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Gérard Engelbach, poète trop effacé

Par | 2018-02-18T00:42:08+00:00 8 juillet 2014|Catégories : Blog|

Nous ne dirons et ne répé­te­rons jamais trop ni assez com­bien cette col­lec­tion, « Poètes trop effa­cés », est une néces­si­té, tant elle per­met de décou­vrir les œuvres fortes de poètes dis­crets. On trouve ain­si au cata­logue de ces petites antho­lo­gies les noms de Jakobiak, Cazenave, Allix, Pfister, Thieck, Berthier, Selos, Héroult, Alain Breton et main­te­nant Gérard Engelbach. De ce beau poète, le volume pro­pose des extraits de six ensembles déjà parus et, comme l’usage de la col­lec­tion le veut, des inédits. Une par­tie des poèmes sont extraits d’un récent recueil inti­tu­lé De la signa­ture des choses. Evidemment, don­ner comme titre à l’un de ses recueils celui du maître ouvrage de l’alchimiste chré­tien Jacob Boëhme, cela n’est pas ano­din. Encore moins quand le recueil paraît sous l’égide du Nouvel Athanor… Voilà qui campe la situa­tion :

 

Raflons
Ce vol tran­chant de condor
Le bond furieux des ota­ries,
La patience du lézard.
 

Posons
Des briques chaudes sur la neige,
Enivrons-nous de sel et de vapeur,
Le gant du froid, retour­nons-le.
 

Soyons « un » dans la tour­mente, la défaite,
Vigilant sous les méta­mor­phoses.
 

 

Donc… Ora & Labora, sans quoi une telle poé­sie ne peut être sai­sie par l’athanor qu’est le poète. A la fois conte­nant, récep­tacle et conte­nu. Où l’on appren­dra sim­ple­ment ce que nous enten­dons par « poé­sie des pro­fon­deurs ». Et d’une cer­taine manière la poé­sie de Gérard Engelbach est aus­si, comme sou­vent du côté de la poé­sie des pro­fon­deurs, phi­lo­so­phie. Entendons-nous bien, je ne parle pas ici de « phi­lo­so­phie » au sens des sys­tèmes de pen­sée par­fois qua­li­fiés de « dog­ma­tiques », qua­li­fi­ca­tif lui-même, de mon point de vue, aus­si mili­tant que ce qu’il qua­li­fie, mais de cette recherche de la « véri­té » en tant que mode de vie, et réci­pro­que­ment, qui ani­mait les Anciens, recherche que l’on retrouve jus­te­ment à l’époque de Boëhme, et dans laquelle le poète des pro­fon­deurs Gérard Engelbach s’inscrit comme natu­rel­le­ment . De la phi­lo­so­phie comme mode de vie, et donc d’être, tout comme la poé­sie en tant qu’état de l’esprit dans la vie. Mais André Breton et René Daumal ont déjà ample­ment expli­qué tout cela. Un « tout cela » qui dit le réel et explique la fuite en avant du Simulacre : com­ment ce der­nier pour­rait-il réel­le­ment résis­ter au réel ? Ce qui ne sau­rait résis­ter se délite. C’est tout simple.

Sinon, la réponse se trouve dans l’intimité inté­rieure des poètes/​philosophes.

On lira Gérard Engelbach. Longtemps. Et l’on écri­ra lon­gue­ment sur sa poé­sie, quand les temps seront venus.

 

Alpiniste du som­meil
Dans les colo­ra­tions sans nombre
De nos lettres,
La pré­ces­sion des équi­noxes t’accompagne,
Lanceur de feu,
Souffleur du géant Cristal. 

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