> GUERNICA 2006

GUERNICA 2006

Par | 2018-05-24T06:29:09+00:00 30 janvier 2014|Catégories : Blog|

 

I

Vieilles capi­tales de la dou­leur je me sou­viens de vous
dans la bouche écu­mante des che­vaux ; dans les vains meurtres de la ran­cune d'enfance — à pré­sent
mes prières sont man­gées par une nuit épaisse. Et je n'ai
ni chan­delle de ma mère, ni clef jetée dans le puits, ni chien
pour m'attendre. La mai­son refuge de fan­tômes. Terrée
dans son silence et le sable. Et n'existent même plus
les arbres aux larges feuilles ombreuses d'autrefois

pour cou­vrir ta nudi­té.

 

 

II

La mai­son, un mau­so­lée. Des pré­ten­dants l'occupent, au cœur dur. Ils invoquent des bûchers funé­raires, des meurtres d'enfants
et les capi­tales de la dou­leur qu'ils ont bâties.
Les gens ter­ri­fiés attendent
décla­ra­tions et nou­velles ; les autres bombes que tu lais­se­ras
tel un insecte noir ses œufs sur leur corps. Entre-temps,
les femmes se déchirent les joues, pleurent près des fleuves leurs enfants
défont les étoffes du des­tin qui leur offrent
un peu de temps dans le cha­grin. Le soir
les mères épui­sées s'affalent dans les fau­teuils
et aus­si­tôt s'endorment. Leur fait signe d'en haut
une lune ensan­glan­tée. Mais pour celles qui vivent par terre
elle paraît étran­gère.

 

 

III

Pourtant, vieilles capi­tales de la dou­leur je me sou­viens de vous
tan­dis que vous som­brez inha­bi­tées dans l'oubli. Une cla­meur éveille
l'aspic sor­tant des fon­da­tions
qui pro­phé­tise une gloire nou­velle aux pré­ten­dants : ils revien­dront por­tant des masques de ter­reur,
tou­jours membres de la même bande.
Ainsi l'ordonne le sombre monarque de Perse
appor­tant d'un signe la panique à notre misé­rable vie.

Et fume­ront sans fin les champs de ruines.
Et s'affaleront les mères sombres, pour mou­rir.

 

 

Traduction de Michel Volkovitch

X