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Gare de New-Delhi-printemps

Par | 2018-02-24T14:47:32+00:00 5 décembre 2013|Catégories : Blog|

 

ODE

extraits

1

Tout au fond
du corps & de la langue :
le silence d’une braise sans fin
qui retombe dans le vide
comme des pétales
sur la nuit
et sous cette voûte blanche :
une ombre cre­vas­sée
par le gel
remonte à la sur­face du gouffre.

Le temps cris­tal­li­sé
comme du gypse

sur des moraines
de chaux vive

dans l’estuaire
du néant .

 

Celà est au bord du fleuve
où l’on ne pénètre qu’une fois
au-des­sus des por­teurs de torches
l’aurore len­te­ment désha­bille
le cadavre du monde
sur la barque qui dérive
Celà
est hap­pé dans les voiles
du feu
par un cris­tal
au som­met du crâne
et au centre de l’univers
échoué
sur la rive .

 

De quel côté de la berge
et de ses jar­dins

qui des­cendent vers les eaux pourpres

signa­ler
la dis­pa­ri­tion du réel ?

 

Je marche dans le feu de cette aurore boréale
où le verbe prend la chair
et l’inonde de sa semence
comme un cri qui se retourne et dévore
toute la sub­stance
toutes les offrandes
je marche de l’autre côté d’un monde
où le silence plante ses griffes
de soif et de faim
sur l’illusion et le men­songe .

 

Là -bas
dans la conti­nui­té loin­taine de l’univers
où mille yeux appa­raissent
dans la vue
se perdent & se retrouvent
comme une étoile
qui garde sa lumière
dans la pupille incrus­tée
par un soleil noir :
on trouve l’eau pure
dans les sables d’une molé­cule déchar­née
dans un rêve qui tourne mal
au fond d’une citerne
rem­plie de fleurs pour­ris­santes
on trouve des membres dis­lo­qués
et d’oranges lumi­nes­cences
dans une forêt de san­tal incen­diée
qui marche vers la nuit
Là-bas
quand l’incarnation se réa­lise
dans la fécon­da­tion

 

arbres,cristaux,images & paillettes de sperm,nuée du coma

ce qu’il reste du voyage
& du com­mun des mor­tels

des mots,du sang séché,l’ardoise des os,des ravines vides.

 

ET DES CORPS REMONTENT DANS DES DRAPS DE LANGUE ET DE CRUAUTE BRÛLANTE CALCINES ET BEANTS SUR DES FATRAS DE SUIF ET DE LIES QUI VOMISSENT LEUR FUMEE AU-DESSUS DES CADAVRES & DES EMBOUCHURES……….

 

2

Je te cherche dans la nuit des lépreux
dans la nuit
des malades sur­vivent
des têtes de mort cli­gnotent
dans la cha­leur
Des linges mys­tiques macu­lés
d’humeurs
de sang
de boue
d’urine
recouvrent des fœtus
on les emporte dans des taxis défon­cés
je te cherche dans la ville suin­tante
où les dieux ricanent
et se mul­ti­plient
dans les miroirs bri­sés
il n’y a plus d’air
des bras cou­pés saluent les trains
j’ai un ventre jaune
dans ma valise en fer
et des médi­ca­ments péri­més
contre la fièvre
j’ai vu la petite men­diante
dans la jungle
avec le visage de la variole
elle tenait un singe dans ses bras
et por­tait une fleur sur le front
je remonte le fleuve des migra­tions
la mous­son des âmes
dans les rues mal éclai­rées
et mal­fa­mées
les villes affa­mées
où le corps est une viande
où la langue s’allonge
se déroule
se heurte au tra­fic
et se cabre dans un bor­del
Des che­vaux éven­trés puis recou­sus
s’endorment épui­sés
devant les gares
je te cherche dans l’explosion d’une cel­lule
dans l’état d’un nerf
dans le soleil se levant sur le fleuve
avant l’apparition d’une image
avant et après les mots
dans un lotus
et entre les mains des sages
le jour lave les saris et les morts
le jour fait sai­gner l’orange
dans mes gen­cives
mes dents se brisent à trop mordre le réel
jusqu’au sang
j’ai cher­ché jusqu’à l’aube un signe
une lumière fra­gile
dans tous les lieux de la ville
les recoins de l’âme
et de l’être
je me suis bri­sé à toutes les vitres
à toutes les ren­contres
je brûle quelque part
au bout d’une route
dans un linge blanc
sur un bra­sier de fleurs …

 

3

Dans un car­ré men­tal
deux cannes blanches

dans un soleil dévas­té
quelques bouts du monde

dans une fosse dans la roche
les osse­ments d’Ulysse

le visage de per­sonne
des sil­houettes d’hommes

errant à contre-jour

& dans un temple une lampe
au milieu d’une roue

immo­bile.

Tout au fond du corps et du réel :

les illu­sions volent en éclats
sur les trot­toirs
par­mi les men­diants
qui râlent
entre la gare
& le centre ville
je marche dans un monde de mort et de mala­die

où retombent dans le vide
des pétales de fleurs-

« n’entendez-vous pas cette cla­meur venue de tous les coins
de l’univers?N’entendez-vous pas cette cla­meur de la vie qui
appelle et cherche à s’incarner dans le monde ? »

LES DIEUX ERRANTS
 
              retombent dans le vide avec des pétales de fleurs
              et des col­liers de braises.

              Et des pierres de foudre.
              Avec des tri­dents remontent vers le jour

LES DIEUX ERRANTS…

Comme les mots dans la langue

cette cla­meur au-des­sus de la ville et dans la terre
où je marche
vient échouer comme un cadavre sur la berge
une offrande de fruits et de fleurs
au bord du fleuve .

Odeurs de cendres dans un car­ré men­tal bris du monde dans le soleil blanc dans l’oeil éven­tré du che­val man­gé dans la fosse d’Ulysse masques arra­chés du kar­ma et dans le réel une
roue qui tourne sans fin comme une lampe allu­mée au-des­sus
du coma .

 

 

4
Longue attente
un mot de plus
sur le para­pet
des lèvres
à mar­cher
vers l’écho
dans un brouillard
mati­nal
attendre quoi
attendre qui
buvant du thé
brû­lant
les mots
un pas de plus
et je tombe
sur les rails
avec ceux qui dorment

             sur la voie fer­rée
                                                 tra­ver­sée
par un train rem­pli
              de dieux errants
          
           K
           A
       R M A
       A M R
           A
           K

               l’ombre de la lumière
dans la lumière des dieux
qui marchent sans fin
dans la terre…..

J’attends une parole
un moindre geste
dans l’écart du vent
comme un ani­mal
au bout des lèvres
traque les syl­labes
sacrées
qui se vola­ti­lisent
dans l’air
rava­lé
d’un mot expié
je troue la langue
pour qu’il fasse jour
dans l’ombre
de l’être
qui chute
dans le vide

                    au milieu d’une ville
                                                     han­tée
                     par tant de reve­nances
                                             et de dieux gisants

           
                K
                A
              RMA
              AMR
                 A
                 K

                     L’ombre de la lumière
dans la lumière des dieux qui marchent
sans fin dans la terre…
attendre qui
attendre quoi
hors du temps
qu’elle se révèle
ou une fin
en soi
trans­fi­gu­rée
une lampe
sur le bord
d’une route
un matin
au milieu
des men­diants
ceux qui réclament
l’amour
en aumône
ceux que les trains
écrasent .

Ceux que les dieux n’ont pas vou­lu
                                                 sur terre
et qui ne ver­ront
jamais le jour
                                                 ni la lumière
ceux qui marchent sans fin
dans la nuit polaire
des hommes
                                                 et les décombres
des dieux…..                             sur terre

 

broyés par la roue par les dents de la mala­die et de la misère
par l’injustice du

                    K
                    A
                  RMA
                  AMR
                    A
                    K

ren­dus silen­cieux par la langue recra­chés par le sang du corps comme du bétel comme du bétail….

Ne plus attendre
et sans plus rien
de l’Etre
par­tir
ne plus rien
attendre
de qui­conque
et de quoi
que ce soit
ni du monde
ni des trains
ni des dieux
sans plus
attendre
par­tir encore
sans per­sonne
sans moi
SANS RETOUR.