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Grenier du Bel Amour (5)

Par | 2018-05-24T23:28:51+00:00 22 décembre 2013|Catégories : Blog|

Bien sûr, nous connais­sions déjà les liens qui avaient uni Francesca Caroutch et François Augiéras.

Bien sûr, nous connais­sions déjà tout l’effort de Francesca pour per­cer les secrets de la Licorne et pour mettre en évi­dence ce « vide ori­gi­nel » dont nous sommes tous issus.

Mais, der­rière ces arti­fices du savoir, que connais­sions-nous réel­le­ment ?

Or, voi­ci qu’une par­tie du « man­teau » se lève, et que nous accé­dons à cette médi­ta­tion si pro­fonde qui dirige toute une vie.
Lorsque Francesca Caroutch écrit ain­si de François Augiéras (beau­coup trop tôt dis­pa­ru), que « cet exi­lé sur terre com­men­çait à deve­nir l’athée le plus reli­gieux qui se puisse ima­gi­ner » ; lorsqu’elle conti­nue quelques lignes plus bas en décla­rant de leur couple : « Nous savou­rions avec délices cette locu­tion médié­vale, redé­cou­verte par notre ami sur­réa­liste Andralis : ‘Dieu est l’anagramme du vide’ », on s’aperçoit avec quelle force elle est proche de Suzuki ou de cer­tains hin­dous dans leur recherche obs­ti­née des « ponts » entre maître Eckhart et la pen­sée orien­tale, ou disons tout sim­ple­ment : comme elle s’approche du cœur noir, du cœur de Ténèbre pour­tant ruis­se­lant de Lumière, de ce que, dans notre lan­gage occi­den­tal, nous appe­lons une théo­lo­gie néga­tive – c’est-à-dire  de la façon dont nous devons bien admettre que, du prin­cipe de Tout, nous ne pou­vons rien dire,  que nous ne pou­vons le défi­nir que selon un « sys­tème » de néga­tions (Il n’est pas ceci… Il n’est pas cela), jusqu’à nier la néga­tion elle-même au plus intime d’une expé­rience vécue, et qu’en défi­ni­tive, comme l’avançait déjà le pseu­do-Denys, nous ne pou­vons le sug­gé­rer qu’en dépas­sant toute affir­ma­tion et toute néga­tion, dans une per­cée vers ce que ce der­nier dénom­mait un « Néant sur­es­sen­tiel ».

Mais quel che­min à par­cou­rir sur cette route si exi­geante ! Quel che­min d’amour pas­sion­né pour cet autre qui a don­né sens à notre vie, quelle atten­tion à tout ce qui nous tra­verse en nous par­lant à l’oreille d’un au-delà auquel, en cette exis­tence, nous n’aurons peut-être jamais accès !

« La matière existe-t-elle ? », se demande ain­si Francesca. En répon­dant à la page sui­vante (même si elle parle, appa­rem­ment,
d’autre chose : « Au royaume de l’Invisible, le dia­logue se pour­suit, avec mon grand souffle et mon guide. » Et en notant très bien­tôt, repre­nant les vieilles cos­mo­lo­gies des Grecs, des her­mé­tistes d’Alexandrie et de Mani  le Perse– ou, aujourd’hui encore, de l’Ayur-veda : «  Les cas­cades remontent vers l’éther. »

Pour ter­mi­ner ce recueil par ces mots sans appel qui le résument tout entier – et qui pour­raient être l’étendard de toute la poé­sie, et de toutes les recherches, me semble-t-il, de Francesca Caroutch : « Pour toi, cete guêpe de lumière, /​ tra­cée avec un pin­ceau de mots. »

Sommes-nous si loin de l’apophatisme du Christianisme orien­tal, ou de nombre de « décla­ra­tions » des maîtres taoïstes ?
 

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