> Henry Bauchau et ses « Tentatives de louange »

Henry Bauchau et ses « Tentatives de louange »

Par | 2018-05-27T21:44:30+00:00 25 mai 2013|Catégories : Critiques|

     Henry Bauchau n’est pas seule­ment l’auteur magni­fique de L’enfant bleu ou du Boulevard péri­phé­rique, deux livres qui l’ont fait connaître du grand public. Grand prix de la Société des gens de lettres pour l’ensemble de son œuvre, c’est aus­si un immense poète dont le recueil Géologie obtint, en 1958, le prix Max-Jacob.

      Peu de temps avant sa dis­pa­ri­tion, il a publié un mince recueil regrou­pant des poèmes écrits entre 2009 et 2011. Le poète avait alors 98 ans et nous pro­po­sait – à l’âge où l’on cultive plu­tôt l’amertume et les regrets – des Tentatives de louange (titre de son recueil).

     Bien sûr, la vieillesse pèse de tout son poids. « Je suis un appren­ti de mon corps de grand âge ». Mais le matin est là où le vieil homme s’ébroue. « J’élève des bras en cadence en répé­tant ce qu’a dit Maître Eckhart : c’est chaque jour le jour de la fête /​ La fête de l’existence de Dieu ». Le poète s’extasie devant « le jar­din de mai » ou « les rosiers du monde ». Il s’adresse au tuli­pier de Virginie : « Tu portes tes branches, comme la dame de la Belle-Verrière porte son nou­veau-né ».

         Condamnant l’excès et les « façades flé­tries de gloire » des châ­teaux pré­ten­tieux, il loue la sim­pli­ci­té de l’abbaye du Thoronet (comme l’a fait, aus­si, Philippe Jaccottet). « L’art néces­saire est là, rien de trop, rien ne manque /​ Simplicité de blé, tra­vail, prière et calme     /​ Nous pou­vons deve­nir, deve­nir tou­jours plus /​ archi­tectes dis­crets, mai­sons de la louange »

     À l’écoute des rumeurs du monde, il dit sa com­pas­sion pour le Japon des catas­trophes nucléaires. « En ces pre­miers jours de prin­temps, je pense à toi, pays de grande souf­france /​ Japon des ceri­siers en fleurs et des jar­dins de pierres qui parlent en silence ».

         Mais le pas­sé, inlas­sa­ble­ment, refait sur­face au fil des poèmes. Pour dire ce que la vie avait de bon : « Le sou­ve­nir du ski, des bains d’autrefois, dans ta verte Wallonie défeuillée par l’hiver ». Assistant au soleil levant sur « le jar­din de neige », il exalte cette fois « les jeux éblouis » et « les rêves de l’enfance ». Il chante la « nais­sance émer­veillée du blanc dans les ténèbres ». Ah ! Les nuits de Noël où l’on pou­vait « vivre en flo­con de neige ».

     Les poèmes de Henry Bauchau ont cette légè­re­té-là. Celle de la neige.

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