> François Cheng, Quand les âmes se font chant

François Cheng, Quand les âmes se font chant

Par |2018-10-16T10:00:49+00:00 29 mars 2015|Catégories : Critiques|

   

 Il est Français d’origine chi­noise, écri­vain et poète. Il est Coréen et vit en France,  c’est un reli­gieux domi­ni­cain connu pour ses pein­tures non figu­ra­tives. François Cheng et Kim en Joong étaient faits pour se ren­con­trer. En 2009, dans le livre Vraie lumière née de vraie nuit, les poèmes du pre­mier avaient été accom­pa­gnés par des litho­gra­phies du second. En 2010, François Cheng avait rédi­gé un texte de médi­ta­tion – « la joie » − pour accom­pa­gner un tableau de Kim en Joong. Ce qui les réunit aujourd’hui, dans un nou­vel ouvrage, ce sont les Cantos tos­cans de François Cheng réédi­tés pour l’occasion et qui mettent en vis-à-vis des poèmes écrits sur sept lignes et (à gauche)  et les pein­tures, aux allures de vitraux, de l’artiste coréen.

     Les deux hommes ont en com­mun un goût pro­non­cé de la nature, un pen­chant pro­non­cé pour la quête spi­ri­tuelle, une apti­tude à révé­ler le beau dans la noir­ceur du monde. Les écrits de Cheng sur la Toscane sont le creu­set de cette démarche conjointe, à la fois poé­tique et artis­tique. Parlant de la Toscane, Nicolas Jean Sed écrit très jus­te­ment dans la post­face du livre : « Ce coin de terre semble invi­ter l’homme à répondre à un cer­tain appel pour une créa­tion qui élève l’homme à sa dimen­sion trans­cen­dante et uni­ver­selle.

     Il y a, bien sûr, sous la plume de François Cheng, des « mar­queurs » géo­gra­phiques évi­dents pour dési­gner ce mor­ceau d’Italie. « Ligne de crête héris­sée de cyprès/​ourlet des nuages rom­pu par un aigle ». Ou encore ceci : « Midi le muet/L’olivier mûrit son huile/​La vigne mûrit son vin/​Les four­mis trans­portent leurs vivres/​Le long d’un muret herbeux/​La cam­pagne à perte de vue/​Tait sa joie d’être ».

     Mais la Toscane – on s’en doute – dit plus que la Toscane.  Ce chant com­mun aux deux hommes invite d’abord à la contem­pla­tion, à la louange, à l’insurrection des cœurs (« Dis donc ce qui vient de toi/​Dis tout ce qui te sou­lève »). Il  fait le pont entre les vivants et les morts (« Que leur cri muet soit notre pain quo­ti­dien ») et encou­rage à vivre plei­ne­ment l’ici et le main­te­nant (« L’éternité est là/​Un seul ins­tant l’instaure »).

     Ce tres­saille­ment de l’homme au cœur d’une huma­ni­té en proie au mal (« Le cruel et le méchant n’ont pas dit leur der­nier mot ») peut venir à bout de toutes les vilé­nies. « Quand les âmes se font chant/​Le monde d’un coup se souvient/​La nuit s’éveille à son aube ». Ces Cantos tos­cans, pour tout dire, sont un hymne à la vie en plé­ni­tude. Ils signent la pro­fon­deur de notre huma­ni­té et sa capa­ci­té de rayon­ne­ment, à l’image de ces éclats de cou­leur et de lumière irra­diant les tableaux de Kim en Joong.

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