> Garcia Lorca, La désillusion du monde

Garcia Lorca, La désillusion du monde

Par |2018-08-20T14:38:55+00:00 22 juillet 2012|Catégories : Critiques|

Je ne conçois de poé­sie que lyrique

                                         Federico García Lorca

 

 L’écrivain Yves Véquaud nous a quit­tés en 2000. Il faut lui rendre hom­mage concer­nant l’édition de cette dés­illu­sion du monde, pour son hon­nê­te­té concer­nant la tra­duc­tion, j’y revien­drais, mais aus­si pour le cou­rage de sa pré­sen­ta­tion. Nous étions alors en 1989, le Mur de Berlin se fis­su­rait à peine et la col­lec­tion Orphée publiait cette pré­face tout sauf « mili­tante ». En une époque où Federico García Lorca était uti­li­sé avant tout à des fins par­ti­sanes. Du coup, ce qu’écrivait Véquaud prend un relief par­ti­cu­lier. Ainsi, par­lant du poète espa­gnol : « À cette école de sim­pli­ci­té, il reste dans la tra­di­tion biblique ou évan­gé­lique. Son voca­bu­laire est sem­blable à celui des Paraboles : le jour, la nuit, le soleil, la lune, l’ombre et la lumière, l’amour et la mort, l’eau ou le vin, le marbre, ou le figuier, ou le sel. Et puis l’œillet qui est son lys des champs ! Les choses qu’il a quo­ti­dien­ne­ment sous les yeux, intem­po­relles, éter­nelles. Ce qui fait tout de suite réfé­rence. Des mots dont le lec­teur connaît bien la musique. » Il fal­lait oser alors lire Federico García Lorca sous un tel angle. Avec mesure et intel­li­gence. On s’étrangle d’indignation à droite ou à gauche ? Surtout à gauche ? Alors il faut avouer son banal mani­chéisme. Car cette lec­ture est jus­te­ment une de celles qui main­te­nant peuvent ouvrir de nou­veaux hori­zons vers la poé­sie de García Lorca, lequel ne fut pas seule­ment anti­fas­ciste. Il fut… poète. Et poète avant tout. Et la poé­sie tend par nature vers le Beau. On l’imagine beau jus­te­ment, García Lorca. Une belle âme lisible sur le visage.

Bien sûr, on ne le pré­sente plus. Comment faire ? Présenter un mythe ! Et un mythe de gauche : « Je suis et je serai tou­jours du côté des pauvres ». Peut-être tour­ne­rait-il cette phrase autre­ment, vivant aujourd’hui en cer­taines pro­vinces de Hongrie ou du Nord de la France. L’histoire prend par­fois de drôles de tour­nures. Bon… L’homme a été fusillé par les forces du Mal en 1936. On ne réécri­ra donc rien. Reste la poé­sie et le poète, l’immense poète García Lorca, celui qui par­lait ain­si de la poé­sie en 1926 : « La poé­sie est un autre monde. Il faut fer­mer les portes par les­quelles elle s’échappe vers les oreilles gros­sières et les langues déliées. Il faut s’enfermer avec elle. Et là, lais­ser par­ler la voix divine et pauvre, après avoir arrê­té le jet d’eau. Non, pas de jet d’eau. Lorsque je dis voix, je veux dire poème. Le poème qui n’est pas habillé n’est pas un poème, comme le marbre qui n’est pas tra­vaillé n’est pas une sta­tue. »  

Et la tra­duc­tion ? La posi­tion de Véquaud est très inté­res­sante. Amené à tra­duire ces poèmes, l’écrivain s’oppose à l’idée même de tra­duc­tion concer­nant la poé­sie. Pas d’interprétation de sa part, il moque même cette concep­tion de la tra­duc­tion. La ques­tion n’est pas d’être d’accord ou non. Plutôt d’admettre le point de vue autre. Alors, Véquaud assume une tra­duc­tion mot à mot (on ima­gine cepen­dant un sou­rire en coin) des­ti­née dit-il à conduire le lec­teur vers le texte en langue ori­gi­nale, le seul qui vaille de son point de vue. Sacré bon­homme ! On eut aimé ren­con­trer ce pré­fa­cier qui écri­vait pour finir : « Homme de gauche, Lorca ? Révolutionnaire ? Il y aurait, me semble-t-il, une grande confu­sion à le sou­li­gner trop fort. Victime – lui aus­si – de la bêtise, certes ! Est-elle tou­jours de droite ? Ce fut un homme, un vrai, comme tous ceux qui appellent un chat un chat… et le disent avec grâce. Sont-ils tou­jours de gauche ? ». C’est en reli­sant García Lorca à l’aune de tels textes d’accompagnement que l’on réa­lise sou­dain com­bien l’air est deve­nu plus res­pi­rable en ce début de 21e siècle.    

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