :
treize bien sûr pour la chance
cinq à désor­mais fêter
Plus un fil de la vierge
pour notre des­cen­dance
un bou­ton d’or des prés
et puis une mal­va­cée
Cloué por­té fleu­ri
Chanté dra­pé béni
Encordé rafraî­chi
Enseveli
Envolé

Sur l’oeil de son aile
sur son ventre brû­lé
le grand poids des gerbes
novembre un cra­chin
Sur son verbe d’argent
une dalle plus rien
C’est à griffes redou­blées
que je grat­te­rais
le sol mou et amer
sac­ca­ge­rais les fleurs
effi­lo­che­rais le vent
de rage folle troue­rais
la page à essayer
en larmes et en vain
d’y enter­rer ma plaie
Qui par­le­ra jamais
de la for­ti­tude triste
de ces pha­lènes dorés
qui un beau soir consentent
à offrir le sec de leur corps
à la bête de feu colère
de ne les embra­ser
qu’enfin

Las ma mie ma mère
feu ce pha­lène mien :
qu’on verse à terre du vin
pour l’ancêtre qui est né
pour celui qui en rêve revient

  
 

 

 

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