> from SO RECENTLY RENT A WORLD

from SO RECENTLY RENT A WORLD

Par | 2018-02-20T04:54:16+00:00 14 octobre 2013|Catégories : Blog|

dri­ving

 

the lie is brief and sweet
the truth is fore­ver and hard
in dry prong  loui­sia­na on march 7 2011

the lie can last a long time says lau­ra
you mean like reli­gion
that and other things like that

pri­sons hos­pi­tals churches
simul­ta­neous after­thoughts

only trees seem to be trees
whose inmates didn’t build them

 

 

la route

 

le men­songe est bref et doux
la véri­té est dure et pour tou­jours
dans la séche­resse en fourche de l’estuaire
de la loui­siane le 7 mars 2011

le men­songe est capable de durer long­temps a dit Laura
tu veux dire comme la reli­gion
ça et d’autres choses comme ça

pri­sons hôpi­taux églises
réflexions simul­ta­nées
seuls les arbres semblent être des arbres
que leurs occu­pants n’ont pas éri­gés

 

 

salt

 

Our parents wore arm­bands on their arms
and our bodies in their wombs
I’d have pre­fer­red the reverse.
Today I’d know what to resist and what to love.

 

 

sel

 

Nos parents por­taient des bras­sards aux bras
et nos corps dans leurs ventres.
J’aurais pré­fé­ré la situa­tion inverse.
Aujourd’hui je sau­rais à quoi résis­ter et quoi aimer.

 

 

hai­fa

 

It’s ama­zing how lit­tle ennui I’m capable of
just one uns­ti­mu­la­ting day though plea­sant
I’m clim­bing the built-by-my-inabi­li­ty-to-drink wall
on the other side are three coun­tries at war and a pla­cid sea
how much of the emp­ti­ness around is filled
by others who must feel even emp­tier
when I count the steps of the baha’i gar­dens
within mis­sile range israel is my age
it’s all the things I am minus u.s. citi­zen­ship
if there is a place to be serious this may be it

 

 

hai­fa

 

C’est éton­nant à quel point je suis inca­pable d’ennui
juste une jour­née sans inté­rêt par­ti­cu­lier et pour­tant agréable
en grim­pant le mur construit-par-mon-inca­pa­ci­té-de-boire
de l’autre côté il y a trois pays et une mer pla­cide
com­bien le vide envi­ron­nant se rem­plit
d’autres qui doivent se sen­tir encore plus vides
quand je compte les marches des jar­dins baha’i
juste dans la ligne de mire des mis­siles israël a mon âge
c’est tout ce qui je suis sauf que je suis un minus­cule citoyen amé­ri­cain
s’il existe un endroit où il fau­drait deve­nir sérieux c’est peut-être celui-ci.

 

 

foo­lish things to do imme­dia­te­ly
                         where the alpha­bet ends, the uni­verse begins
                         _​gunnar har­ding

find a post office open satur­day in stock­holm
buy flo­wers ins­tead for a hope­less­ly beau­ti­ful and sad friend
blow into your hands a ges­ture remem­be­red from decades ago before
        living in the tro­pics
walk in the exact oppo­site direc­tion from my hotel on Strandvagen
to a street full of res­plendent young mothers pushing plump babies
       in ele­gant car­riages
enter a church built inside a rock and note a silence unheard of
think of gun­nar and new orleans a com­bi­na­tion that makes me sud-
     den­ly cheer­ful
the city looks like a pipe from which a thin spi­ral of smoke
tra­vels unim­pe­ded across the bal­tic to the gulf of mexi­co
with a brief stop in lon­don where sick horses are cured by old friends
with poul­tices of poe­try and cur­rents flo­wing where the alpha­bet ends

21 april 2012 stock­holm
for gun­nar

 

 

les folies à faire immé­dia­te­ment
                             là où l’alphabet prend fin, c’est là où l’univers com­mence
                                              _​gunnar har­ding
                                                                  
trou­ver un bureau de poste ouvert le same­di à stock­holm
sinon ache­ter des fleurs pour une amie déses­pé­ré­ment belle et triste
souf­fler sur tes mains en fai­sant un geste datant de décen­nies
      vivre dans les tro­piques
mar­cher dans un sens exac­te­ment oppo­sé à celui où se situe mon hôtel sur Strandvagen
jusqu’a une rue pleine de jeunes mères res­plen­dis­santes pous­sant leurs bébés dodus
      dans des voi­tures élé­gantes
entrer dans une église construite à l’intérieur d’un rocher et remar­quer un silence inouï
pen­ser à gun­nar et à la nou­velle orléans un ensemble qui me rend tout à coup très gai
la ville resemble à une pipe d’où sort une mince spi­rale de fumée
voya­ger sans obs­tacle de la bal­tique au golfe du mexique
avec un bref arrêt à londres où des che­vaux malades sont soi­gnés par de vieux amis
en employant des poul­tices de poé­sie et des eaux ruis­se­lant là où l’alphabet prend fin

21 avril 2012 stock­holm
pour gun­nar

 

 

bir­th­day poem
& bed frame IOU
for my love 9.27.01

 

And for your bir­th­day
what should I get you
1.7 acres with a pond
shoes with jewels or
pam­pe­ring at the spa ?
Eggs in bed, you said,
I want you to make me
eggs the way you make
them fluf­fy scram­bled,
So you get up before me
and make me cof­fee
ins­tead and I don’t get
to make you eggs in bed
and the war is on TV
and it’s Yom Kippur
I know that what you
real­ly want is a bed frame
to turn the bed into a ship
a book-ship to read in
as we set sail through
the rocky cen­tu­ry ahead
Hold stea­dy, baby
Magellan loves you

 

 

Poème pour ton anni­ver­saire
et bois de lit IOU
à mon amour 27.9.01

 

Et pour ton anni­ver­saire
qu’est-ce que je t’offre
1 hec­tare avec un étang
des sou­liers façon­nés avec des bijoux ou
des soins de prin­cesse dans un spa ?
Des oeufs ser­vis au lit, as-tu dit.
Je veux que tu me pré­pares
des oeufs à ta façon
brouillés mous­seux
alors tu te lèves avant moi
et c’est toi qui pré­pares mon café
et pas moi et je n’ai pas la chance
de te ser­vir des oeufs au lit
et on montre des films de guerre à la tv
et c’est Yom Kippur
Je sais ce que tu veux
réel­le­ment c’est un bois de lit
pour trans­for­mer notre lit en vais­seau
un vais­seau-livre où nous pou­vons lire
en voguant à tra­vers
le siècle tur­bu­lent juste devant
Tiens-bien à moi, bébé
C’est Magellan qui t’aime 

 

 

Rain

 

New York in the rain
More joy­ful ano­ny­mi­ty
Bourgeois rain
under the 20th century’s umbrel­la
scur­rying in the rain
to close the nas­ty cen­tu­ry
like a shop
rain in Paris in London
joy­ful rain in New Orleans
hap­py spla­shing rain on human scale
streets of rain
women of rain men of rain
eve­ryw­here time rains its remai­ning
tears on the wor­king drudges
of Budapest, Moscow, and Tokyo
rain eve­ryw­here
not enough for the crops
too much for the rivers
just enough for the poets
on the win­dows of trains

(com­mis­sio­ned by the new orleans klez­mer all-stars)

 

 

Pluie

 

New York sous la pluie
Encore plus de joyeux ano­ny­mat
Pluie bour­geoise
sous le para­pluie du 20e siècle
filant sous la pluie
pour fer­mer le siècle cras­seux
comme une bou­tique
pluie à Paris à Londres
et tou­jours la pluie à Londres
pluie joyeuse à La Nouvelle Orléans
pluie heu­reuse rejaillis­sant à l’échelle humaine
rues de pluie
femmes de pluie hommes de pluie
par­tout le temps pleut les restes
de ses larmes sur les bêtes de somme
de Budapest, Moscou, et Tokyo
pluie par­tout
pas assez pour les plan­ta­tions
trop pour les rivières
juste assez pour les poètes
la regar­dant par les fenêtres des trains

(par com­mis­sion des klez­mer all-stars de la nou­velle orléans)

 

 

they will do wha­te­ver it takes

 

Whenever I begin to think, some­thing real­ly loud starts up, like a
lawn­mo­wer or a loud­spea­ker. I’ve lear­ned to ignore that noise by sink-
ing dee­per, but it’s no pic­nic. The lou­der the world gets, the dee­per
you have to go to do your thin­king. On the other hand, you can go
real­ly deep. Finding a place to do your thin­king in peace is like dig-
ging a well : you may have to drill to the cen­ter of the earth past the
water table, but there you are, at the cen­ter of the earth, thin­king.
Outside they are screa­ming for you to fas­ten your seat belt, but below
you there is only the zoom of a dense magne­tic ball tur­ning your
thoughts on a lathe. The cen­ter of the earth is so loud it’s silent, a par-
adox, but that’s what you get when you dig moving the oppo­site way
from what you’ve been taught or read, which is what thin­king is.
Thinking is a dense magne­tic iron ball at the cen­ter of the earth spin-
ning against the earth’s gra­vi­ta­tio­nal field.

Typing as fast as I can some­times I can some­times I can still hear myself

 

 

Ils feront tout ce qu’il fau­dra

 

Aussitôt que je com­mence à pen­ser, quelque chose de très bruyant com­mence à se faire entendre, comme une ton­deuse de gazon ou un haut-par­leur. J’ai appris à ne pas y faire atten­tion en des­cen­dant plus pro­fon­dé­ment en moi-même, mais ce tra­jet n’est aucu­ne­ment un pique-nique. Le plus bruyant que le monde devient, le plus pro­fon­dé­ment il faut des­cendre pour se mettre à pen­ser. Par contre, vous pou­vez des­cendre très pro­fon­dé­ment. Trouver même  un endroit où vous pou­vez pen­ser en paix res­semble au pro­ces­sus de creu­ser un puits : il fau­drait peut-être per­cer jusqu’au centre de la terre en des­cen­dant plus bas que la table d’eau, mais vous voi­là, au centre de la terre, en train de pen­ser. Dehors ils vous crient d’attacher votre cein­ture de sécu­ri­té, mais au des­sous de vous ne s’entend que le vrom­bis­se­ment d’une dense balle aiman­tée rou­lant vos pen­sées sur un tour. Il fait tant de bruit au centre de la terre que l’on n’entend que du silence, un para­doxe, mais c’est là où vous arri­vez quand vous creu­sez dans le sens oppo­sé à ce que l’on vous a appris, à ce que vous avez lu, ce qui revient à l’acte même de pen­ser. La pen­sée est une dense balle de fer aiman­tée au centre de la terre tour­noyant dans le sens oppo­sé au champ de la gra­vi­ta­tion de la terre.

En tapant à la machine aus­si vite que je peux faire par­fois je peux encore m’entendre

 

 

ode to allen gins­berg

 

fif­ty years from the publi­ca­tion of howl
allen gins­berg in 1955 in san fran­cis­co
the abyss loo­ked back but the young were
not frigh­te­ned they leapt into the mouth
of the future and it wasn’t hell like the elders
said but awe­some sweat of youth mixed
with hel­lish light dri­ven by spilled blood
his­to­ry not the same one that pul­led Naomi
in its under­tow and my people too
1955 was much clo­ser to 1942
than 2005 and do we know any­thing more
yes we know joy and the plea­sures of peace
as ken­neth koch so apt­ly put it civi­li­zed
the mouth of hell wide open
keeps how­ling through the iPods but its force
is par­cel­led and pos­si­bly dimi­ni­shed
allen you cal­led it and it cal­led you
we were your visi­tors even when you visi­ted us
and visi­ting you did eve­ryone remem­bers
in prague in bal­ti­more and in new del­hi
this addi­tion of hap­pi­ness your work
(fif­ty years’ worth for eve­ryone)

 

 

ode à allen gins­berg

 

cin­quante ans depuis la publi­ca­tion de howl
allen gins­berg en 1955 à san fran­cis­co
l’abîme nous retour­nait le regard mais les jeunes n’en avaient pas
peur ils sau­taient dans la gueule
du futur et ils n’y trou­vaient pas l’enfer que les aînés
avaient pré­vu plu­tôt la sueur ter­rible des jeunes mélan­gée
à une lumière ani­mée par le sang ver­sé
l’histoire mais pas la même qui a empor­té nao­mi
dans ses cou­rants de fond et mon peuple aus­si
1955 était bien plus proche de 1942
que 2005 et avons-nous atteint une connais­sance plus large
oui nous connais­sons la joie et les plai­sirs de la paix
civi­li­sés ain­si que ken­neth koch l’a si bien expri­mé
la gueule de l’enfer grand ouverte
conti­nue à hur­ler des iPod mais sa force
est mor­ce­lée et peut-être dimi­nuée
allen c’est toi qui a fait l’appel et toi qui étais appe­lé
et nous étions tes visi­teurs quand bien même tu nous as ren­du visite
et de tes visites tout le monde s’en sou­vient
à prague à bal­ti­more à new del­hi
ce sup­plé­ment de bon­heur ton oeuvre
(valeur de cin­quante ans pour tout le monde)

 

from SO RECENTLY RENT A WORLD : New and Selected Poems : 1968-2012, Coffee House  Press, Minneapolis, 2012
Translations in French, Elizabeth Brunazzi 

 

Sommaires