> François LAUR, La Beauté gifle comme un grain

François LAUR, La Beauté gifle comme un grain

Par | 2018-02-20T14:27:51+00:00 12 novembre 2016|Catégories : Critiques|

 

 

Une tren­taine de poèmes en prose com­posent La Beauté gifle comme un grain, le der­nier recueil paru de François Laur. Outre que c’est un bel objet, cou­su, avec une mise en page de qua­li­té, jamais gifle n’a autant cares­sé celui qui, pour la rece­voir, la par­court comme l’amour se lève. Impossible en effet de s’imprégner autre­ment de cet auteur si dis­cret qu’il n’élève jamais la voix. Ajoutez à cela un exergue d’Annie Le Brun : « La puis­sance du désir est de sans cesse relier l’imaginaire et la réa­li­té, en exal­tant l’une par l’autre. » Ce pour­rait être, en résu­mé, l’art poé­tique de François Laur. C’est dire la force d’attraction de ce recueil. Il est de ces livres « tis­sés de flammes du soleil, ceux qui se dansent, qui enivrent, qui font somp­tueu­se­ment titu­ber ». Trouvère de notre temps, dont rien n’est occul­té, ni les rues qui res­sassent la tris­tesse, ni les grèves, ni les migrants qui se noient, François Laur chante, par-des­sus tout, l’amour. « Mon sang rit s’emporte feule, s’enivre de toi tis­se­rande en accueil. »

La femme aimée est ici célé­brée. On a trop per­du la grâce de le faire. Elle est l’égale abso­lue, voire la suze­raine des trou­ba­dours, non per­chée à la fenêtre inac­ces­sible, au cœur du ver­ger, de la mai­son, du lit nup­tial. Elle res­pire, odore par tout son corps, ordonne le jour et la nuit dans un natu­rel qui cham­bou­le­rait bien des exis­tences si leurs titu­laires pou­vaient subo­do­rer que cela se peut. « Malheur à qui est sans désir », écrit à rai­son François Laur. Le bon­heur ? « Contre moi, sen­tir le lilas sur tes seins le velours de ton ventre le pli pro­fond où je te touche. Ne rien oublier. » L’étreinte, l’orgasme ? Les voi­ci dans les deux seuls vers à pro­pre­ment par­ler de ce recueil « Tu me main­tiens sur la plus haute vague, /​ en m’insufflant un peu d’éternité. » Sa prose est infi­ni­ment ryth­mée, et musi­cale à la fois, et sur­tout truf­fée, presque au sens propre pour la narine, de trou­vailles mul­ti­pliées. « Le cœur tam­bour, je bois ta soif sur­gie sur le bout de ta langue, à ton ventre le vin du rêve ; ta voix se tresse de galets qu’entre-heurte le flot, de contral­to et d’abandon poi­gnant ».

L’amour, écrit François Laur, écarte un peu les hor­reurs du monde. « La caresse de ta voix me rend le cœur plus léger […] Avec toi, tes ritour­nelles, oubliés – tout mer­veilleu­se­ment ! – extor­queurs de dési­rs, tra­fi­quants de peur fabri­cants de tris­tesse furieux de dieu bombes humaines. » Il offre tout le contraire de cette écri­ture déchar­née, queue de comète de Tel Quel, qui fait les pâmoi­sons des aya­tol­lahs que l’émotion fait vomir, qu’ils récusent. Lui, nous emporte dans son souffle. « Nous nous savions mor­tels, mais je n’y croyais pas. Sous l’impact du crabe fouis­seur, j’ai appris ce que vivre l’instant veut dire : auprès de toi, avec et par toi rayon­nante, conti­nû­ment reprendre haleine dans l’affection et le bruit neufs. » Lire François Laur, c’est se pré­pa­rer « à man­ger des bur­lats cueillis sur le sou­rire » de l’aimée. C’est s’ouvrir comme un fruit pour le par­tage. C’est se pré­pa­rer à la déli­ca­tesse : « La cha­leur de ta voix a eu rai­son de mon manque d’oreille. L’aigue-marine de tes yeux a lami­né ma cata­racte. » Et encore : « Les mouillures à tes lèvres m’ont appris les sen­teurs d’exister ; tu m’as ouvert ton lit, gui­dé en toi pour me faire fran­chir l’horizon. »

François Laur, né en 1943, vit dans le Sud de la France. Avec un peu plus de trente-cinq ouvrages parus, depuis 1980, il reste un poète dis­cret. Les petits tirages semblent conve­nir à sa modes­tie, qui carac­té­rise sou­vent les grands poètes. 

 

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