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Grenier du Bel Amour (4)

Par |2018-11-15T14:11:56+00:00 25 novembre 2013|Catégories : Blog|

Il arrive sou­vent que, bien avant Baudelaire, les œuvres en prose soient aus­si poé­tiques (si ce n’est par­fois même plus !), que des écri­tures pré­ten­du­ment ver­si­fiées…

Or, c’est pré­ci­sé­ment à l’un de ces cas que je vou­drais aujourd’hui m’attacher.

Qui connaît encore Marie des Vallées, cette petite pay­sanne de la Basse Normandie, qui vécut au XVII° siècle, et qui appar­tient d’évidence à ce qu’il est aujourd’hui conve­nu d’appeler l’école fran­çaise de spi­ri­tua­li­té, dans les pas conju­gués du car­di­nal de Bérulle et de saint François de Sales – les loin­tains des­cen­dants de la mys­tique espa­gnole de la seconde moi­tié de la Renaissance – et je pense évi­dem­ment aux réno­va­teurs du Carmel, c’est-à-dire à sainte Thérèse d’Avila et à saint Jean de la Croix ?

(Qu’on ne soit pas effrayé par ailleurs par toute cette débauche de saints : je recon­nais sans dif­fi­cul­té que je suis sor­ti voi­ci très long­temps du giron de l’Eglise… mais com­ment, hon­nê­te­ment, ne pas admettre ce que d’autres ont si long­temps pen­sé – ne fût-on pas d’accord avec eux ?).

Or, c’est l’heureuse ini­tia­tive des édi­tions Arfuyen de nous per­mettre de redé­cou­vrir aujourd’hui celle qui influen­ça si fort quelqu’un comme Jean de Bernières et, par des voies détour­nées, le « quié­tisme » de Madame Guyon !

Je ne m’étendrai pas sur le détour (obli­gé ?) par la pro­vince du Québec que cette œuvre a dû effec­tuer pour nous par­ve­nir…

Mais com­ment ne pas entendre ce qu’il y a de plus sin­cère dans beau­coup des asser­tions de cette Marie, qui nous rap­pellent cer­tains des Poèmes dog­ma­tiques de saint Grégoire de Nazianze, les inter­ro­ga­tions d’Utpaladeva dans le cadre du shi­vaïsme du Cachemire, ou encore bien des poèmes tra­di­tion­nels d’un autre shi­vaïsme, celui du Karnataka ?

Poésie toute en prose, je le main­tiens – et com­ment ne pas vibrer lorsqu’on lit des phrases comme celles-ci : « Je ne sais ce que je suis deve­nue, je suis tout à fait per­due. Je ne sais d’où je viens et où je vais, je ne sais où je suis ni ce que je suis, si je suis une créa­ture ou un néant. » ?

Ou de lire sous la plume de celui qui l’a sui­vie sans trem­bler : « Elle ne peut ni prier ni rien faire ni pen­ser, sinon comme on lui fait faire : il faut qu’elle demeure en son néant, et qu’elle souffre tout. Elle approuve que l’âme aille très sou­vent dans ce néant : l’âme n’y a rien et fait l’oraison dans son néant et son rien. » ?

On s’en rend compte sur le champ : comme nous sommes proches en ces mots des poèmes de Claude Hopil ou de François Malaval dans le même siècle ! Sans par­ler de cer­tains des Cantiques spi­ri­tuels d’une cer­taine Jeanne-Marie Bouvier de la Motte…

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