> Henry Thoreau poète de la nature

Henry Thoreau poète de la nature

Par |2018-10-23T20:28:11+00:00 13 octobre 2014|Catégories : Critiques|

« Ma nature est tou­jours mythique et mys­tique ». L’américain Henry David Thoreau (1817-1862) est sur­tout connu pour son Journal et pour son récit de la vie dans les bois (Walden, 1854). Voilà un homme qui a pres­sen­ti les dégâts à venir de la civi­li­sa­tion indus­trielle et maté­ria­liste. Et qui, plus tard, ins­pi­re­ra de nom­breux mou­ve­ments éco­lo­gistes. Franc-tireur, mar­gi­nal (comme on dit de quelqu’un qu’il vit « dans les marges »), il a fait de nom­breuses confé­rences et rédi­gé des textes de toute nature.

On redé­couvre aujourd’hui l’un de ces textes, publié en juillet 1842 dans la revue trans­cen­den­ta­liste Dial. Le titre (Histoire natu­relle du Massachusetts) est un peu trom­peur car Thoreau, au-delà de sa des­crip­tion du monde végé­tal et ani­mal qui l’entoure, pro­pose en réa­li­té une belle réflexion sur la place de l’homme dans l’univers. Et tout com­mence par un poème. « Tout au long de cette vie laborieuse/​Il est des moments tein­tés de bleu/D’une beau­té aus­si imma­cu­lée que la violette/​Que l’anémone, quand le prin­temps en jonche/​Les méandres d’un ruis­seau, fai­sant mentir/​La meilleure des phi­lo­so­phies qui ne vise/Qu’à conso­ler l’homme de ses griefs ».

Poète, donc, jusqu’au bout des ongles,Thoreau se fond dans la nature. « L’épicéa, le hem­lock et le pin n’engendrent pas le déses­poir », écrit-il. « La beau­té des mousses ne peut s’apprécier que dans le recoin le plus sacré et le plus calme ».

Cette nature, il l’aime parce que « ce n’est pas dans la socié­té qu’on trou­ve­ra la san­té ». Il l’aime parce qu’elle délivre des leçons de sagesse : « Quel jour­nal  tiennent le pla­que­mi­nier de Virginie, le mar­ron­nier et le fau­con aux serres acé­rées ? ». Il l’aime parce que c’est une école de vie. « Songez à l’influence insoup­çon­née exer­cée par les fleurs, qui n’est pas moindre sur le can­ton­nier dans la prai­rie que sur la dame sous sa ton­nelle ».

Plusieurs pas­sages de son texte sont à l’avenant. Vision pan­théiste d’une nature où pois­sons, oiseaux, insectes et qua­dru­pèdes s’ébrouent pour le plus grand bon­heur des humains. Son petit trai­té de contem­pla­tion, ponc­tué de poèmes, nous ramène ain­si à des temps immé­mo­riaux, à l’époque du « bon sau­vage » qui, à l’image des Peaux-rouges, se met­tait à l’écoute de l’enseignement de la nature.

Si Thoreau force le trait, c’est qu’il a en aver­sion un cer­tain monde dit civi­li­sé. S’il s’émerveille à la vue des huttes des onda­tras ou à la celle du vai­ron dans l’eau claire d’un ruis­seau, c’est qu’il croit pro­fon­dé­ment à la capa­ci­té de la nature pour nous aider à « affron­ter toutes les vicis­si­tudes de l’existence ».

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