> Gérard CLERY, Parcours : approches, anthologie, entretien

Gérard CLERY, Parcours : approches, anthologie, entretien

Par | 2018-02-25T10:41:55+00:00 31 mai 2016|Catégories : Critiques|

 

Gérard Cléry, pre­mier volume de la col­lec­tion Parcours

aux édi­tions Spered Gouez

 

 

Marie-Josée Christien aime à faire décou­vrir les talents mécon­nus. Les édi­tions et la revue Sper­ed Gouez qu'elle anime ont cet esprit sau­vage qui les tient dans la liber­té finan­cière et l'indépendance de toute mode. Cette indé­pen­dance qui per­met de mettre en lumière des auteurs injus­te­ment peu connus. Dans sa col­lec­tion Parcours, nou­vel­le­ment créée, elle regroupe bio­gra­phie, entre­tien, recen­sions et antho­lo­gie afin de per­mettre une décou­verte totale d'un auteur. Pour ce pre­mier numé­ro, c'est sur Gérard Cléry qu'elle a choi­si d'orienter les pro­jec­teurs.

Parce que Gérard Cléry n'occupe pas le devant de la scène poé­tique dans les émis­sions de radio, les mai­sons de la poé­sie, les mar­chés du livre, les fes­ti­vals, il fau­drait qu'il demeure incon­nu et que son tra­vail exi­geant d'artisan des mots reste enfoui à jamais loin de nos appé­tits de décou­verte ? C'est à cette injus­tice que Marie-Josée Christien sou­haite s'attaquer en publiant le pre­mier ouvrage de cette col­lec­tion.

La bio­gra­phie de Gérard Cléry est un long voyage de la région pari­sienne jusqu'à la Bretagne en pas­sant par l'Algérie et le Chili, mais aus­si l'Espagne, le Mexique et la Russie. Un beau voyage avec, comme il se doit, de mul­tiples ren­contres pas­sion­nantes (Pierre-Jean Oswald, Pierre Morhange, Jean Malrieu, Oliven Sten/​Armand Olivennes, Gabriel Cousin, Franck Venaille, André Libérati, Angel Parra, Antoine Vitez, Jacques Simonomis, Colette Magny,  etc.). Sans par­ler de Queneau, Camus, Cocteau, qui sont venus témoi­gner en sa faveur devant le juge lors d'un pro­cès lié à un acte sur­réa­liste com­mis à seize ans…

Poète, conteur, tra­duc­teur d'Octavio Paz et du groupe Quilapayun, jour­na­liste spé­cia­liste de chan­son fran­çaise, Gérard Cléry s'est volon­tai­re­ment cou­pé du milieu lit­té­raire pari­sien et inter­rom­pu toute publi­ca­tion pen­dant 23 ans. Mais heu­reu­se­ment, Gérard Cléry est sor­ti de ce mutisme volon­taire en lit­té­ra­ture, en recom­men­çant à publier en 1997, avec depuis sept titres, dont le plus récent "Roi nu(l)" date d'octobre 2015.

Dans la poé­sie de Gérard Cléry, "il y a du ciel à gorge déployée", la volon­té de res­ter lucide face au monde envi­ron­nant "je me sen­tais cou­pable du poids de ma civi­li­sa­tion", "Ta bouche sur ma bouche /​ pour oublier que je gri­mace". Dans ses poèmes pour rejoindre (écrire pour rejoindre, quel beau pro­gramme poé­tique ! ) il pre­nait ce ton "tran­chant et pur comme un métal" jus­te­ment per­çu par Charles Dobzynski. Guy Allix lui, évoque une parole qui "donne en s'effaçant".

Influencé par des poètes comme Apollinaire, Eluard, Cendrars, Guillevic, Saint-John Perse ou Aimé Césaire, Gérard Cléry pri­vi­lé­gie une poé­sie comme un "grand saut dans l'homme" contre l'envahissement d'une "poé­sie d'ameublement" à laquelle on prête une oreille dis­traite.

Voici quelques extraits de l'anthologie qui clô­ture ce Parcours, comme un rac­cour­ci dans une car­rière lit­té­raire aty­pique mais non dénuée d'intérêt :

 

Dans Quotidiennes, pre­mier ouvrage édi­té par P-J Oswald en 1969, Gérard Cléry évoque sa mère

 

je marche avec ton nom

avec tes lèvres

j'avance dans ton eau

 

 

en réa­li­té j'avance dans ton ombre

si peu dans ta lumière

 

 

Dans Fontanelles du pré, publié en 2005 (L'Arbre à paroles)

 

Il man­que­ra des jours pour
se par­faire à la soli­tude
chan­ger de peau

il man­que­ra des jours pour édi­fier
en soi le pay­sage pour empor­ter l'odeur
la cha­leur des murs

pour que sous la peau
se des­sine la carte

 

et le der­nier ouvrage Roi nu(l), en 2015 (Librairie Galerie Racine, col­lec­tion Les Hommes sans Épaules )

 

allu­mer chaque soir le flam­beau de l'absence

faire le lit du vide vous nom­mer ne pas vous

nom­mer lais­ser brû­ler l'ampoule de

l'incertitude ne pas mon­ter la garde auprès du

télé­phone par­ler pour vous aux arbres du

jar­din habi­ter cet espace impar­fait que par­fois

vous déser­tez cher­cher votre main cher­cher

votre ventre ne pas les cher­cher regar­der

votre visage et se cre­ver les yeux

et puis sou­rire comme font les aveugles

 

 

Une voix forte et un par­cours dis­cret, décou­vrez Gérard Cléry. Découvrez son Parcours aux édi­tions Spered Gouez.