> Guillaume Decourt, “Le Chef-d’œuvre sur la tempe”

Guillaume Decourt, “Le Chef-d’œuvre sur la tempe”

Par | 2018-02-17T22:22:44+00:00 15 mars 2013|Catégories : Critiques|

Dans Le chef-d'œuvre sur la tempe, son deuxième recueil, Guillaume Decourt trace à l'attention du lec­teur un che­min dont le point de départ est le « non » de Cavafis, et le point d'arrivée, dou­ce­ment lumi­neux et inquiet, un « Je t'aime » pro­non­cé en sour­dine. Entre ces deux points, un appren­tis­sage dou­lou­reux des limites, dont le cours sinue entre les pôles de la révolte et du consen­te­ment.

« Asservi comme un homme » est celui qui vient au monde, dès le moment de sa nais­sance. Et pour­tant, le seul fait qu'il naisse, n'exprime-t-il pas déjà une appro­ba­tion ? Ainsi le poète est com­pa­rable à l'enfant, à l'instant même où celui-ci serait conçu : son pre­mier, peut-être son unique tra­vail est de com­prendre que l'approbation est der­rière lui, c'est-à-dire qu'il a déjà don­né son consen­te­ment à l'étreinte du monde, se pré­pa­rant à l'étreindre à son tour. L'enfant est le modèle de cette accep­ta­tion tra­gique. S'il est vrai qu'il est consti­tué par la fureur de sa mère, cette fureur est encore une lumière parce qu'elle contient l'existence du poète et, plus insis­tante encore, celle du poème.

Jusqu'au fugi­tif ins­tant d'une illu­mi­na­tion tran­quille, à peine écla­tante, nul­le­ment rési­gnée, où le regard por­té sur le monde est sou­dain élar­gi et puri­fié : « Tout est bien \\ Tout est défi­ni­ti­ve­ment bien » .

La poé­sie de Guillaume Decourt, en son fond, chante l'acquiescement au monde, et pour com­men­cer l'acquiescement aux contra­dic­tions qui habitent le poète : « Tu ne te trou­vais en paix avec toi-même qu'au milieu de tes propres conflits ».

Au bout du che­min, un apai­se­ment tem­po­raire, pro­cu­ré par l'intimité phy­sique avec la femme aimée. Lumière tami­sée, apai­se­ment en demi-teinte : puisque rien, dans cette exis­tence, ne sau­rait échap­per à l'emprise de la mort. Même dans le triomphe de l'amour phy­sique avec l'aimée, la satié­té est atten­tive à l'instant de sa décrue, qui est à la fois « impasse » et « attentes com­blées ».

Loin des aspi­ra­tions déchi­rantes à un idéal sur­hu­main, ces poèmes chantent le monde réel et son étran­ge­té triom­phale et tra­gique à laquelle rien ne per­met de se sous­traire. L'existence est la « corde ombi­li­cale » qui relie le poète au monde, en même temps qu'elle est le « nœud cou­lis­sant » qui entrave sa liber­té. Et elle est aus­si l'unique réa­li­té, qu'il importe d'aimer puisqu'il n'y a, au fond, rien d'autre à connaître qu'elle.

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