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Helga M. Novak

Par |2018-08-15T15:34:18+00:00 21 juin 2012|Catégories : Critiques|

Par son intro­duc­tion, Jean-François Nominé nous per­met d’approcher à la fois l’écriture et la vie d’Helga M. NOVAK. Il y fait le paral­lèle entre la « langue per­cu­tante » et les « rup­tures exis­ten­tielles », nom­breuses, qu’Helga M. NOVAK a endu­rées : orphe­line, elle a connu la nais­sance d’une dic­ta­ture, la guerre, des exils dou­lou­reux…

Fatalement, l’animosité gran­dit :

 

ma patrie tu pues
la grande foire aux bes­tiaux
je me pince le nez
et tourne à gauche

On trou­ve­ra dans le recueil d’autres poèmes-coups-de-poing.

 

MODE D’EMPLOI

bouffe
vends
riposte
bouffe
vends
riposte
ne brode pas sur le cane­vas de ta faim

le soleil de tes uto­pies
n’attends pas l’heure der­nière
pour hap­per ta plus belle étoile
bouffe
vends
riposte

riposte
riposte
riposte

 

On croi­se­ra des uni­formes, des hauts four­neaux, mais un peu d’espoir aus­si.

 

je suis est-alle­mande et je traîne
der­rière moi un bou­let d’espoir.

 

L’espoir s’envole pour­tant. Car quelle que soit la direc­tion que choi­sit son regard, Helga tombe sur une nou­velle tra­gé­die. Il lui arrive de jouer alors le rôle d’Antigone, de défendre ceux – celles sou­vent – que l’histoire aban­donne sur le bord de la route. On trou­ve­ra dans le recueil une magni­fique lettre à Médée et, juste après, un texte dans lequel Helga s’inquiète du sort des femmes girafes lorsqu’elles sont accu­sées d’adultère. Helga M. NOVAK est plus fra­gile qu’Antigone cepen­dant. Un grand vide l’accompagne tou­jours, depuis l’origine, depuis l’abandon. Alors, au détour d’un poème, on la sent vaciller.

 

tan­guant et rou­lant comme une vieille cor­vette
la dame ivre du parc dans le matin
est peut-être ma mère
peut-être ma sœur ma fille
elle me res­semble tant

Et plus loin :

aucune mère ne me nour­rit jamais
ni même ne me chan­gea mes langes
celle qui me mit au monde ne res­sen­tit
que sa seule dou­leur
je n’existais pas pour elle
je fus donc libre à l’âge de trois jours

 

L’exil ajoute du vide au vide. La nos­tal­gie qui tra­verse les poèmes inti­tu­lés Supplique à Sarah et Tout me revient est immense.

Alors on sort de cette lec­ture bou­le­ver­sé. Avons-nous tra­ver­sé ces épreuves ? Avons-nous été les confi­dents d’une amie qui les a tra­ver­sées ? Le livre refer­mé, la voix d’Helga vibre encore à notre oreille.

Helga M. Novak

Par |2018-08-15T15:34:18+00:00 21 juin 2012|Catégories : Blog|

Helga M. NOVAK est née en Allemagne en 1935. Elle a pas­sé une grande par­tie de son enfance en Allemagne de l’Est. Elle est deve­nue plus tard citoyenne islan­daise, puis a quit­té l’Islande et a erré en Europe, jusqu’au jour où elle s’est ins­tal­lée – en 1987 – en Pologne. Peu connue en France, le nom d’Helga M. Novak figure dans l'Anthologie bilingue de la poé­sie alle­mande que fait paraître Jean-Pierre Lefèbvre dans la col­lec­tion de la Pléiade de Gallimard en 1993. C’est l’éditeur Buchet /​ Chastel qui publie, en 2007, le pre­mier recueil en fran­çais.

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