Guillaume Simon, Au Parc et autres poèmes

Par |2019-04-04T17:43:35+02:00 29 mars 2019|Catégories : Guillaume Simon, Poèmes|

Au Parc

 

Erik Satie m’accompagne. 
Art nou­veau, organique, végétal. 
Une sève urbaine irrigue mes organes, les sédi­ments don­nent le La. 
Un parc en minia­ture a poussé rue de la Roquette. 
Les familles le tra­versent comme elles ont tra­ver­sé leurs vies,
comme elles se sont pardonnées. 
Ceux qui croient tout savoir le transper­cent de rires idiots. 
Le gar­di­en a dis­paru sous le sable et des années de coupes budgétaires. 
Les enfants ne jouent plus sur les toboggans,
à quoi bon gliss­er sur des objets qui ne sont même pas connectés. 
Ils ne tombent plus sur les sols mous. 
Les points d’eau ne coulent plus. 
Pour­tant, cette fois-ci,
la mélan­col­ie perd la partie. 
Le print­emps joue au prozac. 
Un loulou sur son vélo roule enfin sans les petites roues. 
L’orchestre s’accorde,
la baguette est lev­ée, en suspension, 
les diès­es, tri­o­lets et appog­gia­tures s’apprêtent à rha­biller les foules
et ral­lumer les cellules. 
Le blues devient majeur.
Allons goûter au bonheur.

 

Trav­el­ling

 

L’hiver a eu rai­son de mes ambi­tions nocturnes.
J’ai marché, tête ren­trée dans les épaules,
le 5ème s’étalait sur Macron,
la ligne 7 ne mène décidé­ment nulle part,
Pont-Marie, dos à la Seine, face au pub­lic des mau­vais soirs,
Le Marais, où sont-ils passés,
Bastille, ses pommes d’amour, son majes­tic usé
et ses ban­des d’amis qui cri­ent d’ennui,
rue de la Roquette, la mis­ère allongée entre les guichets automatiques,
rue de Lappe, où les âmes se salissent,
la mairie du 11ème, ni gaie ni triste,
puis l’avenue Parmentier,
si familière,
si sou­vent empruntée.
Les nuits sans envol ont aus­si droit à leur travelling.

 

Si les briques s’effritent

 

Et si rien ne se passe, je recou­vri­rai ma peine,
je l’é­touf­ferai avec un plaid,
je la coin­cerai sous le chauffe-eau,
je la noierai dans l’acide, la jet­terai dans le vide,
je me moquerai d’elle, 
chaque soir, devant le miroir,
je la rendrai ridicule, je l’ap­pellerai machin bidule,
si rien ne se passe,
si la décep­tion l’emporte,
si les sen­ti­ments fondent, là, sur ce trot­toir rayé,
si les briques s’effritent
je com­man­derai le pire des vins,
je ne paierai rien,
si rien ne se passe,
je chang­erai les saisons,
et si ce n’est tou­jours pas assez,
je rejouerai la partie,
même per­du d’avance,
je reten­terai ma chance.
Pourvu que tu sois là.

 

14h49

 

J’ai envie d’écrire à quelqu’un.
Per­son­ne n’écrit jamais à 14h49.
C’est une heure sans objet, sans lumière, sans dessein.
Les corps s’écrasent et dis­parais­sent au creux des fau­teuils à roulettes.
Le café ne promet plus. 
C’est la tra­ver­sée, celle de la Manche, celle des Ferry,
des tables en plas­tique et des hori­zons aplatis. 
A  l’aventure.

 

Un mot 

 

Trou­ver un mot qui soulage. 
Un seul,
même ridicule,
même compliqué. 
L’accorder à ses humeurs. 
Le faire son­ner sur son coeur. 
L’écrire aux autres. 
Pass­er le mot. 
Guérir.

 

Présentation de l’auteur

Guillaume Simon

Né à Bay­onne, Guil­laume Simon grandit un peu plus haut sur la carte, à Mimizan, dans les Lan­des. Au pied des dunes, il décou­vre et explore la musique, le jazz puis la cul­ture pop, tout en suiv­ant des études sci­en­tifiques. Il devient auteur-com­­pos­i­­teur quelques années plus tard, d’abord au sein du groupe Shine, avec qui il pub­liera 3 dis­ques et se pro­duira notam­ment aux côtés de Sia, et aujourd’hui, en solo, sous le pseu­do­nyme Indo­lore. Après de nom­breux con­certs en Europe et aux Etats-Unis, il vient de sor­tir un nou­v­el album enreg­istré seul, en Islande, à l’été 2017, dans les stu­dios du célèbre groupe Sig­ur Rós.L’écriture est venue à lui comme un remède aux virages de la vie, voulus ou subis.

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